Life is beachy

Cet été commence en force pour tous les allergiques à la chaleur dont je suis. Le pire est à craindre, et ce ne sont pas les micro-shorts et les trois douches glacées par jour qui arrangeront notre affaire : même nus, même le ventilateur face à soi, nous dégoulinons de sueur. Quand je pense que l’été est censé être la saison de la séduction et des rencontres légères, heu… qui a envie de baiser sous 32 degrés ?(toi le chien qui a pensé « moi, moi ! » je te vois). Pas moi en tout cas (ou alors mets la clim, fais quelque chose). Il y a tout de même un avantage à cette chaleur d’enculé : je ne me nourris que de concombre et de Liptonic, ce qui veut dire que je ne grossis pas. Toujours voir le positif dans chaque situation, oui oui.

J’ai décidé de passer la journée à la plage, en pensant que tremper mes pieds pourrait calmer ma rage intérieure (je ne vais quand même pas me baigner, et de toute façon la baignade est interdite à cause des jet skis, autrement dit les pauvres s’entassent sur une seule portion de plage avec baignade surveillée pendant que les riches font vivre l’économie locale et polluent la mer avec leur jet skis de merde). J’ai bien fait parce qu’il faisait tout de même 5 degrés de moins que dans ma ville et en plus il y avait du vent !

Je n’étais pas la seule à avoir eu cette brillante idée, on s’en doute… Le train était bondé mais j’ai réussi à trouver une place entre deux familles, d’un côté une maman et sa fille qui m’ont invité à jouer au Uno, je n’ai pas osé leur dire que je ne sais pas jouer au Uno, qu’à l’instant même où elles m’ont proposé d’y jouer, j’ai revu cette scène mythique du Péril Jeune où Chabert tente vainement de réviser le bac (et je viens de vérifier, c’est même pas le Uno, c’est le Mille Bornes, et non je n’y ai jamais joué non plus… Je n’ai jamais campé de ma vie, c’est sans doute pour ça), de l’autre un couple avec un enfant d’environ 4 ans et le père qui n’arrêtait pas de mater mes jambes et son fils qui faisait semblant de tirer sur moi avec son pistolet à eau (sans eau sinon je dépeçais le mioche devant une foule horrifiée) en faisant des « piou ! piou ! » ineptes. Je déteste profondément ces sales gosses. Comment peut-on vouloir un enfant, un truc qui te ressemble et qui casse les couilles H24 jusqu’à ce que la mort te sépare de lui ? (« Ohlala t’es vraiment une connasse pas tolérante, la transmission, le désir de maternité, l’envie de laisser une trace », réponse : « TA GUEULE »)(Oui, la chaleur me rend aimable).

Arrivée sur la plage quasi déserte, je me suis enfin relaxée, j’ai apprécié la vue, comme une impression d’être coincée dans une toile de Mark Rothko. Le petit vent frais, les pieds dans l’eau, je m’allonge et s’il y a plus agréable que des galets, j’apprécie ce beau ciel bleu et les mouettes qui virevoltent au-dessus de moi.

C’est ce moment qu’à choisi l’anglais pour m’envoyer un mail. Alors que j’ai bloqué son mail. Mais je n’avais pas eu le temps de bloquer son mail pro puisque, souvenez-vous, j’avais brûlé sa carte de visite au-dessus d’une vaisselle sale. On tient notre feuilleton de l’été avec cet anglais je crois (soupirs). D’autant qu’un deuxième soupirant arrive dans la bataille, « rive gauche ». Je parlerai de lui en temps et en heure (ou jamais, avec moi rien n’est sûr).

Lorsque je suis arrivée à la gare pour rentrer chez moi, il n’y avait pas de train. La SNCF me fait péter les plombs depuis le mois d’avril, c’est un sujet sensible cette grève mais ici au moins je peux le dire : cette grève me gave et n’a aucun sens (je sens que je vais avoir des commentaires de gauchistes). Quand les cheminots ne font pas grève, ce sont les problèmes techniques qui prennent le relais. Et le reste du temps ? Les suicides. Mais on ne te dit pas que quelqu’un s’est suicidé, on te dit « Une personne a été percutée par un train ». Et sincèrement, je n’ai pas compris et j’ai demandé à ma voisine « On fait comment pour se faire percuter par un train, je ne comprends pas bien… » et elle me répond « C’est une façon polie de parler de suicide, c’est courant l’été les suicides, vous noterez qu’au moins on ne peut pas se rater ». Évidemment j’ai dit qu’on pouvait risquer de se retrouver avec des membres en moins, que ça devait sans doute arriver, non ? Puis on a parlé des médicaments, du fait que c’était beaucoup plus lent, puis j’ai conclu en disant que se jeter d’un pont semblait être l’option la moins chiante pour la société. Parce que pour le coup ce suicide voulait dire que mes chats ne seraient pas nourris à l’heure prévue et ils me le feraient payer (même pas, ils sont adorables).

J’en ai profité pour visiter, je suis entrée dans une église et je ne sais pas comment je me suis retrouvée devant une sculpture de Sainte Rita mais puisque j’étais là j’en ai profité pour lui dire que je n’étais pas contente de sa prestation parce qu’il y a deux ans, je lui avais demandé d’épargner la vie de ma petite Charlie, la boule de poils la plus gentille de toutes, elle n’avait que 13 mois, je l’aimais de tout mon cœur. Sainte Rita (patronne des causes désespérées) n’a pas entendu ce que j’avais à lui dire, elle m’a fait un gros fuck, les vétos ont pris 2700€ et elle est morte. Voilà. Alors quand j’ai vu les « merci » et autres gerbes de fleurs autour de la Sainte, j’étais au bord du pétage de plomb… Je suis allée voir Saint Christophe (patron des voyageurs) pour lui demander de m’emmener à Montréal ou à New York à la rentrée. Parce que ça voudrait dire que j’aurais fini mon manuscrit.

Je suis retournée à la plage qui était bondée, c’était l’après-midi. Je me suis assise et j’ai regardé le père et le fils jouer au frisbee, les vieux se partager un quatre quart sous vide soit disant pur beurre, la mamie de 70 ans en maillot deux pièces bleu, et ça m’a fait plaisir de voir qu’elle était à l’aise, que son corps ne lui posait pas de problème, et après je me suis dit que peut-être que quand ton corps n’est plus un objet désirable, c’est plus facile de le montrer ? Parce qu’on ne te regarde plus comme un bout de viande ? Puis je me suis souvenue que chez moi c’est surtout de la pudeur. Je n’aime juste pas être à moitié nue devant des inconnus, en fait. Et je n’aime pas qu’on me regarde parce qu’on ne dirait pas mais je suis timide, les regards me gênent énormément (vraiment on est mieux chez soi).

Sur le chemin de la gare, j’ai vu une toute petite mamie pencher du côté droit, celui où elle tenait 4 bouteilles d’eau d’1,5l à la main. Je lui ai demandé si elle voulait que je porte ses bouteilles jusque chez elle et elle a accepté. Elle était très vieille et n’entendait rien mais on s’est parlé avec les yeux. Lorsque je suis entrée dans son immeuble insalubre, une odeur de moisi s’est emparée de mes narines, j’ai monté les escaliers et je suis arrivée devant sa porte, une porte toute fine, pas une porte d’entrée à proprement parler. J’ai eu de la peine pour cette dame toute seule dans cette immeuble vieillot, sûrement veuve depuis des décennies.

A la gare, on nous a annoncé qu’il n’y avait pas de train mais un car. Comme je m’attends au pire avec la SNCF, je n’ai pas eu de réaction. Tout le monde autour de moi a commencé à râler et j’ai pensé à cette personne qui avait décidé de se foutre en l’air un jour de grand soleil l’été. Je me suis demandé ce qui avait bien pu se passer pour qu’il/elle en arrive là. Quelqu’un a demandé « Elle s’en est sorti, la personne ? ». Et l’agent SNCF a eu un semi rire abject et il a dit « Ah non, pas du tout non… ». Je l’ai fusillé du regard, ce connard à casquette.

 

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Gueule de bois (bis)

Le week-end dernier je me murgeais la gueule en chantant très faux I Am The Highway (because 5 grammes dans le sang, 3h46 du matin) et aujourd’hui le suicide par pendaison de Chris Cornell est confirmé. Je n’arrive toujours pas à y croire, tout comme sa femme apparemment. Certes, le chanteur avait lutté toute sa vie contre diverses addictions, il disait qu’à 13 ans il était alcoolique (comme Julian Casablancas, comme des tas et des tas de chanteurs de rock qui ont réussi à devenir sobres et même à faire des mariages heureux et des enfants en bonne santé). Mais il était clean depuis une bonne dizaine d’années maintenant. Sa femme ne cesse de dire que jamais il n’aurait fait ça à ses enfants (tous adolescents, bon courage pour faire face à un parent mort par pendaison…). Se suicider c’est déjà assez douloureux pour la famille mais le suicide par pendaison, c’est tout de même extrêmement violent, et en même temps c’est le mode de suicide le plus fréquent chez l’homme (comme je l’ai peut-être déjà écrit ici en évoquant ma propre tentative de suicide -décidément c’est gai ce billet haha-, les hommes ne se ratent pas, eux).

Je résume la situation : il sort de concert, il est super heureux, il tweete un truc super positif, il prend son Ativan (il en prenait un par soir, en gros ça sert à lutter contre les crises d’anxiété), sa femme l’appelle, elle trouve qu’il mâche un peu ses mots quand il parle mais il lui assure qu’il a juste pris un ou deux Ativan de plus, rien de bien méchant. Sauf que quelques heures plus tard, il ne répond plus au téléphone. La sécurité le trouvera par terre allongé dans la salle de bain de son hôtel à Detroit avec quelque chose autour du cou, il se serait pendu.

Sa famille ne comprend pas et attend l’autopsie, tout comme les fans du chanteur qui sont consternés. Que s’est-il passé ? Est-il possible comme le dit sa femme que ce suicide soit dû à une overdose de médicament, est-il possible que l’Ativan donne des idées suicidaires (ce serait un comble mais c’est souvent le cas des médicaments…qui luttent contre la dépression). J’ai beau me dire que même s’il s’était drogué ce soir-là, même s’il avait pris de la coke, de l’héro, un mélange chelou en plus de son Ativan, il aurait fait une overdose mais il ne se serait pas pendu. Il ne reste plus que l’homicide déguisé en pendaison (difficile à mettre en œuvre mais plausible). Cette disparition c’est un peu un cauchemar pour moi parce que Chris Cornell c’est mon adolescence qui meurt encore et encore, les gens qu’on ne connait pas personnellement mais qu’on aime quand même peuvent-ils arrêter de mourir ? Je suggère à des artistes que je n’aime pas ou dont je me fous de mourir à la place de mes icones à moi, si Christophe Maé (ça répondra à sa question « Il est où le bonheur ? », qui sait ?), Véronique Sanson (elle est déjà vieille et a eu une vie bien remplie, ça suffit je pense), Céline Dion (oui Céline Dion je maintiens), Rihanna (aka la connasse qui porte des animaux morts sur son dos parce que c’est chic) devaient disparaitre, tout irait parfaitement bien pour moi, je ne serais pas en train de pleurer en écoutant Soundgarden.

Il avait 52 ans, merde. Il chantait mieux que tous les noms susmentionnés (oui, sa voix pouvait couvrir 4 octaves, c’est plus que Céline Dion !).

Il y a quand même quelque chose de positif dans cette journée : j’ai vu un chef d’œuvre : Mommy de Xavier Dolan. C’est un film parfait, du scénario en passant par la réalisation géniale, le montage, les dialogues, les acteurs (Antoine-Olivier Pilon est exceptionnel tout comme Anne Dorval et Suzanne Clément), c’est dur, c’est tendre, c’est tellement beau à voir, ce film restera graver dans ma mémoire. Ce qui est fou c’est que le thème « mère-fils, conflits etc » avait déjà été habilement réussi lors de son premier film « J’ai tué ma mère » et il réussit à reprendre le même thème en racontant une autre histoire, tout aussi brillante. Si seulement Dolan pouvait continuer à faire des films Québecois calice ! (ok j’arrête tout de suite, je ne suis pas crédible une seconde -si ma copine Odile de Montréal lisait ça elle aurait pitié de moi).

Je retire ce que j’ai dit sur Céline, grâce à Mommy je crois que je l’aime bien 🙂 Pardon, pardon, pardon.

Sinon ma nouvelle provocation c’est de me promener à la sortie des écoles avec ce sac (les mères sont outrées, j’adore)