Challenge du mois de juin #6 : « Racontez votre plus beau voyage »

Thème #6 : Racontez votre plus beau voyage ! Ça peut être un vrai voyage, à l’étranger ou à deux pas de chez vous, ça peut être un voyage intérieur/spirituel aussi. Faites-nous voyager !

J’ai la chance d’avoir beaucoup de très beaux souvenirs de voyage. Mais mon souvenir le plus fort, le plus romantique, le plus fondateur, c’est celui que je vais vous raconter. J’avais rendez-vous avec mon premier amoureux au Népal, plus exactement à Katmandou. C’était mon rêve d’aller au Népal, je rêvais d’une autre civilisation, d’aller dans les temples, d’entendre parler une langue que je connais pas du tout, j’avais envie d’aller dans un pays où les vaches ne finissent pas en steak parce qu’elles sont sacrées, je me disais que manger un dal bhat par jour me comblerait de joie plutôt que de me lasser. J’avais envie de rencontrer des jeunes de vingt ans comme moi, de voir à quoi ils rêvaient, eux. Je parle d’une époque où on commençait à voir des cyber cafés un peu partout mais personne n’avait encore de téléphone portable avec un forfait international à part les hommes d’affaire. Ce qui fait que quand tu avais rendez-vous comme moi avec quelqu’un à l’autre bout du monde et que comme moi tu n’as pas le sens de l’orientation, tu n’avais plus qu’à prier que tout se passe comme prévu…

J’avais fait une escale à Bangkok parce qu’il n’y avait pas de vol direct Paris-Katmandou avec Air France. C’est pour cette raison que je parle de « voyage fondateur ». C’est la première fois que je voyageais seule (aussi loin), la première fois aussi que je me rendais en Thaïlande. J’ai pris un plaisir fou à voyager seule, le sentiment de liberté que la solitude procure est devenu addictif à tel point qu’aujourd’hui quand quelqu’un veut partir avec moi, je suis gênée… Je préfère vraiment être seule à l’étranger (et même à Paris, je suis un incurable ermite !). Mon premier amoureux était passé par l’Inde et l’idée c’était de se rejoindre à Katmandou dans un hôtel qui s’appelait le « Century Hotel ». On était ensemble depuis un an, on ne vivait pas dans la même région, et là on se retrouvait après un long mois l’un sans l’autre puisqu’il était parti seul en Inde juste avant. J’étais épuisée par le long voyage puis l’escale d’une nuit à Bangkok où je n’avais pas pu fermer l’œil (je m’étais retrouvée dans un hôtel de passe, longue histoire que je raconterais une autre fois). Surtout, c’était la première fois que je vivais une histoire d’amour. J’avais déjà aimé mais je ne m’étais pas déclarée par timidité, à l’inverse des garçons étaient amoureux de moi mais je les avais ignorés.

J’étais amoureuse, j’avais hâte de retrouver mon amoureux mais je n’avais aucun moyen de communiquer avec lui, je savais juste que le « Century Hotel » se trouvait dans Freak street, le quartier le plus touristique, qui avait connu des tonnes de vrais hippies dans les années 60. Le taxi m’avait déposé non loin de la fameuse Freak street et j’avais décidé d’aller à gauche un peu par hasard, j’avais avancé avec mon sac Lowe Alpine sur le dos, dans l’espoir de voir le nom de l’hôtel. Et pour une fois…c’est exactement ce qui était arrivé ! J’étais dans un état d’excitation extrême, je m’étais dirigée vers le comptoir de l’hôtel où j’avais baragouiné un truc dans je ne sais plus quelle langue, je cherchais à savoir si j’étais attendue. Je l’étais ! Dans un grand sourire, le jeune népalais m’avait proposé de monter jusqu’au dernier étage pour rejoindre celui qui m’attendait. Je me souviens de la sensation que j’éprouvais en montant ces escaliers très escarpés, très étroits, j’étais si épuisée et pourtant la personne la plus heureuse du monde. Quand j’étais arrivée en haut, il m’attendait, il rougissait. Il y avait tellement d’émotion que j’avais parlé très vite pour dire n’importe quoi, j’avais envie de sauter dans ses bras mais je n’avais pas osé et lui non plus, on s’était embrassé mais c’était moins passionné que ce que j’avais espéré. Puis, dans la petite chambre, on s’était assis, on avait regardé autour de nous puis on s’était regardé. Je souriais tellement que j’avais mal à la mâchoire. Je me souviens avoir pensé « Toute ma vie je me souviendrais de ce moment, même si ça ne marche pas, même si on se quitte, même si un jour on se déchire ». J’avais vingt-deux ans et malgré tout l’amour que je ressentais pour lui, je savais déjà que ça ne durerait pas, je savais déjà que le prince Charmant, ce n’était que pour les contes de fées (autrement dit, oui, j’étais déjà cynique).