Du courage

Il en faut du courage pour rester seul.e dans une société où tu peux, en quelques clics, te retrouver en compagnie de quelqu’un que tu ne connaissais pas deux ou trois heures avant. Il en faut du courage pour continuer à croire en soi quand la personne avec laquelle tu discutais soudain disparaît de tes contacts, sans doute parce qu’elle a trouvé quelqu’un qui couche plus vite que toi. Il en faut du courage pour refuser d’être un objet parmi tant d’autres, trois photos parmi des milliers, une ou deux phrases d’accroches qui seront mal interprétées. Il en faut du courage pour lire et relire les mêmes phrases, les « tu fais quoi dans la vie ? », les « en tout cas tu es vraiment très jolie », les « tu cherches quoi ici ? », les « franchement je te trouve très sexy », les effrayants « c’est toi que je veux », les « je suis ici pour m’amuser », les « je cherche une femme respectable » (wtf)…

Hier dans la nuit, j’ai eu du courage. J’ai envoyé un long message à l’anglais pour lui dire qu’il faut qu’on arrête de se voir, que c’est urgent. Qu’il compte beaucoup pour moi mais que vraiment on ne se fait pas de bien. L’autre jour il était à côté de moi dans mon lit et je devais faire une recherche pour je ne sais quoi sur mon téléphone et la recherche que j’avais faite avant s’est affichée, c’était « Comment quitter un homme Taureau ? », heureusement il n’a rien vu. Je n’arrive pas à le quitter. Il a un ego surdimensionné, idéalement, il faudrait que lui me quitte. Nous sommes deux personnes odieuses ensemble, il est jaloux, il se met en colère très vite et devient insultant, il est possessif, autoritaire, capricieux. Je change d’avis trois fois par jour, je fais des réflexions blessantes, j’impose ma manière de penser, je n’écoute qu’à moitié, je suis théâtrale. Quand je l’ai rencontré, je ne sais plus pourquoi il m’a montré une photo de son ex (pour me faire rager, le connaissant) et j’ai dit « On va faire le test VIH parce que ta polonaise et son physique de pute, faudrait quand même pas que tu crois qu’elle était fidèle ». Bon, je précise quand même que la fille vit en Pologne, lui en France, et qu’elle ne sort jamais avec des polonais mais toujours avec des étrangers qui viennent en vacances, avouez que c’est louche (et elle ressemble à une Kardashian…). On n’a jamais passé plus de 36 heures sans s’embrouiller. C’est souvent lui qui me cherche et moi qui tombe dans le panneau. S’ensuit deux ou trois jours où on ne communique plus puis je reviens l’air de rien avec un message mignon ou il s’excuse de m’avoir manqué de respect. C’est infernal. Pourquoi on reste ensemble te demandes-tu, cher lecteur. Parce que le sexe. Parce qu’on adore se moquer des autres à deux. Parce qu’on a de la tendresse l’un pour l’autre. Parce qu’on est un miroir et que ça nous fait prendre conscience de l’ampleur des efforts à faire pour un jour avoir la chance, peut-être, de tomber sur quelqu’un qui acceptera d’être dans une relation un peu sérieuse avec nous. On est là, comme deux âmes en peine, deux personnes affreusement seules, deux personnes « cassées » comme il dit (mauvaise traduction de « broken »), à deux au moins on n’est pas seuls…

C’est terrible d’adorer être seule, mais vraiment adorer, genre jamais je ne m’ennuie quand je suis seule, jamais. Et en même temps je rêverais de passer du temps avec un homme que j’aime et qui m’aime, alors même que je fais tout pour qu’aucun homme n’aime autre chose que mon cul. Et ça marche ! A la base, l’anglais était adorable, on se voyait tous les jours, puis un soir il a décidé qu’il dormait chez moi sans me demander, j’ai été outrée (alors que j’aurais dû m’en réjouir, je l’aimais bien!). Le lendemain matin, il m’a serré dans ses bras et m’a dit « Je crois que je vais prendre ma matinée pour rester avec toi » et je lui ai hurlé dessus « Ah mais non non non, moi je fais des trucs le matin, et puis tu ne peux pas faire ça, c’est important ton taf, non ? » (mauvaise foi). Il commençait à avoir des sentiments, je le voyais, je le sentais, j’ai tout fait foirer, je lui ai raconté des histoires que j’ai eues avec d’autres hommes que j’ai fait souffrir, j’ai tout fait pour qu’il ne s’attache pas ou plutôt pour qu’il se détache. Je ne peux pas tout raconter parce que c’est long et aussi parce que j’ai fait quelque chose dont je ne suis pas fière qui n’a fait qu’accroître sa rage, il m’en veut, parfois c’est de la haine que je vois dans ses yeux, le pire c’est qu’au fond ça me fait rire de le voir dans cet état. Je me demande si je ne suis pas psychopathe. Il est là, aussi, notre point commun : il arrive que nous nous réjouissions de faire du mal à autrui. Je sais, c’est moche.

Il va me manquer parce qu’intellectuellement aussi, on s’entendait très bien. Je le trouve intelligent, et touchant. Et même si je n’arrêtais pas de lui dire « Tu n’es vraiment pas mon genre de mec » (mais qui dit ça sérieux ? Pourquoi??), je l’aimais bien, malgré tout. Maintenant je vais me concentrer sur les raisons qui me poussent à agir comme une connasse en amour. Je reviens après une psychanalyse de dix ans, bisous.

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