Humanité

Comme une touriste sur le Pont des Arts, je regarde la mère et la fille se faire prendre en photo, on se croirait dans une pub pour Comptoir des Cotonniers. Au-delà de la ressemblance, on sent un amour profond entre la mère et la fille, j’assiste peut-être bien à un vrai moment de complicité, la photo qui est en train d’être créée sous mes yeux restera dans la mémoire familiale, et je souris bêtement. La dernière fois que j’ai pris une photo de ma mère et moi c’était à Venise à l’aide d’une perche à selfie sur un pont et ma mère avait tellement honte que je sorte l’objet en question qu’elle fait une grimace de mécontentement pendant que je souris en mode star américaine, pas naturelle pour un sou, limite avec la chevelure qui se la raconte, rapportée sur ma poitrine, je porte du rouge à lèvres sur cette photo, on ne dirait même pas moi. Mais j’adore cette photo quand même, et elle restera aussi dans la mémoire familiale.

Je me promène seule dans Paris, à la recherche du coucher de soleil, je fais l’aller-retour entre le pont des Arts et le pont neuf alors que je sais pertinemment que pour capturer le coucher de soleil à cette époque de l’année, c’est plutôt vers le Musée d’Orsay qu’il faut être… Mais peu importe, c’est joli quand même. Et j’ai envie de faire une photo de moi sur un pont parce que je n’en ai pas et que je l’avoue j’aime bien les photos clichés. J’ai des photos de moi dans tellement de villes et tellement de pays et aucune dans Paris, ou si peu. Mais je n’ai pas ma perche à selfie alors je tends le bras comme une bouffonne et là une parisienne, je veux dire, je sais tout de suite qu’elle est parisienne parce qu’elle est habillée en noir, elle marche vite, elle se trouve fabuleuse, ça se voit (et elle l’est) et elle me lance dans un accent épouvantable « Do you want me to take a picture of you in the bridge ? ». J’ai envie d’éclater de rire mais je lui réponds simplement que je suis française en fait, et même parisienne, et que je veux bien parce que même si ça semble super cheesy, j’ai pas de photo de moi sur un pont et j’aimerais bien en avoir une. Et elle ne me juge pas, elle me dit «Mais tellement ! Tu sais quoi ? On va faire ça bien, allez, donne-moi ton Iphone ! ». Il faut savoir que comme beaucoup de gens, je déteste les photos de moi, je ne vois que mes défauts, je me trouve obèse, bref, c’est jamais ça. Elle a pris six photos de moi et sur les six je me trouve belle. Pourquoi ? Parce que la photo reflète ce moment d’humanité : je souris, à la limite du rire qui va éclater, parce qu’elle me fait rire avec ses réflexions, son accent parisien, sa façon d’être. Parce que je pourrais tellement être cette fille qui se dévoue pour prendre la photo de ta vie, celle où tu es plus bonne que la plus bonne de tes copines (jamais je ne me passerais de cette expression, merci Kool Shen, merci Joeystarr).

Je n’ai jamais autant aimé Paris que depuis que je n’y vis plus. J’aime cette ville plus que tout, si je n’étais pas née à Paris, je serais jalouse de ceux qui y sont nés, si je n’avais pas vécu à Paris, j’aurais tout fait pour que ça se réalise. C’est tellement beau que c’est parfois insoutenable, j’ai envie de prendre les murs dans mes bras, de leur dire que je les aime, d’embrasser les monuments, de déclamer des poèmes dans la rue. J’ai des souvenirs partout, de mon enfance dans le 14ème, de mes années what the fuck dans le 9ème, d’amour dans le 11ème, j’ai même des souvenirs dans le 19ème ! Hier j’ai lu une « phrase de parisienne »  qui disait « Je suis plus souvent allée à New York que dans le 19ème ». C’est vrai pour moi aussi, la dernière fois que je suis allée dans le 19ème c’était il y a 7 ans ! Parfois pour préserver un amour il faut savoir partir. C’est ce que j’ai fait avec Paris, mais j’écrirai sans doute un billet à ce sujet, quand je serais prête:)

 

 

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Le Jour du Seigneur ou pourquoi je préfère les chats aux enfants

Comme je plains les heureux ( ?) propriétaires d’enfants parisiens turbulents dont ils ne savent que faire le jour du Seigneur parce qu’à part dans le 7ème (et merci mais je n’y vis pas), plus personne ne va à l’église. Il faut bien les occuper ces petits amours à la morve collée au nez en permanence peu importe la saison. Mes charmants voisins au-dessous ont trouvé comment faire, eux. Ils vivent au rez-de-chaussée alors ils se sont dit « Tiens, comme il y a une mini cour intérieure, et si on décidait qu’elle était à nous ? ». Et c’est ce qu’ils ont fait sans que personne ne dise rien parce que franchement on s’en fout, si ça peut leur faire plaisir de se donner l’illusion d’avoir un pavillon à la campagne avec leur ridicule cour de 30m2 aménagée avec une table, des chaises et même des bacs à fleurs et des lampes murales pour pouvoir dîner sous cette douce lumière le week-end (et on entend leurs conversations tellement nulles, ils sont tellement beaufs, franchement ils devraient déménager en banlieue, c’est ce que les familles font).

C’est dimanche, chouette, la maman peut jouer au ballon avec Maylis et Mathis pendant que le père écoute Zaz dans le salon (je ne savais même pas qu’on pouvait encore écouter Zaz en 2017). Moi qui suis discrète, je ne comprends pas qu’on puisse ainsi s’afficher aux yeux de tous, il suffit qu’on ouvre notre fenêtre pour les voir en famille en train de faire les devoirs sur la table ou ricaner à moitié ivres avec des amis tout aussi nases qu’eux (et moches en plus, encore si le paysage était intéressant mais même pas !). Chance, ce sont des français très conventionnels, il se lèvent tôt et finissent leurs dîners arrosés tôt également, il ne faudrait pas chambouler leur rythme houlala. Mais tout de même on entend tout ce qu’ils disent et ils semblent adorer ça, je ne vois pas d’autre explication. Ils ne sont pas INFP eux, ah ça non ! Ils doivent être super extravertis et super pas intellos, c’est quelle combinaison de lettres, ça ?

Heureusement ils savent s’arrêter pile au moment où je sens que je peux faire un massacre (par exemple, là ils ont dû aller au parc, je ne les entends plus). Sachant que je suis lâche, le massacre consiste à appeler la propriétaire pour me plaindre (et elle m’adore parce que je suis old school, j’envoie mes vœux en début d’année, oui, par courrier postal, les timbres, vous vous souvenez ?). Mon immeuble appartient à une veuve qui possède une dizaine d’immeubles à Paris, et elle les gère d’une main de fer du haut de ses 86 ans (son fils unique désespère de récupérer son héritage). Elle a déjà réussi à virer un homo exubérant et mélomane qui jouait du piano de minuit à 7h du mat’ avec des amis en buvant du vin (c’est ce qu’on m’a raconté). Un jour quelqu’un a sonné à la porte et lui a cassé la gueule en lui disant « Demain t’es plus là » ou un truc du genre, ambiance thriller, et ça a marché !

Avec les vacances scolaires qui approchent j’avoue que je commence à m’inquiéter un peu même si j’ai la chance de pouvoir me réfugier dans une autre pièce qui ne donne pas sur cette cour. J’ose espérer qu’avec deux gosses ils vont partir à la Baule chez les grands-parents ou dans leur résidence secondaire inexistante. La petite fille m’exaspère avec sa petite voix haut perchée, quant au fils, il constitue tout ce que je déteste : il est bruyant, complètement abruti, il adore jouer au ballon, il ne porte que des joggings, il râle et en plus il ressemble au père (c’est-à-dire à rien en fait). Je vous épargne la mère parce qu’elle cumule voix nasillarde, ne sait pas s’habiller, a un rire horrible qui résonne (forcément elle rit dans la cour, pas dans son salon cette conne), c’est le genre qui doit avoir à peine 40 ans mais qui fait déjà usée. C’est pour des femmes comme elle que le maquillage a été inventé je pense, même si les gros paquets de mascara qu’elle met sur ses cils étouffés ne la rendront jamais jolie mais juste encore plus moche, la pauvre femme. [ N.B : mon mec me demande ce que je fais, je réponds « j’assassine les voisins via le blog » et je vois qu’il pense « tant mieux au moins cette colère ne tombera pas sur moi » haha <3]

On vit à Paris mais on ne croirait pas du tout y être. L’appartement ressemble à une maison de campagne avec sa cheminée en brique dans le salon et c’est si calme qu’on n’entend pas les bruits de la ville. C’est pour cette raison qu’on a eu un coup de cœur pour cet appartement qu’on a quand même mis trois mois avant de trouver (parce qu’en plus je voulais une baignoire et une cuisine américaine et des placards intégrés (la chieuse oui oui je sais). Une telle aubaine, ça n’existe plus de nos jours ! Alors forcément quand il y a un peu de bruit, je panique. D’autant que par le passé je n’ai eu que des problèmes de voisinage (voisins obsédés qui frappent chez toi trois fois par jour juste pour te voir, l’un d’eux m’a même écrit un mot d’amour qu’il a glissé sous la porte, mains courantes à la pelle au comico de quartier (la BAC est même venue une fois, c’est dire !), colle dans la serrure etc etc la liste est trop longue).

Depuis que j’ai vu le documentaire The Minimalists, je me dis que si ça continue, je vais vivre dans une mini maison et le tour est joué (je dis « je » parce que je n’ai pas encore mis Monsieur au courant. Hum). Un français a adapté les tiny houses américaines qui ont remporté un franc succès après la crise des subprimes, ce sont des maisons-roulottes qui ne font que 23m2 (économie de ménage, bonjour !) et qui ne coûtent que 40,000€ clé en main ! Pour éviter la claustrophobie il suffit d’acheter un terrain quelque part en France où il n’y a personne (la Corrèze, la Creuse ou la Lozère feront l’affaire avec leur densité proche du néant). Les chats arrêteront peut-être enfin de squatter notre lit, le canapé, la table à manger, le bureau, la baignoire vide (etc) pour vivre dehors et nous rapporter fièrement des souris mortes pour asseoir leur hégémonie. Peu importe ce que font les chats, ils ne seront jamais aussi pénibles que des enfants. Hashtag cats not kids.

« Challenge un peu con mais pas trop » #7 Vous gagnez 5 millions d’euros, vous faites quoi avec ?

On voit bien que je ne connais rien à l’argent, j’ai lancé « 5 millions » en l’air, comme ça, et maintenant, je me rends compte qu’on ne fait rien avec 5 millions. Ce n’est pas assez !

La première chose à laquelle je pense, c’est acheter un appartement à New York. J’ai trouvé ce petit 100m2 avec un grand salon, une master bedroom de premier choix avec superbe salle de bain attenante et une non moins sympathique chambre pour les invités, tout cela sur Madison Avenue, à deux pas de mon building préféré, le Flatiron. Problème : j’ai déjà 2 millions qui partent, il ne m’en reste plus que 3. Sachant que ce bien va me coûter environ 2500$ d’entretien par mois, ça sent l’hypothèque à plein nez après quelques années seulement. Dommage, je m’y voyais déjà…

Puisque c’est comme ça, je suis contrainte d’acheter des petites surfaces, un appartement à New York pour 500,000$ et un à Paris pour le même montant. J’ai un million qui part et il m’en reste 4. Je garde un million que je fais fructifier je ne sais pas trop comment (la bourse ?), il me reste donc 3 millions. Je ne veux surtout pas gérer mes appartements, je suis mauvaise pour ça alors je trouve quelqu’un qui trouve des locataires temporaires. En même temps, je crois que l’idée que des inconnus puissent s’installer, même temporairement, chez moi, me donne la nausée. Bon, j’achète juste un appartement à New York, un grand deux pièces, et je vis à l’hôtel à Paris. Au Ritz par exemple, je me vois bien dans la suite Scott Fitzgerald (185m2 pour 7000 € la nuit). Vue sur la place Vendôme bien sûr.

A bien y réfléchir, j’aime l’idée de vivre à l’hôtel partout dans le monde. J’aime l’idée qu’on me serve, l’idée de ne rien faire, d’appeler quelqu’un dès que j’ai un petit problème. Je crois que c’est Michel Polnareff qui a vécu des dizaines d’années à l’hôtel, il a tout compris. Ou sinon je fais construire l’hôtel de mes rêves à Paris. Parce que l’hôtel de mes rêves n’existe pas, certains s’en rapprochent comme le Ludlow Hotel à New York mais… 5 millions ce n’est pas assez pour un projet de cette envergure.

Bon, je participe à la création d’un hôtel d’un nouveau genre, voilà j’investis mon million comme ça. Je m’associe si possible avec des personnes qui ne vont pas m’arnaquer (rien n’est moins sûr mais qui ne tente rien n’a rien ?). En gros je trouve des personnes qui ont déjà des idées et je les aide. Par exemple, on pourrait créer un hôtel écolo et vegan mais de luxe bien sûr, pas un truc de hippie sur le retour. Bon, en fait c’est moi qui ai des idées donc c’est moi qui cherche de potentiels investisseurs… L’avantage : j’aurais toujours une suite de disponible qui m’attend, ainsi je vivrais dans MON hôtel, je frémis d’envie à cette idée !

Pour le reste je ferais comme aujourd’hui mais en plus grand : j’inviterais chaque personne de ma famille à faire un voyage quelque part ensemble, je donnerais de l’argent à des associations diverses et variées, à des refuges pour animaux, je prêterais de l’argent à mes amis pour qu’eux aussi réalisent leurs rêves (et tant pis s’ils ne me le rendent pas), tout cet argent me permettrait d’être encore plus flemmarde, et avouons-le, encore plus snob. Je voyagerais pour la première fois de ma vie en jet privé. Pour aller à New York, par exemple. Non, à Los Angeles. N’importe où en fait.

Je jouerais à un jeu de riche (il faut bien que les riches s’amusent !) : je marcherais dans la rue et à la vue d’une femme très mal habillée, j’irais la voir pour lui proposer un relooking gratuit payé par mes soins. Je ferais ainsi une heureuse ! Je pourrais faire ça une fois par mois par exemple. Je rendrais un peu service à l’humanité. Il n’y aurait plus aucun pantalon couleur saumon, quel bonheur ! On est à Paris, ce n’est plus possible toutes ces femmes mal fagotées, qu’elles aillent en province ! haha

Avec cet argent, je me vengerais de tous mes ex et…mais…non en fait ça j’ai déjà fait avec un peu d’imagination, même pas besoin d’argent. Je donnerais enfin un gros billet à tous les mauvais musiciens dans le métro pour qu’ils arrêtent. Oh mais non : je ne prendrais plus jamais le métro. Je me déplacerais uniquement avec mon chauffeur. Je choisirais une femme. Je m’y vois déjà, j’aime !

Je ne suis sûre que d’une chose : comme je me fiche de l’argent, je risquerais de ne plus en avoir au bout de quelques années. C’est le risque ! Au moins j’aurais vécu une parenthèse enchantée, rien que ça, c’est du luxe !

Mars : lancement du « challenge un peu con mais pas trop »

J’ai cherché un challenge d’écriture que je pourrais relever mais je n’ai rien trouvé alors j’ai décidé de créer le mien. L’idée c’est d’écrire trois fois par semaine tout au long du mois de mars (parce qu’on n’a pas forcément le temps d’écrire tous les jours). J’avais envie d’un challenge décomplexé et un peu plus fun que ceux que je vois en ce moment. J’espère que vous serez nombreux à participer mais si vous ne l’êtes pas, je suis sûre que cet exercice va beaucoup m’amuser et c’est tout ce qui compte, n’est-ce-pas ?

Il vous faut pour ce challenge une bonne dose d’humour et d’autodérision et un soupçon d’imagination, de créativité, et avouons-le un peu de connerie aussi (entre autres bien sûr).

Voici…le « Challenge un peu con mais pas trop ». Il s’agit de 12 thèmes sur lesquels idéalement on écrira 300 mots minimum et c’est encore mieux si on peut accompagner son texte d’une photo.

Vous n’êtes pas obligés de respecter l’ordre, ni d’écrire sur tous les thèmes, choisissez ceux qui vous inspirent. Et si ça ne vous inspire pas, créez votre propre challenge ! (J’y participerai avec plaisir).

  1. Deux ou trois habitudes honteuses (exemple : tendre l’oreille quand les voisins font l’amour, se réjouir lorsqu’un enfant qui pleure tombe par terre etc etc)
  2. Pire expérience sexuelle (ou à l’inverse la plus drôle)
  3. Chansons ou artistes qu’on a honte d’aimer
  4. Deux ou trois objets (ou plus) indispensables à votre survie au quotidien
  5. Le ou les livres qui ont changé votre vie (si aucun livre n’a changé votre vie, parlez de musique ou film par exemple, vous pouvez même donner un livre, un album et un film, exprimez-vous, vous êtes libres !)
  6. Liste des deux ou trois personnes que vous aimeriez voir disparaitre de la planète sans pour autant passer par la case prison
  7. Vous gagnez 5 millions d’euros, que faites-vous avec ?
  8. Écrire une lettre au futur vous, ça peut être une « lettre à vous » dans cinq ou dix ans ou même plus, à vous de le définir !
  9. Décrivez vos lieux préférés pour donner envie au lecteur d’y aller
  10. «Merci ». Faites une liste de « merci ». Parce que la gratitude c’est so 2017.
  11. Deux ou trois célébrités à qui vous ne diriez pas « non » si vous les croisiez par hasard dans la vraie vie.
  12. Pour clore notre challenge, pas de mots, juste un « faceless selfie » c’est-à-dire une photo de vous où on ne voit pas votre tête. Mais si vous voulez expliquer pourquoi vous avez choisi cette photo, vous pouvez bien entendu !

Vous êtes prêts ? Premier texte le 1er mars, pour le reste, chacun son rythme 🙂

Challenge : écrire son journal pendant dix jours #Jour5

Aujourd’hui, j’ai remarqué la gentillesse et le sourire désarmants de la masseuse avec laquelle j’avais rendez-vous. Je suis arrivée en avance (j’avais mal noté l’horaire…), on m’a plutôt mal accueillie, je déteste attendre, j’ai attendu 45mn, puis elle est arrivée avec son large sourire et ses dents parfaitement blanches, un sourire à la Britney. Je l’ai sentie authentiquement gentille et je me suis enfin relaxée.

Je ne suis pas fan des massages, je trouve difficile de se relaxer entre les mains d’un inconnu. Je crois que le fait que ce ne soit pas sexuel m’empêche de me laisser aller. Cette idée de se faire toucher sans que ça débouche sur un orgasme me laisse perplexe, je l’avoue. J’essaie de fermer les yeux, de me détendre, d’arrêter de penser à ce que je pourrais manger en sortant de là. C’est ce que j’ai fait cet après-midi, je restais complètement bloquée sur la perspective de pouvoir déguster un sorbet au citron chez Pozzetto rue du Roi de Sicile, je ne sais pas pourquoi.

Lorsque j’étais en Thaïlande, mes amis me disaient qu’il fallait absolument que je me fasse masser les pieds, que c’était un vrai moment de détente, que je ne pouvais pas être allée si souvent en Thaïlande sans jamais avoir été massée. Je me suis laissée convaincre et j’ai détesté ça. Je regardais la masseuse faire, j’observais sa technique, impossible de me laisser aller ! Elle a fini par me hurler « Don’t look at me ! Relax ! ». Mouais.

Ça me rappelle la fois où j’avais massé mon mec de l’époque en pensant que ça se finirait de manière beaucoup moins calme et il s’était endormi comme un bébé. Je m’étais retrouvée seule sur le lit avec de l’huile qui colle sur les mains, frustrée à mort.

Finalement je ne regrette pas d’être sortie de chez moi un dimanche. Pourtant c’est le jour où je reste cloitrée parce que Paris est à la fois envahie par les parisiens mais aussi les touristes et les banlieusards. Il y avait des familles partout, des gosses qui hurlent, des mamies qui marchent lentement, quelques types en jogging qui parlent fort, un beau ciel bleu, un inhabituel 12 degrés… Mais j’ai eu le sourire toute la journée. Normal. Moi demain je ne bosse pas !

Pendant dix jours, j’écrirai mon « journal » en commençant par la phrase « Aujourd’hui, j’ai remarqué… ». C’est un exercice d’écriture proposé par l’écrivain (non je n’aime pas le mot « écrivaine ») Emily Gould que je suis sur l’application Skillshare que je trouve formidable : ce sont des cours en ligne pour apprendre des tas de trucs dans des tas de domaines. Si vous voulez participer, vous êtes les bienvenus !

 

pozettoparis

Raconter sa vie

C’est souvent comme ça. Je lis tous les jours pendant des mois puis galvanisée par mes formidables lectures viens le moment où j’achète frénétiquement de nouveaux livres (sans doute la peur de manquer). J’accumule des tonnes de livres, j’en commence certains, je ne vais jamais au bout de ma lecture parce que je suis ailleurs, dans ma tête, perdue dans un épais brouillard qui m’empêche de me concentrer sur les lignes qui s’affichent devant moi. Comme si j’avais fait une overdose de lecture et qu’en quelque sorte mon cerveau régulait tout seul mes besoins en littérature.

Il y a quelques jours, dans le Monde je crois, je tombe sur une interview d’un dénommé Edouard Louis dont je n’ai jamais entendu parlé. Il vient de publier son deuxième roman, Histoire de la violence, et cette interview me donne immédiatement envie de lire tout ce qu’il a écrit (et de devenir son amie).

Édouard Louis, il raconte sa vie. Comme Annie Ernaux, avec autant de talent et de justesse (j’adore Annie Ernaux). Lui aussi il vient d’un milieu défavorisé, lui aussi se sent en décalage par rapport à ce milieu, en plus il est pédé, ce qui n’arrange rien. Il vaut mieux être riche et pédé que pauvre et pédé. Ce roman s’appelle En finir avec Eddy Bellegueule, parce qu’Eddy Bellegueule c’est son vrai patronyme, ce qui est en soi incroyable tellement on dirait un pseudo, tellement ça semble impossible de s’appeler comme ça, et que je comprends si bien qu’il ait choisi de se faire appeler Édouard Louis, il n’y a pas plus banal que Édouard Louis, il aurait pu choisir Christian Bertrand, c’était pareil, banal. Avec la petite touche surannée qui fait bien. Ou comment se racheter un milieu social. Passe-partout, ne pas faire de vagues.

Lorsque j’étais petite, j’avais une amie qui s’appelait Mélissa (parce que sa mère était fan de la Petite Maison dans la Prairie et que son actrice principale s’appelle Mélissa). Elle était externe comme moi alors nous rentrions ensemble le midi. J’étais externe parce qu’à la cantine il y avait de la viande et je ne mangeais (déjà) pas de viande. Si Mélissa rentrait le midi c’était parce que ses parents ne pouvaient pas payer la cantine mais aussi pour faire cuire son steak à son beau-père. Elle n’avait que dix ans et rentrait préparer le déjeuner de son beau-père pendant que sa mère accumulait les heures en intérim en espérant un jour trouver un emploi stable. Apparemment son beau-père ne savait pas se faire cuire un steak, il fallait faire la bonniche pour lui. Je me suis demandée toute mon enfance si elle servait de jouet sexuel à son beau-père qui était un obsédé notoire mais en fait je ne pense pas parce que Mélissa était grosse et le beau-père n’aimait pas les grosses, il ne cessait de le dire, on avait bien compris.

Je me souviens que le père de Mélissa s’était remarié et avait fait un troisième enfant à sa nouvelle femme « pour toucher les allocs ». Je ne savais même pas ce que ça voulait dire à l’époque mais je sentais que c’était subversif. Un jour, Mélissa m’a invitée chez ses grands-parents (Tu verras, leur maison est gigantesque) en Normandie, vers Fécamp je crois, au fin fond d’un bled paumé. Je ne comprenais pas ce que disaient les grands-parents, ils avaient un fort accent et les mots n’étaient pas les mêmes qu’en français. La maison était humide et la literie semblait avoir 150 ans, les lits grinçaient, cette nuit-là, on avait encore entendu ses parents baiser (le beau-père demandait « T’aimes ça salope » sans vraiment demander puisqu’elle ne répondait que par des cris qu’elle essayait d’étouffer dans un oreiller). A table, j’avais vécu un cauchemar puisqu’ils avaient servi de la viande de lapin pour me montrer qu’ils me recevaient bien et j’avais dû me forcer à en manger un petit peu, rien que d’y repenser, j’en frissonne d’horreur. Je ne sais plus pourquoi mais sa grand-mère m’avait touché les seins, ma poitrine naissante dont j’avais honte, elle avait fait une remarque sur le fait que je devenais une femme et avait touché mes seins en toute décontraction et j’avais eu l’impression d’un viol. Toute la table avait ri, même Mélissa. J’avais été profondément blessée et ce jour-là j’avais compris que si ma famille n’était pas riche, nous n’étions clairement pas du même milieu.

J’ai vécu la même chose quand j’ai rencontré mon premier amour, Pierre. Il était picard, comme Édouard Louis. Ses parents m’acceptaient tant bien que mal sous leur toît le week-end, dans leur grande maison humide et mal insonorisée qui tombait en ruine faute d’argent pour la rénover. Lorsque je rentrais à Paris le dimanche soir, je sentais le moisi, je ne comprenais pas comment cette odeur pouvait persister à ce point. Une fois le père m’avait demandé si je savais comment on appelait les habitants du Cap Vert et j’avais répondu « Bien sûr, les Cap-verdiens, pour quelle raison ? » et il m’avait soutenu pendant de longues minutes que, non, on les appelait les Cap-vernais, jusqu’à ce que le Monsieur qui présentait Thalassa (on dînait devant la télé, une première pour moi) dise « Les Cap-verdiens bla bla » et que le père fasse la gueule pendant les 48h restantes. Il s’était fait humilier par une femme devant sa propre femme, rien de pire n’aurait pu lui arriver. Lorsqu’il m’arrivait de faire pipi chez eux la nuit, j’étais toujours dégoûtée de constater qu’il y avait déjà du pipi au fond de la cuvette, du pipi jaune foncé presque orange que la personne avant moi avait oublié de faire disparaitre en tirant la chasse d’eau. En plus, ils avaient ce papier toilette rose foncé trop fin qui n’essuie rien et qui gratte. Un jour, Pierre m’a engueulée. Il ne fallait pas que je tire la chasse la nuit : l’eau, ça coûte cher. Je ne me suis jamais sentie aussi parisienne que pendant mes cinq ans de relation avec ce type. Qui a moins de trente ans était père de deux enfants : Hélios et Saskia (orthographe inconnue). Tout est dit.

On a reproché à Édouard Louis d’avoir du mépris pour sa classe sociale. Il est de bon ton d’être bourgeois et de cracher sur la bourgeoisie. Mais forcément quand on parle de pauvreté de manière crue, c’est interdit, ça fait mauvais genre. On doit les aimer les pauvres. C’est la moindre des choses !

Finalement ce qui créé l’ambition, c’est peut-être le manque d’amour dont parle Édouard Louis, dont parlent beaucoup d’écrivains, d’artistes, de créateurs. La première phrase (sublime) de son premier roman c’est « De mon enfance je n’ai aucun souvenir heureux ». Je ne serai jamais un grand écrivain, j’ai eu une enfance heureuse, des parents qui m’aiment, je n’ai jamais manqué de rien, on a toujours cru en moi (encore aujourd’hui alors que je suis devenue glandeuse professionnelle). Mon enfance est une succession de souvenirs heureux, des souvenirs si heureux que c’en est indécent, je le sais, je le vois dans le regard de mes amis qui disent tous « Non mais toi tes parents…t’as vraiment de la chance ! ». L’évènement le plus dramatique de mon enfance c’est ce jour où ma mère et mon père se sont disputés et où ma mère a décidé que nous irions dormir à l’hôtel en face de chez nous, moi et mon petit-frère. Elle a passé la soirée au téléphone avec ma grand-mère qui lui conseillait de sagement rentrer plutôt que de se croire dans une pièce de théâtre. Je crois que ma mère rêvait depuis longtemps de faire une crise, de claquer une porte, de se rebeller alors que mon père lui a toujours permis d’être libre. Le sujet de la dispute ? Ma mère voulait regarder le foot à la télé, mon père ne voulait rien regarder parce qu’il était fatigué. Pas romanesque…

Mais revenons à Édouard Louis et son second roman Histoire de la violence, dont les trois premières pages m’ont donné la nausée, j’étais au bord des larmes, le reste du roman est si puissant, cette histoire est singulière et en même temps tellement universelle, on prend un coup de poing dans la gueule mais un coup de poing qui fait du bien parce qu’il réveille, parce qu’on se pose mille questions, pourquoi la violence, faut-il ou non porter plainte, pourquoi la peur nous paralyse-t-elle, pourquoi ça nous arrive alors que ça n’arrive pas aux autres, toutes ces questions parfois (souvent) sans réponse.

Il y a Annie Ernaux, désormais il y a aussi Édouard Louis. J’ai déjà hâte de lire le roman qui parlera de son arrivée à Paris. Quand je pense que je ne sais plus quel abruti me disait il n’y a pas si longtemps « Mais arrête avec Paris, plus personne ne rêve de vivre à Paris en 2016 ! ». Plus personne, vraiment ?

Fluctuat nec mergitur

C’est difficile d’en parler. C’est encore plus difficile de ne pas le faire…

L’incompréhension, forcément. Essayer de comprendre ce qu’il peut bien y avoir dans la tête de ces terroristes si jeunes et si paumés. Moi aussi j’ai été paumée, jamais au point de prendre les armes. Encore moins une kalachnikov. Je veux dire, ça se trouve où une telle arme ? Ça coute combien ? On s’en sert comment ? Il faut apprendre, non ? On parle bien d’actes prémédités. De personnes qui sans doute ont des familles, des histoires d’amour, des amis qui ne sont peut-être pas au courant, qui ne voient rien. Comment peut-on faire pour ne rien voir ? Je ne juge pas, je m’interroge et je ne trouve aucune réponse à mes questions…

Les messages d’amis terrorisés ce vendredi soir-là. Où j’avais joué au Loto et où je n’ai évidemment pas gagné. Les amis qui sont loin et qui ont peur pour moi parce qu’ils savent que potentiellement je peux être là où toutes les attaques ont eu lieu. Comme tous les parisiens. Puis les messages des amis parisiens qui ont tous comme moi au moins un ami coincé au Bataclan ou au Stade de France et dont on n’a plus de nouvelles depuis trois heures… Certains survivront, d’autres pas…

Et on nous dit que nous sommes en guerre. Je ne suis en guerre contre personne à titre personnel. Et je ne prie pas pour Paris non plus. Le mot d’ordre c’est de prier pour Paris, apparemment. Paris s’en remettra. C’est sa devise. En revanche les victimes, elles, ne se relèveront pas. Et leurs familles non plus ou alors dans de très longues années, et encore, jamais indemnes. Comment faire le deuil d’un enfant de 17 ans parti s’amuser en écoutant du rock ? Je ne vois pas.

Ce vendredi soir-là j’ai été heureuse de ne pas avoir d’enfant. Parce que j’aurais été vraiment emmerdée de devoir lui expliquer que la vie ça veut dire qu’à tout moment elle peut s’arrêter, qu’on peut se faire renverser par un chauffard mais qu’on peut aussi tomber sur un taré avec une kalachnikov alors qu’on est parti boire un verre avec des amis en terrasse. Que je ne pourrais pas le/la protéger du tout parce que la vie c’est ça : à partir du moment où l’on nait on n’a qu’une seule certitude : on va tous crever. Mais on ne sait pas comment. Jamais. Je détesterais que mon enfant me dise ce que j’ai dit à mes parents quand j’étais petite « Mais en fait pourquoi vous m’avez fait ?». A cette question, mon père m’avait répondu qu’il avait été égoïste comme tous les gens très amoureux. Et pardonnez mon cynisme mais ce ne sont ni les bougies ni les fleurs (qui sont mieux dans les champs que sur les tombes si vous voulez mon avis) qui arrêteront qui que ce soit.

Il faut continuer à vivre. Ne pas trembler quand on prend le métro. Ne pas trembler quand un ami met deux jours à répondre à un putain de sms. Ne pas trembler quand la personne qui partage notre vie va boire un verre avec des amis. Ne pas trembler. C’est difficile à faire. Mais nous n’avons pas le choix. Nous sommes là alors autant en profiter, au moins pour ceux qui ne pourront plus jamais le faire.