Freak magnet

21h, je suis au téléphone avec ma mère quand l’interphone retentit. Je ne réponds pas pour une raison très simple : je n’attends personne. Je continue de bitcher sur je ne sais qui quand soudain quelqu’un frappe à ma porte. Je regarde à travers le judas et je vois une masse de cheveux hirsutes que je ne reconnais pas alors je demande à ma mère de patienter deux secondes et j’ouvre la porte. C’est une voisine avec qui j’ai discuté quelques fois, elle aime voir mes chats se prélasser sur le rebords des fenêtres pendant qu’elle fume, elle est violoniste et j’apprécie particulièrement la musique gratuite qu’elle m’offre tous les matins, comme nous sommes les seules au dernier étage, et dans des bâtiments différents, nous nous croisons peu. Une fois elle m’a dit qu’elle consultait un psy et j’avais trouvé la confidence un peu rapide. Mais qu’importe. Elle ne me dit pas « bonsoir » ni rien, elle me regarde avec un regard noir et me dit « Je ne sais pas qui vous êtes, je ne sais pas qui sont vos amis » alors je l’interrompt, je dis « Pardon ? » et elle s’enfuit, elle descend les escaliers et je lui demande « Mais de quoi parlez-vous ? » mais elle est déjà en bas…

J’ai un passif assez lourd question voisinage. Je ne vais pas faire la liste ici mais je vais prendre juste deux exemples. J’ai eu un voisin qui sonnait chez moi tous les jours pour demander du sucre, du sel, des cigarettes, « Est-ce-que tu veux parler, je me sens seul » qui a fini par faire une fixation sur moi parce qu’il était fou et moi trop gentille et ça s’est terminé au commissariat (il avait défoncé ma porte avec un maillet parce que je refusais de lui ouvrir) puis à l’asile. J’ai eu un autre voisin qui sonnait chez moi à chaque fois que j’invitais une amie et qui se proposait de nous tenir compagnie, qui lui aussi demandait du sucre, du moins au début, ensuite il a mis des mots à caractère sexuel sous ma porte puis il m’a fait des avances que j’aie poliment refusées mais de rage il a mis de la colle dans ma serrure pas une pas deux mais trois fois, jusqu’à ce qu’on change complètement le système de fermeture de la porte, système sans clef, mais ce con avait mis de la colle sur l’aimant qui servait de serrure, pour vous montrer un peu le QI du gars. J’ai déménagé.

Alors quand la voisine au physique d’ex héroïnomane dépressive avec ses cheveux à moitié crépus alors qu’elle est corse et c’est bizarre des cheveux crépus pour une corse, s’est pointée avec ses bras fils de fer et sa poitrine inexistante et son regard noir devant ma porte, oui, j’ai eu peur. Je suis descendue parler à mon voisin qui lui a ouvert la porte, c’est sécurisé, elle n’aurait pas pu rentrer sans lui mais elle lui a dit « J’ai un problème avec votre voisine du-dessus, il faut que je lui parle », lui, bonne pâte, il a pensé que c’était peut-être grave. Il a entendu la « conversation » échangée sur le pallier et n’a pas compris non plus. Pendant qu’il me parlait je me disais « Mais il a de beaux yeux bleus ce voisin, ah non, en fait ils sont verts ! Ils sont bleus ou verts ? Il est pas mal du tout ce petit voisin… » et son chat est arrivé alors je suis devenue gaga et j’ai raconté ma vie et je me suis décrédibilisé…déjà que j’étais en short t-shirt pour dormir… Bon, en même temps, avoir une histoire avec un voisin, j’ai déjà fait cette erreur, pas deux fois !

J’ai fini par sonner chez la voisine, elle est descendue « s’expliquer » dans le hall et c’était ubuesque.

Moi « Je n’ai pas compris votre intervention tout à l’heure, que se passe-t-il, vous ai-je fait du tort ? »

Elle « Pas du tout, nous ne sommes pas amies vous et moi et je ne souhaite pas vous parler »

Moi « Très bien mais puis-je savoir ce qui a provoqué une telle réflexion, vous ai-je fait du tort de quelque façon que ce soit ? »

Elle « Pas du tout, nous ne sommes pas amies vous et moi et je ne souhaite plus vous parler désormais, est-ce-que c’est clair ? »

Moi « Oui oui c’est très clair et c’est noté dans ce cas »

Je n’avais même pas fini cette dernière phrase qu’elle était déjà remontée chez elle.

Je raconte l’histoire à l’anglais (le feuilleton de l’été n’est pas fini, je prendrais le temps de vous expliquer tout ça, quand je pense que j’ai passé des années à souhaiter vivre une amourette de vacances, si j’avais su à quel point c’est prise de tête, je me serais abstenue…), il me dit «Finalement le dénominateur commun entre tous tes voisins fous, c’est toi, non ? ». C’est vrai, c’est moi. I’m a freak magnet:/

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