Le prof de maths

Je voulais écrire un billet pour expliquer que je n’étais plus sûre d’être sapiosexuelle…Il s’avère que je me suis inscrite en salle de sport quasiment au même moment où je suis devenue célibataire, à force de regarder des émissions débiles sur le « revenge body », je m’étais dit que oui pourquoi pas être la plus bonne de la plus bonne de mes copines pour faire un pied-de-nez à cette connasse de rupture ? Ce que je ne savais pas c’est qu’il y a une espèce de communauté de gens qui font du sport , quand tu fais partie de cette communauté, tu ne côtoies plus de gens mous et gras, c’est fini. Autour de toi il n’y a que des six packs et dorsaux dessinés, et toute excuse est bonne pour soulever ou faire du cardio. Il y a quatre mois j’ai eu une histoirette (deux semaines) avec un mec musclé et depuis je me dis qu’il ne faut jamais dire « Fontaine…. ».

Il y a quelque chose de complètement sexy chez le mec qui fait du sport, au-delà de son corps digne d’un acteur américain qui joue un super-héros, il y a cette mentalité, le mec veut se dépasser pour gagner sur lui-même, souvent il prend lui aussi une revanche, c’est le mec complexé parce que trop maigre qui prend du muscle et la confiance avec, c’est celui qui se faisait traiter de « bouboule » quand il était petit et qui a décidé que plus jamais personne ne montrerait son corps du doigt sauf si c’est pour l’admirer. Et j »aime aussi le fait que ces mecs soient sains : souvent ils ne fument pas et ne boivent pas, et s’ils boivent c’est avec modération. Or je ne suis pas vraiment une personne modérée alors côtoyer des sportifs ne peut qu’être bénéfique. Et puis je ne sais pas (je m’adresse à mon lectorat féminin) si un homme vous a déjà portée avec un seul bras mais c’est rigolo comme expérience ! Et puis bon bah l’endurance quoi… Oh et j’ai discuté avec un mec qui voulait entrer au GIGN, genre le mec veut devenir un super-héros, littéralement, si c’est pas sexy ça !

Mais ce n’est évidemment pas là que je veux en venir… Je parle avec un mec depuis des semaines tout en sachant qu’on ne se rencontrera jamais. Nous ne sommes pas de la même région et s’il me plaît un peu physiquement, sa personnalité est trop fade à mon goût. Je ne sais pas comment dire, je trouve le mec un peu mouduc sur les bords (mou du cul oui oui tu as bien compris), c’est le genre de mec qui met « rêveur », « romantique » et «artiste» dans sa description, le genre que je vais trop réveiller et qui ne va sans doute jamais s’en remettre. J’aime bien discuter avec lui quand même parce qu’on parle beaucoup de bouffe et on s’échange des recettes, or manger est l’une de mes passions avouées. Et il me parle de ses rencards, nourrissant au passage la concierge en moi, j’adore les histoires des autres, ça me permet de vivre un peu par procuration parce que c’est le désert en ce moment (mais j’ai pas soif donc c’est parfait).

Quand il me dit qu’il est prof de maths, je comprends pourquoi ça ne colle pas entre nous. Le prof de maths c’est ce mec un peu moche et mal habillé qui essaie de te passionner pour une matière que tout le monde déteste, un pauvre prof dégoûté parce que jamais un élève ne court au tableau pour résoudre une équation, si en cours d’anglais ou d’histoire on trouve toujours des élèves passionnés pour lire des exposés devant une classe conquise, le cours de maths c’est le cours où tu écris des mots aux camarades, où tu fais des classements de qui est le mec le plus hot de la classe, le cours de maths c’est le cours que personne n’intéresse. Si on devait faire un classement du prof le moins sexy, à coup sûr c’est le prof de maths qui gagne.

Quand il a dit qu’il était prof de maths, j’ai imaginé son home sweet home et j’ai pris peur, j’ai vu des livres de mathématiciens obscurs pleins de poussière, une librairie entière de mecs morts depuis deux ou trois siècles et au milieu un ou deux livres de Marc Lévy ou Bernard Werber. J’ai eu envie de vomir. Pour être sûre de ne plus jamais l’attirer je lui ai dit que je n’étais absolument plus capable de faire une division sans calculatrice et que j’avais eu 6 au bac en maths alors que j’étais en littéraire, ce qui montre à quel point je n’ai aucun intérêt pour cette matière, ce qui montre à quel point je n’ai aucune logique. J’ai conclu par « Je ne sais peut-être pas faire une division sans calculatrice mais je sais analyser un poème de Leconte de Lisle  ou expliquer la philosophie de Kierkegaard, chacun son truc ». Il ne connaissait aucun des deux. Je n’ai pas été surprise qu’il ne connaisse pas Leconte de Lisle mais quand même qu’il n’ait absolument jamais entendu parler de Kierkegaard à 35 ans, ça m’ennuyait. C’est quand même le fondateur de l’existentialisme ! Là le mec me dit que oui mais moi je ne connais pas tel mathématicien obscur, ce à quoi je réplique que oui mais moi mon métier ce n’est pas prof de philo et pourtant la philo m’intéresse et le mec me rétorque que la philo ça ne l’intéresse pas, c’est comme la mécanique ou les photos de vacances des gens. Il compare la philosophie aux photos de vacances des gens !!! (oui ça m’a agacée). Et il y a un autre truc qui me chiffonne aussi, il écrit « stu » au lieu de «  si tu » et « pis » au lieu de « et puis » etc la liste est longue.

Conclusion : mon idéal serait donc un physique de super-héros avec de beaux abdos bien dessinés et un gros cerveau littéraire à tendance philosophe, un mélange entre Chris Pratt et Michel Onfray. Si tu existes, tu trouveras mon mail dans l’onglet « Connasse, qui es-tu ? », merci à toi (sachant que je ne veux pas être avec quelqu’un mais un homme avec autant de qualités saurait me convaincre de ne plus dormir toute seule en travers du lit)(si tu es allergique aux poils de chat, n’envoie pas de mail).

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« Challenge un peu con mais pas trop » #5 Le ou les livres qui ont changé votre vie (et/ou musiques et/ou films)

L’auteur et non le livre qui a changé ma vie, celui qui m’a donné envie d’écrire, c’est l’écrivain Paul Auster. Je suis tombée dans son œuvre à l’adolescence et il ne m’a jamais quittée depuis. J’ai lu et relu sa trilogie New Yorkaise (qui m’a donné envie d’aller à New York par ailleurs), je ne sais même pas comment en parler parce que ça évoque tant de choses, Cité de verre, Revenants et La Chambre dérobée se complètent et racontent l’histoire d’un écrivain, d’un détective privé, d’identité, de liberté, avec la grosse pomme en toile de fond, c’est une trilogie passionnante, et bien sûr j’aime la plume de l’auteur. Il y a aussi Léviathan dans lequel Paul Auster s’inspire de l’artiste Sophie Calle que j’aime aussi, puis Moon Palace, ce chef d’œuvre qui parle de solitude. Tous les héros de Paul Auster sont un peu seuls au monde, il y a toujours une douce mélancolie à la lecture d’un roman d’Auster, une mélancolie et une recherche de quelque chose, de quelqu’un, de soi (surtout), c’est ce qui me plaît.

Au moment où j’achète Théorie du corps amoureux de Michel Onfray en livre de poche, je ne crois plus du tout à la notion de couple. Je viens de me séparer de celui que j’appelle « mon premier amour » (un vrai con si vous voulez mon avis). Je tombe sur cette théorie qui pour résumer vulgairement s’érige contre le modèle judéo-chrétien, ici on est contre la monogamie, la procréation, la fidélité et la cohabitation. Grâce à la lecture de cet essai, je « m’amuse » pendant des années et je refuse de m’installer avec quiconque, enfin, j’annonce à mon entourage que je n’aurais pas d’enfant. Merci Michel. Ce livre m’a littéralement sauvée d’une espèce de déprime corrosive suite à cette rupture. Merci (encore) Michel. C’est un livre passionnant ! J’ai souligné des tonnes de phrases dont celles-ci :

Ruiné, dans tous les sens du terme, épuisé, fatigué, brisé, fourbu, vidé, devenu l’ombre de lui-même, cadavérique, ayant frôlé la désintégration, le sujet revenu de l’amour semble un damné échappé du cercle le plus profond des Enfers.

La sexualité, dissociée des obligations familialistes, éternitaires et holistes, devient une occasion éthique de jeux divers et multiples, de combinaisons ludiques et joyeuses, d’intersubjectivités allègres et jubilatoires.

Enfin, la volonté d’éternité, ancrée dans le ventre des amateurs de famille, trahit profondément une angoisse existentielle radicale, une incapacité à admettre sa propre finitude doublée d’un désir de la conjurer dans le fantasme des générations, de la descendance, de la transmission, de l’immortalité obtenue et vécue par procuration. Laisser une trace : pitoyable raison, ridicule justification, piètre argument.

L’album qui a changé ma vie c’est Pretty Hate Machine de Nine Inch Nails. Album que Trent Reznor a écrit après une rupture. Justement je me fais larguer par un certain Thomas, non : rectification, le frère de Thomas rompt avec moi pour son frère…au téléphone, sous superskunk, hilare, il me dit « Non mais tu vois c’est l’été et Tom a envie d’explorer de nouvelles expériences, c’est l’été quoi ! On ne peut pas être en couple l’été ». Je lui ai dit d’aller se faire foutre, lui et son fils de pute de frère, et j’ai raccroché. J’ai pleuré pendant des semaines en écoutant Pretty Hate Machine. Et un jour, fatiguée par tant de larmes, j’ai décidé que plus jamais je ne me mettrais dans des états aussi merdiques pour un mec, quel qu’il soit (qui bandait mou de surcroit ! A 17 ans le mec bandait mou, au secours !).

Le film qui a changé ma vie c’est The Doom Generation de Gregg Araki. Sur le site de rencontres, j’avais écrit que c’était mon préféré. Je consulte les profils des hommes près de chez moi et je vois quelqu’un dont c’est également le film préféré. Résultat ça fait six ans qu’on est ensemble. Merci Araki ! (oui je sais, c’était l’instant mièvre, pardonnez-moi, je suis une connasse (hyper)sensible…).