Tout était parfait

Le premier échange écrit, la première blague, le premier regard, le premier baiser, la première baise, tout était parfait. Quand j’ai vu ses mains, ses belles mains robustes, pas des mains de pianiste, non, des mains qui t’empoignent et te laissent prisonnière. Des mains qui t’attrapent et ne te lâchent plus. La force et la douceur à la fois. Mon anglais. Un vrai gentleman. A l’ancienne. Qui ouvre les portes, paie au restaurant, prends ton manteau et le range à sa place, il ne te laisse pas te déshabiller non plus, il s’occupe de toi. Sa belle voix, son français absolument impeccable, c’est comme s’il avait décidé de parler et d’écrire mieux que le français moyen. La France c’est le pays qu’il a choisi, il faut être à la hauteur. Et il l’est.

Comment peux-tu être si sûr de toi, si mature ? Quand tu me prends dans tes bras, je me sens en sécurité. Je déteste l’admettre mais je suis bien dans tes bras. Je suis perturbée parce que je n’ai pas prévu qu’un bulldozer anglais arrive dans ma vie, tu comprends ? Alors j’essaie. J’essaie tant bien que mal, j’arrive à faire illusion. Tes compliments, j’essaie de les entendre. Parce que je suis très forte pour ne pas les entendre, il y a comme un biiiiiiiiiiiip dans mes oreilles quand un homme me fait un compliment. Je suis agressée par les compliments, je ne sais jamais quoi répondre, je suis gênée, j’ai envie de fuir. Parfois je dis « merci », quand même. L’éducation me rattrape, c’est important de dire merci.

Tu es fâché parce que je ne veux pas aller chez toi. Tu veux plus. Tu es fâché parce que je décide qu’une relation libre c’est la règle. Et puis un soir tu me dis que ça y est, tu l’as fait. Et je ne comprends pas de quoi tu parles. Tu l’as fait ! Tu es fier de toi, ça y est, tu as couché avec une autre que moi, est-ce-que je suis contente ? Mon ego n’est pas super mega content non. Mais je sais le faire taire, alors ça va. Je suis contente si tu es content alors je demande si c’était bien et tu réponds « J’ai pensé à toi ». De mon côté, j’essaie d’appliquer ma règle de la non-monogamie mais je n’ai envie de coucher avec personne d’autre que toi, tu m’as ensorcelée. Tu me dis que je te plais mais que tu préfères les filles pulpeuses, je sens que tu dis ça pour me blesser et je me demande pourquoi tu veux me blesser. Tu me dis « Tu es à moi » et j’ai peur. Je ne suis à personne.

Et puis ma chatte (l’animal) ne t’aime pas. La bête a fait caca au milieu du lit pour protester contre ton arrivée dans ma vie. Deux sublimes étrons fumants en plein milieu d’une nouvelle parure de lit blanche. J’avais lu quelque part que Karl Lagerfeld ne jurait que par les parures de lit immaculées. Et comme souvent j’avais pensé « Karl a tellement raison, désormais ce sera blanc et rien d’autre! » (ce que j’avais oublié c’est que le Karl lui a quelqu’un qui gère sa blanchisserie alors que moi ma machine ne lave que jusqu’à 95° et que ce n’est visiblement pas assez face à autant de détermination fécale). Quand je finis par dormir chez toi, lorsque je rentre, cette fois-ci c’est du pipi que le chat a laissé. Le chat ne fait jamais ça. Ja-mais.

Je n’ai pas le temps. Il faut se voir, ranger mon appartement pour t’accueillir, je n’ai pas envie, prendre le bus pour aller chez toi, je n’ai pas envie, abandonner mes chats pour la nuit, je n’ai pas envie, te préparer un repas, acheter des préservatifs, prévoir plus de bières, je n’ai pas envie, me battre avec les filles qui gravitent autour de toi, je n’ai pas envie. Entendre tes compliments, savoir comment y répondre, je n’ai pas envie. M’épiler toutes les semaines, avoir le cheveux soyeux, te raconter des histoires qui te font rire, écouter le récit de ton enfance triste, je n’ai pas envie. Pardon, pardon, pardon, mais je n’ai pas envie. Alors je te dis que c’est plus simple pour moi d’être seule. Et tu crois faire le malin en disant que je fuis parce que je sens que je peux m’attacher. Tu ne comprends rien, je n’ai pas peur de m’attacher, je suis déjà attachée. Mais tu n’es pas bon pour moi, je le sens, je le sais et mon chat le sait et le sent aussi.

Dans nos premiers échanges tu m’avais écrit « J’obtiens toujours ce que je veux » et je n’avais pas aimé lire ça. Mais tu avais su tempérer, me dire que tu t’étais mal exprimé, que tu n’es pas capricieux, ce n’est pas ça. Quand tu as vu que je ne changerais pas d’avis, que je voulais bien que tu sortes de ma vie, tu m’as écrit «You’re full of shit » et tu m’as bloquée, pour avoir le dernier mot. Tu m’as montré ce que je craignais, que tu étais violent, que tu ne supportais pas que ce soit une femme qui décide si la relation continue ou non. Tu m’as donné raison. Tu nous as donné raison au chat et à moi.

Mon conseiller en amour ? Mon chat. Moins cher qu’un psy, plus efficace qu’un ami.

AND BY THE WAY YOU’RE THE ONE WHO’S FUCKING FULL OF SHIT, DUDE.

 

 

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