Le charme discret du dimanche matin

Les oiseaux chantent et les chats les cherchent désespérément, prêts à leur bondir dessus, ils ont beau être domestiqués depuis le Néolithique, ils n’en restent pas moins des chasseurs. Je fume une cigarette, allongée dans mon canapé, je sens la chaleur du soleil sur mes jambes et je souris. J’ai passé des décennies à dormir jusqu’à midi le dimanche, considérant le matin comme mon pire ennemi. En vieillissant, le dimanche matin est devenu mon moment préféré de la semaine, celui où je fais un mini bilan. Et il n’est pas si dégueulasse, ce mini bilan.

Déjà, je suis capable de fumer une cigarette pour le simple plaisir d’en griller une sans être fumeuse. Pendant des années j’ai envié ces filles capables de fumer trois clopes en soirée et rien le reste du temps. Je suis devenue l’une de ses filles. Ce matin il ne fait pas trop chaud, un homme chante « Toulouse » de Nougaro en passant dans ma rue piétonne, comme un clin d’œil qui n’est destiné qu’à moi, comme si ma famille était là à me susurrer à l’oreille « On est là ». Autant je déteste cette chanson, autant il faut avouer qu’il la chante bien, avec du cœur, je ne vois pas l’homme en question mais dans sa voix j’entends que là tout de suite, il est profondément heureux. On ne peut pas le savoir mais si ça se trouve lui aussi était déprimé pas plus tard qu’hier soir. C’est la magie de cette existence qui nous est imposée, un jour tout est noir, le lendemain on se sent prêts à glisser sur un arc-en-ciel.

L’ennui est un luxe dont il ne faut pas abuser. J’ai pris du temps pour essayer des choses ces dernières semaines, j’ai pris du temps pour vivre plutôt que d’écrire, je crois que je me suis perdue en chemin. Quand j’écris, je ne m’ennuie pas. Avec les êtres humains, je n’arrive pas super bien à communiquer. Je dis l’inverse de ce que je pense, je fais l’inverse de ce que je veux, je suis clairement « a piece of work ». Hier j’ai appris qu’un psychologue dénommé Albert Mehrabian a établi que la communication passe par le langage du corps a 55%, la tonalité de la voix a 38% et les mots seulement 7%. C’est sans doute pour ça qu’on est si enclins à s’embrouiller par conversation SMS, notamment. Sans visuel, impossible de comprendre la puissance des mots écrits, sans la voix, impossible de comprendre l’ironie, le sarcasme. Même les emojis sont trompeurs ! J’aime beaucoup regarder la télé sans le son pour imaginer ce que disent les petits personnages que je vois s’agiter, souvent je tombe juste. L’expression de la colère est universelle, par exemple. Peu importe d’où l’on vient. Et si les mots ne servaient à rien ? Et si on arrêtait de communiquer via réseaux sociaux interposés pour seulement se concentrer sur les moments où on est ensemble dans la même pièce, yeux dans les yeux ? On devrait arrêter de parler pour mieux se comprendre. Ou parler par onomatopées. Ce serait beaucoup plus drôle en plus ! Ou faire comme les bonobos qui communiquent en passant leurs journées à forniquer. Ils ont tout compris, ces bonobos ! (on partage quand même 99,6% de notre patrimoine génétique avec eux alors au risque de me répéter : la monogamie est tout simplement absurde).

Ce matin, la vie est belle. Je ne suis pas sortie de ma déprime par magie. J’ai fait des tas de trucs pour me sentir vivante. Je ne vais pas vous faire la liste. Mais le secret c’est l’action. Il n’y en a aucun autre. Et se souvenir de cette sublime phrase de Nelson Mandela « Je ne perds jamais : soit je gagne, soit j’apprends ». J’apprends encore et encore jusqu’au jour où cette phrase sera mon épitaphe. Oh et je veux bien gagner de temps en temps, pour voir…

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