Humanité

Comme une touriste sur le Pont des Arts, je regarde la mère et la fille se faire prendre en photo, on se croirait dans une pub pour Comptoir des Cotonniers. Au-delà de la ressemblance, on sent un amour profond entre la mère et la fille, j’assiste peut-être bien à un vrai moment de complicité, la photo qui est en train d’être créée sous mes yeux restera dans la mémoire familiale, et je souris bêtement. La dernière fois que j’ai pris une photo de ma mère et moi c’était à Venise à l’aide d’une perche à selfie sur un pont et ma mère avait tellement honte que je sorte l’objet en question qu’elle fait une grimace de mécontentement pendant que je souris en mode star américaine, pas naturelle pour un sou, limite avec la chevelure qui se la raconte, rapportée sur ma poitrine, je porte du rouge à lèvres sur cette photo, on ne dirait même pas moi. Mais j’adore cette photo quand même, et elle restera aussi dans la mémoire familiale.

Je me promène seule dans Paris, à la recherche du coucher de soleil, je fais l’aller-retour entre le pont des Arts et le pont neuf alors que je sais pertinemment que pour capturer le coucher de soleil à cette époque de l’année, c’est plutôt vers le Musée d’Orsay qu’il faut être… Mais peu importe, c’est joli quand même. Et j’ai envie de faire une photo de moi sur un pont parce que je n’en ai pas et que je l’avoue j’aime bien les photos clichés. J’ai des photos de moi dans tellement de villes et tellement de pays et aucune dans Paris, ou si peu. Mais je n’ai pas ma perche à selfie alors je tends le bras comme une bouffonne et là une parisienne, je veux dire, je sais tout de suite qu’elle est parisienne parce qu’elle est habillée en noir, elle marche vite, elle se trouve fabuleuse, ça se voit (et elle l’est) et elle me lance dans un accent épouvantable « Do you want me to take a picture of you in the bridge ? ». J’ai envie d’éclater de rire mais je lui réponds simplement que je suis française en fait, et même parisienne, et que je veux bien parce que même si ça semble super cheesy, j’ai pas de photo de moi sur un pont et j’aimerais bien en avoir une. Et elle ne me juge pas, elle me dit «Mais tellement ! Tu sais quoi ? On va faire ça bien, allez, donne-moi ton Iphone ! ». Il faut savoir que comme beaucoup de gens, je déteste les photos de moi, je ne vois que mes défauts, je me trouve obèse, bref, c’est jamais ça. Elle a pris six photos de moi et sur les six je me trouve belle. Pourquoi ? Parce que la photo reflète ce moment d’humanité : je souris, à la limite du rire qui va éclater, parce qu’elle me fait rire avec ses réflexions, son accent parisien, sa façon d’être. Parce que je pourrais tellement être cette fille qui se dévoue pour prendre la photo de ta vie, celle où tu es plus bonne que la plus bonne de tes copines (jamais je ne me passerais de cette expression, merci Kool Shen, merci Joeystarr).

Je n’ai jamais autant aimé Paris que depuis que je n’y vis plus. J’aime cette ville plus que tout, si je n’étais pas née à Paris, je serais jalouse de ceux qui y sont nés, si je n’avais pas vécu à Paris, j’aurais tout fait pour que ça se réalise. C’est tellement beau que c’est parfois insoutenable, j’ai envie de prendre les murs dans mes bras, de leur dire que je les aime, d’embrasser les monuments, de déclamer des poèmes dans la rue. J’ai des souvenirs partout, de mon enfance dans le 14ème, de mes années what the fuck dans le 9ème, d’amour dans le 11ème, j’ai même des souvenirs dans le 19ème ! Hier j’ai lu une « phrase de parisienne »  qui disait « Je suis plus souvent allée à New York que dans le 19ème ». C’est vrai pour moi aussi, la dernière fois que je suis allée dans le 19ème c’était il y a 7 ans ! Parfois pour préserver un amour il faut savoir partir. C’est ce que j’ai fait avec Paris, mais j’écrirai sans doute un billet à ce sujet, quand je serais prête:)

 

 

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Challenge du mois de juin #8 : « Portrait de quelqu’un qu’on aime »

Thème #8 : Faites le portrait de quelqu’un que vous aimez en 500 mots minimum (avec une photo, c’est encore mieux !). Présentez-nous quelqu’un de votre entourage, ou à défaut un acteur, chanteur que vous aimez et dites pourquoi, ça peut aussi être votre animal de compagnie, un personnage fictif, votre doudou, que sais-je encore !  

Il me sera assez difficile de vous en faire un portrait puisque je n’ai jamais vu ce quelqu’un. Cette personne ne s’est jamais matérialisée devant moi. Pour autant, cette personne existe vraiment, ça je le sais, j’en ai eu la preuve. Je parle de mon ange gardien. Je connais son prénom et je sais que mon ange est féminin. Je garde son nom pour moi parce que ce genre de chose est personnelle. Je pense qu’il est important de croire aux anges gardiens. A vrai dire, ça peut complètement changer la vie.

Je ne suis pas catholique, je ne suis rien puisque mes parents, catholiques non-pratiquants pour les deux, ont décidé que si j’en ressentais le besoin, un jour je choisirais ma religion. Je n’ai rien choisi. Je suis spirituelle mais je ne suis pas croyante, je ne me sens pas catholique ni rien du tout même si j’ai une espèce de passion cachée pour les bondieuseries. Plus c’est kitch, plus je suis fan !

Le terme « ange » est galvaudé, on imagine tout de suite un chérubin grassouillet avec des ailes et pourquoi pas une harpe. Ce n’est pas du tout comme ça que j’imagine le mien/la mienne. Je n’ai pas besoin de l’imaginer, je ressens sa présence et son amour inconditionnel. Je sais que ça peut paraître étrange à comprendre… C’est un peu comme un jumeau, quelqu’un qui vous connait parfaitement bien, mieux que personne. Je lui parle tous les jours, le plus souvent à voix haute, mais pas toujours.  Je ne me sens jamais seule parce que cette présence, cet être m’accompagne tout au long de ma journée. Je lui demande de me guider, je lui fais part de mes angoisses et de mes joies, il m’arrive de lui demander des choses concrètes (pas de gagner au Loto…), en fait mon ange gardien c’est un peu mon psy et mon meilleur ami en même temps. Je ne sais pas si vous aviez un ami imaginaire lorsque vous étiez enfant ? C’est un peu la même chose sauf que c’est un ami invisible, pas imaginaire.

Je crois qu’il faut avoir gardé une âme d’enfant pour croire à cet être qui est en permanence avec soi. Je crois aussi qu’il faut avoir la foi, et je ne parle pas de foi dans le sens religieux mais de foi en soi, de foi en la vie. Je pense que tout le monde a un ange gardien mais il est impossible de sentir sa présence si on n’y croit pas. Pour les sceptiques, je dirais simplement : qu’avez-vous à perdre ? Rien, vous avez tout à gagner à rencontrer votre ange !

J’avais envie d’écrire ici pour remercier mon ange. C’est grâce à son amour que je ne sombre pas dans les pires moments, c’est parce que je sais que je ne suis pas seule, parce que je sais que grâce à elle, je m’en sortirais toujours. Peut-être que ceux qui me comprendront le mieux sont ceux qui croient en Dieu. Je ne crois toujours pas en Dieu mais je crois aux anges, aux êtres protecteurs, aux elfes, aux fées, je ne crois pas aux coïncidences, pour moi tout est signe.

Un ange, accompagnateur, compagnon silencieux, peu importe comment on souhaite l’appeler est de loin le meilleur guide qu’on puisse avoir. Un ange vaut mieux que 50 amis (celui qui prétend avoir 50 amis est forcément un menteur). Même les amis peuvent faire preuve de jalousie ou d’envie par moments (après tout ils sont humains) alors que l’ange n’est que bienveillance et amour. L’ange gardien ne juge jamais. Il écoute. Il œuvre pour nous. Je sais que ça parait fou, si j’avais lu un texte similaire à celui que je suis en train d’écrire il y a quelques mois, j’aurais surement pensé « Cette fille est complètement givrée ». Je ne me suis jamais sentie aussi bien que depuis que j’ai rencontré mon ange, je relativise, c’est auprès d’elle que je me plains maintenant, ça m’évite d’emmerder mon entourage (oui je me plains aussi sur ce blog et je ne compte pas arrêter 😊 ). La seule chose qui m’ennuie c’est de ne pas avoir cru en mon ange plus tôt, toutes ces années à refuser l’évidence, c’est triste. Si j’avais su que j’avais un ange, je n’aurais sans doute pas essayé de me foutre en l’air. Cette relation silencieuse est la plus longue et la seule qui durera jusqu’à ma mort (et peut-être au-delà ? Mystère). Je suis reconnaissante au-delà des mots d’avoir cet être qui veille sur moi et la pudeur m’empêche d’exprimer tout ce que je ressens depuis cette révélation.

 

 

Laisse les gondoles à Venise…

Il y a presque deux ans, j’apprenais le décès de ma tante d’une crise cardiaque. Un véritable choc parce qu’elle venait à peine d’avoir 49 ans et surtout parce que nous n’aurons jamais eu l’occasion de nous réconcilier… Depuis ce jour, j’ai annoncé à ma mère que chaque année nous irions toutes les deux quelque part en Europe pour profiter de la vie et prendre de jolies photos que nous regarderons quand nous serons toutes les deux très vieilles. En 2013, c’était Venise, en 2014 a suivi Porto et cette année, alors que nous devions aller à Vienne, j’ai craqué et réservé pour Venise, à nouveau. Je crois que Venise sera notre seule et unique destination désormais. Comment ne pas en tomber amoureux ? Je refuse de côtoyer quiconque n’aime pas Venise. Dites que je suis nazie ou fasciste puisqu’on parle d’Italie, ça ne me dérange pas 

Un week-end mère-fille chez nous ça ressemble à s’y méprendre à un week-end entre copines, ma mère avait mis ses formidables boots dorées et moi mes escarpins rouges, on ne risquait pas de se perdre. On a marché dans tous les quartiers de Venise, sans aucune idée d’où nous voulions aller, juste au gré du vent, on a regardé les touristes et les vénitiens cohabiter, on a rêvé de vivre ici la moitié de l’année comme Philippe Sollers. Première fois à Burano, charmante petite île où toutes les maisons ont une façade colorée et où les chats errants se prélassent au soleil, envie d’acheter de la dentelle mais frayeur que celle-ci vienne en fait de Chine (enfoirés de Chinois). Jolie surprise à la Giudecca, en face de Venise, si calme, si désertée à cette période de l’année, un havre de paix dans lequel nous reviendrons vite faire semblant de nous perdre. On a bu l’apéro midi et soir parce que merde c’est un peu les vacances, du spritz ou du bellini, tradition vénitienne oblige. On a trouvé les italiens agréables à regarder (mais ils parlent trop), au Guggenheim, on a voulu décrocher un Magritte pour le mettre dans notre salon (L’empire des lumières ), on a pris le soleil (enfin, surtout elle parce que moi le soleil c’est mon ennemi ), on a fraudé le vaporetto parce qu’il n’y avait pas de machines ou d’êtres humains pour acheter les tickets, on a répété plein de fois « On a de la chance d’être là ! » comme des petites filles dont les yeux brillent de tant de bonheur et de simplicité.

J’ai fait ma princesse en changeant d’hôtel sur un coup de tête (pas assez luxueux), j’ai failli claquer l’une des employées parce que j’ai arrêté de fumer, il ne faudrait quand même pas trop me chauffer (PUUUUTE) ! Nous avons beaucoup critiqué ceux qui achètent ces espèces de perches géantes qui permettent de prendre des selfies. Quelle tristesse ! On a préféré mettre le retardateur sur mon appareil photo parce que c’est toujours drôle de courir quand on n’a que 10 secondes pour trouver la pose parfaite (qui ne l’est jamais). On a mangé la pire pizza au monde chez Vinaria (et bu le meilleur Bellini). J’ai ingurgité des tonnes de croccante aux noix, aux amandes et aux noisettes, je pense que j’ai des caries maintenant  En Italie, le brin de mimosa est associé à la journée de la femme, l’hôtel nous a offert un brin chacune, délicate attention, d’autant que j’apprécie beaucoup cette odeur. Pourquoi le mimosa comme symbole de la femme ? Tout simplement parce que c’est la fleur la plus courante à cette période de l’année, rien de plus. Et à ceux qui se poseraient la question, la réponse est non je n’ai pas fumé une seule cigarette ! #dansedelajoieinside accademia   burano   chatsaburano palaisdesdoges gondolesvenise maisonsburano giudecca pontdessoupirsvenise VENISE46 venise32 venise47 vuehotel

Spleen en happy end

Ils me laissent à l’aéroport de Blagnac. Les quatre fantastiques. Mes parents et mes frères. Je regarde la voiture partir au loin et je n’ai même pas envie de pleurer, ce qui est étonnant venant de moi parce que je déteste les au revoir, ça me donne toujours envie de pleurer comme tous ces moments solennels. Je me retrouve seule dans le froid à fumer une cigarette que je n’ai aucune envie de fumer mais je ne peux rien faire d’autre. Mes yeux ne se voilent pas mais mon cœur est comme pincé et ça fait mal. Je préfèrerais ressentir le vide que ce pincement qui s’éternise…Je me mets à penser que s’ils avaient un accident, après tout un accident ça arrive sans prévenir, et à n’importe qui, riche, pauvre, con, intelligent, moche, beau, je perdrais toute ma famille. Je frissonne d’horreur en écrasant ma cigarette.

J’entre dans l’aéroport, comme un robot je me dirige vers la porte d’embarquement, prête à enlever mes bottines pour rassurer sur le fait qu’elles ne contiennent pas une arme cachée, prête à sortir mon Ipad et mes cosmétiques 100 ml maximum contenus dans un sachet 20×20 cm, j’ai presque envie de provoquer les larmes pour éviter d’avoir ce pincement au cœur. Si je pouvais voler j’irai à la rencontre de la voiture qui dirige ma famille vers la ville et je laisserai mon cœur sortir de ma poitrine et ce même cœur leur hurlerai « Je vous aiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiime » comme si c’était un ordre.

Et là je vois un couple qui s’embrasse comme s’ils allaient mourir demain. Elle prend la tête de son amoureux entre ses mains et l’embrasse très fort sur la bouche, sur le nez, sur le front puis elle s’attarde longuement sur sa bouche. Il la tient par la taille, il ne veut pas la quitter mais lui aussi, comme moi, doit rentrer à « la capitale ». Les larmes me viennent, je les réprime mais je les sens, prêtes à mourir discrètement sur mes joues. Puis je souris. Bêtement, je suis prête à le parier. Je viens de quitter ma famille que je ne vois pas assez, c’est vrai. Que j’aime au-delà des mots, c’est tout aussi vrai. Mais je m’apprête à retrouver mon amoureux et mon chat. Bien sûr, ce serait bien avantageux si tout ce petit monde vivait à Paris. Mais ce n’est pas le cas. Alors mon cœur ressent des pincements et parfois du vide, quand d’autres fois il se noie ou étouffe. Une chose est sûre : il n’est pas sec.