Pire que pire ça s’appelle comment ?

Le célibat te plonge dans des abîmes d’incompréhension. Plus tu traînes sur les sites de rencontres, plus tu perds foi en l’humanité. Maintenant je sais pourquoi être célib n’est pas aussi fun que je le pensais, en revanche je ne comprends toujours pas cette quête frénétique pour mettre fin au méchant célibat, ce besoin absolu de vivre « à deux », « en couple », ce besoin de procréer pour « laisser une trace » et toutes ces conneries. Et heureusement ! Mais ça ne m’empêche pas de faire des erreurs…

Il y a tant de profils médiocres sur les sites de rencontre que tu finis par te dire « Allez, je vais lui laisser sa chance à celui-là, après tout je suis peut-être trop exigeante (on ne cesse de me le répéter) ». Et si tu laisses sa chance à ce type que jamais tu n’aurais regardé dans la vraie vie, ce n’est pas parce que tu veux un homme dans ta vie, c’est parce que tu t’ennuies et que tu n’as rien d’autre à foutre, que le sexe c’est cool comme palliatif à l’ennui (spoiler alert : il y a des femmes qui aiment le sexe et à qui le sexe manque quand elles deviennent célib), que tu as déjà regardé toutes les nouvelles séries Netflix, relu tous tes livres préférés et cuisiné douze mille gâteaux que tu as baffrés seule dans ton lit (meilleur truc au monde soit dit en passant). Tu es un peu comme Blanche Gardin qui explique qu’avant, jamais elle n’aurait regardé un chauve mais maintenant qu’elle est célib depuis pas mal de temps bon…

Petit aparté ici parce que les cheveux c’est LE critère le plus important pour moi. Jamais je ne pourrais m’abaisser à sortir dans la rue avec un mec qui n’a plus de cheveux, ça ferait mauvais genre, on n’irait pas ensemble, moi et mes longs cheveux bruns qui brillent (oui ils brillent et c’est du taf et j’en suis fière) et lui et sa calvitie naissante, son alopécie héréditaire, pouah ! En général, en bonne connasse, je précise dans ma description que si tu as plus de 35 ans et que tu es chauve, même pas en rêve tu ne pourras me pécho. Évidemment j’ai droit à tous les mecs de 43 ans qui m’assurent qu’ils ne font pas leur âge, au début tu perds ton temps à regarder leurs photos et au mieux le mec fait 38 ans mais jamais 25, or moi je préfère les mecs jeunes. C’est rigolo parce qu’on parlait avec une amie de nos préférences en terme d’hommes (elle les aime vieux, c’est-à-dire plus de 50 ans), et en gros je lui avouais que le physique était mon critère numéro un, après bien sûr que le mec se doit d’être intéressant et intelligent mais s’il a du bide et qu’il est chauve c’est mort. Et elle me disait que ce qui l’attire chez les hommes plus âgés, c’est leur maturité affective. Et ce côté « apprendre des choses sur soi grâce à l’autre qui a du vécu ». C’est tout ce que je fuis. J’aime les grands gamins qui comme moi ne savent pas ce qu’ils veulent, ont peur de « se poser » et fuient les responsabilités, voilà pourquoi je me reconnais si bien en un homme de 25 ans et absolument pas chez le divorcé deux enfants qui vit en banlieue.

Mais comme souvent, je m’égare… J’ai décidé de quitter tous les sites de rencontre il y a peu. Et de ne plus jamais me réinscrire. La première raison c’est cette rencontre avec ce type dont j’ai déjà oublié le prénom (merci mon cerveau magique qui met dans une poubelle tout ce qu’il n’est pas opportun de garder). Non seulement il ne ressemblait pas à sa photo mais il avait une voix aiguë absolument atroce, et je pèse mes mots, il avait pris du poids mais genre vraiment beaucoup de poids par rapport à sa photo, il était complètement paniqué par ma présence, sans doute a-t-il l’habitude de rencontrer des filles de sa catégorie c’est-à-dire moches, banales, insipides. Je ne dis pas que je suis canon mais par rapport à ce gars-là je suis Miss Monde. On discute et le mec me lance fièrement qu’il a créé un algorithme. Là j’ai fait une tête d’Actor’s studio pour exprimer l’étonnement, la bouche grande ouverte et un « Wow ! » est sorti de cette même bouche pendant qu’intérieurement j’avais envie de mourir. Puis le mec s’est jeté sur moi, je n’ai rien compris, mais en un sens il se passait quelque chose et je l’ai laissé faire en me disant « Peut-être est-il intimidé mais pas si nul dans un lit ». Grossière erreur de ma part. Le type s’est lancé dans le pire cunni de l’histoire du cunni. On aurait dit qu’il cherchait à creuser un tunnel dans ma chatte, je ne sais pas comment le dire autrement et croyez-moi j’en suis désolée. Toutes les deux secondes il relevait la tête en disant « C’est bien pour toi ? » et j’ai fini par dire « Non », j’ai essayé de lui expliquer qu’en fait il y a des lèvres et même (wait for it) un clitoris, gros ! Un putain de clitoris ! Mais il n’écoutait pas alors j’ai fui sans oublier mon sac à main et je me suis juré que plus jamais je n’accepterais un rencard parce que je m’ennuie. Plus jamais. (Le mec m’a harcelé de messages ensuite, j’ai dû le bloquer de partout, quand je repense à ce moment je ferme les yeux et je fais une grimace de dégoût).

La deuxième raison c’est ce fabuleux échange avec un autre type dont j’ai oublié le prénom.

Voilà. Je rends mon putain de tablier. J’ai deux options : soit me mettre aux femmes, pourquoi pas après tout, qui ne tente rien n’a rien. Soit me remettre au sport à outrance. Histoire d’être épuisée physiquement tout en devenant mega bonnasse. J’ai choisi cette option, je vous laisse, j’ai 150 side crunches à faire.

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Le charme discret du dimanche matin

Les oiseaux chantent et les chats les cherchent désespérément, prêts à leur bondir dessus, ils ont beau être domestiqués depuis le Néolithique, ils n’en restent pas moins des chasseurs. Je fume une cigarette, allongée dans mon canapé, je sens la chaleur du soleil sur mes jambes et je souris. J’ai passé des décennies à dormir jusqu’à midi le dimanche, considérant le matin comme mon pire ennemi. En vieillissant, le dimanche matin est devenu mon moment préféré de la semaine, celui où je fais un mini bilan. Et il n’est pas si dégueulasse, ce mini bilan.

Déjà, je suis capable de fumer une cigarette pour le simple plaisir d’en griller une sans être fumeuse. Pendant des années j’ai envié ces filles capables de fumer trois clopes en soirée et rien le reste du temps. Je suis devenue l’une de ses filles. Ce matin il ne fait pas trop chaud, un homme chante « Toulouse » de Nougaro en passant dans ma rue piétonne, comme un clin d’œil qui n’est destiné qu’à moi, comme si ma famille était là à me susurrer à l’oreille « On est là ». Autant je déteste cette chanson, autant il faut avouer qu’il la chante bien, avec du cœur, je ne vois pas l’homme en question mais dans sa voix j’entends que là tout de suite, il est profondément heureux. On ne peut pas le savoir mais si ça se trouve lui aussi était déprimé pas plus tard qu’hier soir. C’est la magie de cette existence qui nous est imposée, un jour tout est noir, le lendemain on se sent prêts à glisser sur un arc-en-ciel.

L’ennui est un luxe dont il ne faut pas abuser. J’ai pris du temps pour essayer des choses ces dernières semaines, j’ai pris du temps pour vivre plutôt que d’écrire, je crois que je me suis perdue en chemin. Quand j’écris, je ne m’ennuie pas. Avec les êtres humains, je n’arrive pas super bien à communiquer. Je dis l’inverse de ce que je pense, je fais l’inverse de ce que je veux, je suis clairement « a piece of work ». Hier j’ai appris qu’un psychologue dénommé Albert Mehrabian a établi que la communication passe par le langage du corps a 55%, la tonalité de la voix a 38% et les mots seulement 7%. C’est sans doute pour ça qu’on est si enclins à s’embrouiller par conversation SMS, notamment. Sans visuel, impossible de comprendre la puissance des mots écrits, sans la voix, impossible de comprendre l’ironie, le sarcasme. Même les emojis sont trompeurs ! J’aime beaucoup regarder la télé sans le son pour imaginer ce que disent les petits personnages que je vois s’agiter, souvent je tombe juste. L’expression de la colère est universelle, par exemple. Peu importe d’où l’on vient. Et si les mots ne servaient à rien ? Et si on arrêtait de communiquer via réseaux sociaux interposés pour seulement se concentrer sur les moments où on est ensemble dans la même pièce, yeux dans les yeux ? On devrait arrêter de parler pour mieux se comprendre. Ou parler par onomatopées. Ce serait beaucoup plus drôle en plus ! Ou faire comme les bonobos qui communiquent en passant leurs journées à forniquer. Ils ont tout compris, ces bonobos ! (on partage quand même 99,6% de notre patrimoine génétique avec eux alors au risque de me répéter : la monogamie est tout simplement absurde).

Ce matin, la vie est belle. Je ne suis pas sortie de ma déprime par magie. J’ai fait des tas de trucs pour me sentir vivante. Je ne vais pas vous faire la liste. Mais le secret c’est l’action. Il n’y en a aucun autre. Et se souvenir de cette sublime phrase de Nelson Mandela « Je ne perds jamais : soit je gagne, soit j’apprends ». J’apprends encore et encore jusqu’au jour où cette phrase sera mon épitaphe. Oh et je veux bien gagner de temps en temps, pour voir…

Week-end déprime

J’ai décidé d’assumer ma déprime et de m’y plonger corps et âme ce week-end. Non, je n’adopterais pas une attitude positive face à la vie, oui, je sais que j’ai une chance folle d’être en bonne santé, que des migrants crèvent dans des bateaux tous les jours, que je ne suis pas à plaindre bla bla bla Mais je suis déprimée. Et je refuse de faire comme si ça allait bien parce que ça ne va pas. Je n’ai pas envie de me foutre en l’air ni rien, juste ça ne va pas parce que je suis dans l’inaction la plus totale et que je n’arrive pas à faire quoi que ce soit. C’est l’été, la pire saison pour moi, c’est super rare que j’aille bien l’été, rien de bien nouveau. Certains dépriment en février, moi c’est juillet-août, chacun son fardeau.

J’ai donc décidé de déprimer à fond ce week-end. Technique que je vous conseille si vous aussi vous êtes au fond du trou. Il faut commencer par faire la liste des trucs que tu aimes faire, voici ce que ça donne pour moi :

1 Faire des câlins aux chats

2 Regarder des films d’horreur

3 Manger des concombres et du tofu frais avec une tonne de sauce soja

4 Jouer à Mariokart

5 Me plaindre

6 Boire de la bière bien fraîche et danser sur les derniers tubes de David Guetta et Calvin Harris

7 Jouer avec Louis (le jeu du moment : draguer une pote à lui pour savoir si elle est bisexuelle, tout ça via réseaux sociaux interposés)

8 Continuer la lecture de Retour à Reims de Didier Eribon

9 Regarder The Office

10 Prendre des photos des chats

11 Acheter des robes sur internet

12 Regarder Sex & The City

13 Ranger mes vêtements (ok j’aime pas le faire mais j’ai commandé une nouvelle commode alors ce serait utile de faire un pré-rangement maintenant plutôt que à l’arrache le jour de sa réception)(phrase la plus chiante de la Terre, ok, guilty)

14 Lire De l’inconvénient d’être né de Cioran

15 Regarder les sketchs de Blanche Gardin

16 Dormir

17 Regarder des docus sur Netflix

18 Écrire en écriture automatique

19 Faire des collages

20 Mettre du vernis sur mes ongles

Je vais faire ce que j’aime et je vais aussi essayer de méditer, je rêve de ne penser à rien. Je vais éteindre mes téléphones (en prévenant ma mère auparavant sinon je suis bonne pour me faire détruire ma porte par les pompiers, merci maman), je vais peut-être m’occuper de mes pieds, on oublier tout le temps nos pauvres pieds qui nous portent tous les jours ! Ce serait pas mal que je vous écrive un petit texte sur comment j’ai décidé d’arrêter de voir une psy (si ça se trouve c’est pour ça que je déprime, oh wait). Quand je vais mal en général il y a des gens qui paient, rien de plus naturel. Vous vous souvenez du mec qui m’avait envoyé une dick pic ? Il vient de m’envoyer un message, le mec n’a peur de rien. Voici ma réponse :

(J’adore le « juste discuter un peu » = mec on sait que ce que tu veux c’est me pécho alors arrête tes conneries).

Voilà, je suis prête à passer un week-end bien déprimant, seule au monde, focalisée sur mes problèmes inexistants de personne occidentale privilégiée, je vais pouvoir chanter All By Myself dans mon canapé avec ma bière à la main, telle Bridget Jones, mais vingt ans plus tard version beaucoup plus connasse, beaucoup plus brune et beaucoup plus mince et surtout sans gaine sous ses vêtements (mais j’envisage d’acheter un corset pour avoir la taille plus fine et que mon fessier ressorte encore plus, oui je sais, moi aussi je fais partie de cette culture de « à qui sera la plus bonne » alors que ce qu’on devrait mettre en avant c’est notre intelligence, pardon les féministes, bisous).

Rive gauche

Il ne le sait pas mais quand je parle de lui à mes amies, son surnom c’est « rive gauche ». Il faut comprendre que « parisien » ne veut rien dire, entre le parisien du 18ème (rive droite) et le parisien du 7ème (rive gauche), il n’y a rien en commun. Ils ne côtoient pas les mêmes gens, ne sortent pas dans les mêmes endroits, ils ne s’habillent pas du tout pareil et surtout ils n’ont souvent rien à se dire. Pour être honnête, ils ne se connaissent même pas. Déjà, entre un parisien du 18ème chic (avenue Junot) et un parisien du 18ème pauvre (la Chapelle), il y a un monde. Alors imaginez entre les parisiens rive gauche et rive droite !

« Rive gauche » est issu d’un milieu bourgeois dans une famille catholique non pratiquante, il a été élevé dans le 7ème, juste à côté du Musée d’Orsay. Son Paris à lui c’est ce quartier-là et un peu de 16ème, de temps en temps il traverse la passerelle Senghor pour rejoindre les Tuileries mais il ne va jamais plus loin. Il a une excellente culture générale mais il ne connait pas grand chose de Paris. Il ne sait pas où est le Cirque d’Hiver, ni le marché d’Aligre, ni la promenade plantée, il n’a jamais bu un verre le soir rue Oberkampf et il n’est évidemment jamais entré dans un sex shop à Pigalle. Inutile de dire qu’il ne prend pas le métro, il se déplace exclusivement en Uber.

Le drame de sa vie a été de quitter le 7ème pour entrer à l’ESSEC qui se trouve à Cergy. Pauvre « rive gauche », comme je te comprends. Être obligé de vivre en colocation dans l’une de ses affreuses pseudo villes nouvelles, à l’autre bout de Paris, sans aucune distraction. Mais bon… troisième école de commerce mondiale, 15000€ par année (et il y en a 4), il faut ce qu’il faut ! Avant l’ESSEC il était à Henri IV où il a eu son bac ES avec mention très bien. Oui, il a un peu fait son rebelle en refusant d’entrer en S. Pour « rive gauche », la réussite sociale c’est surtout prolonger son train de vie, marcher sur les traces de son père, un jour il paiera aussi l’ISF, c’est ça le plan de base. Pas forcément la reconnaissance sociale mais plutôt faire ce que les personnes de son milieu font presque machinalement : réussir. Sans trop de problèmes sur la route. Il le sait « rive gauche », qu’il a de la chance, dans deux mois il sera à New York pour travailler tout l’automne et il n’a pas trouvé de logement mais il n’est pas stressé. Il arrivera un moment où ses parents s’en occuperont, ils paieront et il n’aura qu’à prendre l’avion en first et poser son joli petit cul dans son nouvel appart à Manhattan.

« Rive gauche » a ce physique qu’on ne voit que dans les beaux quartiers. Il est évidemment grand, athlétique, élégant naturellement, il lui suffit d’être là pour donner une touche d’élégance à un endroit, il sait se tenir, bien droit, il a des dents scandaleusement blanches, là encore c’est naturel, tout comme ses cheveux, il a des cheveux parfaitement bruns, épais, qui tiennent tout seuls, des cheveux qu’on aimerait toucher jusqu’à se fossiliser. Il ne sera jamais chauve, « Rive gauche », il laisse ça aux pauvres. Il a un sourire de publicité, une bouche épaisse comme sa bite, un beau nez fin, des yeux noisettes et un regard à la fois charmeur et déterminé. Il sait qu’il obtiendra ce qu’il veut de la vie avec ce physique, cette carrière brillante qui s’offre à lui et cette famille riche. Ce n’est pas moi qui dit « riche », c’est lui. Moi je dis « aisée ». Je ne suis pas bourgeoise mais parfois j’ai quand même plus d’éducation que lui. L’autre jour il me dit « De rien ». Je lui réponds « Tu veux dire « Je t’en prie » ? ».

Depuis qu’il est petit, il porte des polos Lacoste et ne sait pas qu’au Maroc ou en Thaïlande tu peux acheter des Laccoste. Parce que s’il va au Maroc ou en Thaïlande, c’est dans un palace. A vrai dire, quand il voyage c’est avec ses amis pour faire des road trips en Europe mais avec une carte Gold, en famille il reste en France, dans la maison secondaire qui est généralement à Deauville (je n’ai pas demandé mais je parie que c’est là). Il se moque de moi parce que ma ville fait « France d’en-bas », moi je suis plutôt « France du milieu » et lui clairement « France d’en haut ». Je vais le laisser voguer vers New York City et retrouver ma petite vie provinciale dans laquelle personne ne semble avoir sa place à part les parfaits chats, meilleurs compagnons de vie, rien de moins. Mais avant, je vais aller squatter chez « rive gauche «  pour une raison très intéressée : il a une magnifique vue sur Paris et c’est là qu’on trouve les plus beaux couchers de soleil en ce moment. S’il savait…

Life is beachy

Cet été commence en force pour tous les allergiques à la chaleur dont je suis. Le pire est à craindre, et ce ne sont pas les micro-shorts et les trois douches glacées par jour qui arrangeront notre affaire : même nus, même le ventilateur face à soi, nous dégoulinons de sueur. Quand je pense que l’été est censé être la saison de la séduction et des rencontres légères, heu… qui a envie de baiser sous 32 degrés ?(toi le chien qui a pensé « moi, moi ! » je te vois). Pas moi en tout cas (ou alors mets la clim, fais quelque chose). Il y a tout de même un avantage à cette chaleur d’enculé : je ne me nourris que de concombre et de Liptonic, ce qui veut dire que je ne grossis pas. Toujours voir le positif dans chaque situation, oui oui.

J’ai décidé de passer la journée à la plage, en pensant que tremper mes pieds pourrait calmer ma rage intérieure (je ne vais quand même pas me baigner, et de toute façon la baignade est interdite à cause des jet skis, autrement dit les pauvres s’entassent sur une seule portion de plage avec baignade surveillée pendant que les riches font vivre l’économie locale et polluent la mer avec leur jet skis de merde). J’ai bien fait parce qu’il faisait tout de même 5 degrés de moins que dans ma ville et en plus il y avait du vent !

Je n’étais pas la seule à avoir eu cette brillante idée, on s’en doute… Le train était bondé mais j’ai réussi à trouver une place entre deux familles, d’un côté une maman et sa fille qui m’ont invité à jouer au Uno, je n’ai pas osé leur dire que je ne sais pas jouer au Uno, qu’à l’instant même où elles m’ont proposé d’y jouer, j’ai revu cette scène mythique du Péril Jeune où Chabert tente vainement de réviser le bac (et je viens de vérifier, c’est même pas le Uno, c’est le Mille Bornes, et non je n’y ai jamais joué non plus… Je n’ai jamais campé de ma vie, c’est sans doute pour ça), de l’autre un couple avec un enfant d’environ 4 ans et le père qui n’arrêtait pas de mater mes jambes et son fils qui faisait semblant de tirer sur moi avec son pistolet à eau (sans eau sinon je dépeçais le mioche devant une foule horrifiée) en faisant des « piou ! piou ! » ineptes. Je déteste profondément ces sales gosses. Comment peut-on vouloir un enfant, un truc qui te ressemble et qui casse les couilles H24 jusqu’à ce que la mort te sépare de lui ? (« Ohlala t’es vraiment une connasse pas tolérante, la transmission, le désir de maternité, l’envie de laisser une trace », réponse : « TA GUEULE »)(Oui, la chaleur me rend aimable).

Arrivée sur la plage quasi déserte, je me suis enfin relaxée, j’ai apprécié la vue, comme une impression d’être coincée dans une toile de Mark Rothko. Le petit vent frais, les pieds dans l’eau, je m’allonge et s’il y a plus agréable que des galets, j’apprécie ce beau ciel bleu et les mouettes qui virevoltent au-dessus de moi.

C’est ce moment qu’à choisi l’anglais pour m’envoyer un mail. Alors que j’ai bloqué son mail. Mais je n’avais pas eu le temps de bloquer son mail pro puisque, souvenez-vous, j’avais brûlé sa carte de visite au-dessus d’une vaisselle sale. On tient notre feuilleton de l’été avec cet anglais je crois (soupirs). D’autant qu’un deuxième soupirant arrive dans la bataille, « rive gauche ». Je parlerai de lui en temps et en heure (ou jamais, avec moi rien n’est sûr).

Lorsque je suis arrivée à la gare pour rentrer chez moi, il n’y avait pas de train. La SNCF me fait péter les plombs depuis le mois d’avril, c’est un sujet sensible cette grève mais ici au moins je peux le dire : cette grève me gave et n’a aucun sens (je sens que je vais avoir des commentaires de gauchistes). Quand les cheminots ne font pas grève, ce sont les problèmes techniques qui prennent le relais. Et le reste du temps ? Les suicides. Mais on ne te dit pas que quelqu’un s’est suicidé, on te dit « Une personne a été percutée par un train ». Et sincèrement, je n’ai pas compris et j’ai demandé à ma voisine « On fait comment pour se faire percuter par un train, je ne comprends pas bien… » et elle me répond « C’est une façon polie de parler de suicide, c’est courant l’été les suicides, vous noterez qu’au moins on ne peut pas se rater ». Évidemment j’ai dit qu’on pouvait risquer de se retrouver avec des membres en moins, que ça devait sans doute arriver, non ? Puis on a parlé des médicaments, du fait que c’était beaucoup plus lent, puis j’ai conclu en disant que se jeter d’un pont semblait être l’option la moins chiante pour la société. Parce que pour le coup ce suicide voulait dire que mes chats ne seraient pas nourris à l’heure prévue et ils me le feraient payer (même pas, ils sont adorables).

J’en ai profité pour visiter, je suis entrée dans une église et je ne sais pas comment je me suis retrouvée devant une sculpture de Sainte Rita mais puisque j’étais là j’en ai profité pour lui dire que je n’étais pas contente de sa prestation parce qu’il y a deux ans, je lui avais demandé d’épargner la vie de ma petite Charlie, la boule de poils la plus gentille de toutes, elle n’avait que 13 mois, je l’aimais de tout mon cœur. Sainte Rita (patronne des causes désespérées) n’a pas entendu ce que j’avais à lui dire, elle m’a fait un gros fuck, les vétos ont pris 2700€ et elle est morte. Voilà. Alors quand j’ai vu les « merci » et autres gerbes de fleurs autour de la Sainte, j’étais au bord du pétage de plomb… Je suis allée voir Saint Christophe (patron des voyageurs) pour lui demander de m’emmener à Montréal ou à New York à la rentrée. Parce que ça voudrait dire que j’aurais fini mon manuscrit.

Je suis retournée à la plage qui était bondée, c’était l’après-midi. Je me suis assise et j’ai regardé le père et le fils jouer au frisbee, les vieux se partager un quatre quart sous vide soit disant pur beurre, la mamie de 70 ans en maillot deux pièces bleu, et ça m’a fait plaisir de voir qu’elle était à l’aise, que son corps ne lui posait pas de problème, et après je me suis dit que peut-être que quand ton corps n’est plus un objet désirable, c’est plus facile de le montrer ? Parce qu’on ne te regarde plus comme un bout de viande ? Puis je me suis souvenue que chez moi c’est surtout de la pudeur. Je n’aime juste pas être à moitié nue devant des inconnus, en fait. Et je n’aime pas qu’on me regarde parce qu’on ne dirait pas mais je suis timide, les regards me gênent énormément (vraiment on est mieux chez soi).

Sur le chemin de la gare, j’ai vu une toute petite mamie pencher du côté droit, celui où elle tenait 4 bouteilles d’eau d’1,5l à la main. Je lui ai demandé si elle voulait que je porte ses bouteilles jusque chez elle et elle a accepté. Elle était très vieille et n’entendait rien mais on s’est parlé avec les yeux. Lorsque je suis entrée dans son immeuble insalubre, une odeur de moisi s’est emparée de mes narines, j’ai monté les escaliers et je suis arrivée devant sa porte, une porte toute fine, pas une porte d’entrée à proprement parler. J’ai eu de la peine pour cette dame toute seule dans cette immeuble vieillot, sûrement veuve depuis des décennies.

A la gare, on nous a annoncé qu’il n’y avait pas de train mais un car. Comme je m’attends au pire avec la SNCF, je n’ai pas eu de réaction. Tout le monde autour de moi a commencé à râler et j’ai pensé à cette personne qui avait décidé de se foutre en l’air un jour de grand soleil l’été. Je me suis demandé ce qui avait bien pu se passer pour qu’il/elle en arrive là. Quelqu’un a demandé « Elle s’en est sorti, la personne ? ». Et l’agent SNCF a eu un semi rire abject et il a dit « Ah non, pas du tout non… ». Je l’ai fusillé du regard, ce connard à casquette.

 

Rosbeef idiot (prononcer avec l’accent anglais)

Depuis que l’anglais a rompu avec moi via Whatsapp (une première je dois dire, je peux rayer ça de ma bucket list, c’est bon), mon ego n’est pas super content (objectivement, personne n’a le droit de me larguer et encore moins via Whatsapp). Je n’arrive plus à écrire une ligne, non pardon, je n’essaie même pas de me remettre à l’écriture alors que j’approchais de la moitié de mon récit. J’ai envie de tout brûler, genre j’ai brûlé sa carte de visite au-dessus d’une vaisselle sale et j’en ai même fait une vidéo, j’ai même envoyé à Maryne une photo de la carte de visite avec du noir à la place de la fin de son prénom. Il avait un super prénom, l’anglais. J’aimais bien l’idée d’être avec un anglais. Les français me font chier. C’est pas exotique, la France. Donne-moi un anglais, un américain, un scandinave, un hollandais, un islandais. Oui j’aime les mecs qui ressemblent à des membres de la jeunesse hitlérienne, je n’y peux rien, les goûts et les couleurs. Par exemple mon idéal masculin absolu, c’est lui :

(Joe Cole, 29 ans, connu pour avoir joué dans Peaky Blinders)

Mon ego, donc, souffre. Parce que je suis responsable de cette situation à 100%. Si je m’étais fiée à ma première impression, mon ego serait sain et sauf. Je savais que ce mec n’était pas pour moi, je l’ai même écrit sur ce blog ! Mais sans doute un mélange de « quand même c’était cool de parler anglais avec lui » à « quand même le sexe était fantastique » à « quand même il a vraiment l’air de me kiffer alors que je le fais chier tous les deux jours » et une touche de « quand même j’ai l’impression qu’il me manque » m’a précipitée vers le changement d’avis. On a réussi à ne pas s’embrouiller maximum 27 heures et je jure que ce n’est même pas une blague. Il m’a fatiguée… On était en plein « break » quand il m’a annoncé qu’il avait rencontré une fille qui l’avait suivi dans le bus et que c’était pas prévu mais il voulait essayer avec elle. Qui suit un mec dans un bus, seriously ? Personne. Cette fille n’existe pas. Il est déjà revenu une fois alors que c’est lui qui a rompu, ce mec est complètement taré, j’ai trouvé pire que moi dans le genre « dépendant affectif et sexuel » c’est fabuleux.

Bref, depuis cette histoire je la joue low key. Je passe mes journées à ne rien faire à part manger des glaces et dire aux chats que je les aime de tout mon cœur et que sans eux ma vie serait misérable. Il va falloir que je me reprenne en main mais il fait chaud alors ça attendra. J’aime bien mon canapé et vivre en culotte, après chaque glace ingérée je vérifie si mon ventre est toujours plat et pour le moment, il l’est. Mais je m’égare, comme souvent. Avant de quitter Tinder, j’avais matché avec Louis qui est une espèce de mélange entre Apollon (pour le visage parfait) et David Charvet (pour les abdos), tu ajoutes à ça un humour à la Chandler Bing et on est bons. Il ne se passera rien entre nous parce qu’il n’a que 20 ans et surtout parce que c’est un connard. Et un couple connard-connasse, ça ne marche pas, c’est bien connu (alors que ça devrait, en théorie). Louis me dit que les filles qui disent qu’elles ne cherchent que du sérieux sont des hypocrites chaudasses. Voici la preuve :

Comme c’est un connard, il sait flatter mon ego et j’en ai bien besoin. On échange quotidiennement sur ses targets et son taf de serveur et ma vie provinciale avec mes chats et c’est cool. Et depuis hier il a trouvé un jeu pour me remonter le moral. Louis est le genre de mec qui ne perd pas de temps, il envoie à toutes les filles le même message pour les pécho (voir plus haut) mais parfois la fille dit « non », est outrée etc et c’est là que j’interviens dans notre jeu. Je lui dicte ce qu’il faut répondre à la fille pour la faire changer d’avis. Et ce soir il va pécho grâce à mes mots. Et ça me fait plaisir. Parce que j’étais trop pleine de bons sentiments ces derniers temps, j’avais oublié que j’étais une connasse. I’m back, bitches.

Humanité

Comme une touriste sur le Pont des Arts, je regarde la mère et la fille se faire prendre en photo, on se croirait dans une pub pour Comptoir des Cotonniers. Au-delà de la ressemblance, on sent un amour profond entre la mère et la fille, j’assiste peut-être bien à un vrai moment de complicité, la photo qui est en train d’être créée sous mes yeux restera dans la mémoire familiale, et je souris bêtement. La dernière fois que j’ai pris une photo de ma mère et moi c’était à Venise à l’aide d’une perche à selfie sur un pont et ma mère avait tellement honte que je sorte l’objet en question qu’elle fait une grimace de mécontentement pendant que je souris en mode star américaine, pas naturelle pour un sou, limite avec la chevelure qui se la raconte, rapportée sur ma poitrine, je porte du rouge à lèvres sur cette photo, on ne dirait même pas moi. Mais j’adore cette photo quand même, et elle restera aussi dans la mémoire familiale.

Je me promène seule dans Paris, à la recherche du coucher de soleil, je fais l’aller-retour entre le pont des Arts et le pont neuf alors que je sais pertinemment que pour capturer le coucher de soleil à cette époque de l’année, c’est plutôt vers le Musée d’Orsay qu’il faut être… Mais peu importe, c’est joli quand même. Et j’ai envie de faire une photo de moi sur un pont parce que je n’en ai pas et que je l’avoue j’aime bien les photos clichés. J’ai des photos de moi dans tellement de villes et tellement de pays et aucune dans Paris, ou si peu. Mais je n’ai pas ma perche à selfie alors je tends le bras comme une bouffonne et là une parisienne, je veux dire, je sais tout de suite qu’elle est parisienne parce qu’elle est habillée en noir, elle marche vite, elle se trouve fabuleuse, ça se voit (et elle l’est) et elle me lance dans un accent épouvantable « Do you want me to take a picture of you in the bridge ? ». J’ai envie d’éclater de rire mais je lui réponds simplement que je suis française en fait, et même parisienne, et que je veux bien parce que même si ça semble super cheesy, j’ai pas de photo de moi sur un pont et j’aimerais bien en avoir une. Et elle ne me juge pas, elle me dit «Mais tellement ! Tu sais quoi ? On va faire ça bien, allez, donne-moi ton Iphone ! ». Il faut savoir que comme beaucoup de gens, je déteste les photos de moi, je ne vois que mes défauts, je me trouve obèse, bref, c’est jamais ça. Elle a pris six photos de moi et sur les six je me trouve belle. Pourquoi ? Parce que la photo reflète ce moment d’humanité : je souris, à la limite du rire qui va éclater, parce qu’elle me fait rire avec ses réflexions, son accent parisien, sa façon d’être. Parce que je pourrais tellement être cette fille qui se dévoue pour prendre la photo de ta vie, celle où tu es plus bonne que la plus bonne de tes copines (jamais je ne me passerais de cette expression, merci Kool Shen, merci Joeystarr).

Je n’ai jamais autant aimé Paris que depuis que je n’y vis plus. J’aime cette ville plus que tout, si je n’étais pas née à Paris, je serais jalouse de ceux qui y sont nés, si je n’avais pas vécu à Paris, j’aurais tout fait pour que ça se réalise. C’est tellement beau que c’est parfois insoutenable, j’ai envie de prendre les murs dans mes bras, de leur dire que je les aime, d’embrasser les monuments, de déclamer des poèmes dans la rue. J’ai des souvenirs partout, de mon enfance dans le 14ème, de mes années what the fuck dans le 9ème, d’amour dans le 11ème, j’ai même des souvenirs dans le 19ème ! Hier j’ai lu une « phrase de parisienne »  qui disait « Je suis plus souvent allée à New York que dans le 19ème ». C’est vrai pour moi aussi, la dernière fois que je suis allée dans le 19ème c’était il y a 7 ans ! Parfois pour préserver un amour il faut savoir partir. C’est ce que j’ai fait avec Paris, mais j’écrirai sans doute un billet à ce sujet, quand je serais prête:)