Regarde

Mes amis savent que je suis amoureuse des couchers de soleil mais j’aime aussi les sunrises, c’est juste que pour des raisons évidentes, j’en vois moins 😉 Ce matin à 6h, Gwen a fait une vidéo magnifique du soleil qui se lève en Vendée où elle se trouve en vacances. Mais ce n’est pas cette vision qui m’a émue, c’est d’entendre ses mots, d’entendre sa voix. C’est le texte qui accompagne l’image, et mes larmes retenues prisonnières.

Je la connais depuis douze ans, et je ne sais pas par quel miracle on parvient encore à être amies parce qu’on peut difficilement faire plus différentes que nous. Gwen est encore plus incompréhensible que je ne le suis. Elle est résolument romantique (et je me fous d’elle) mais elle est aussi complètement punk (et je trouve ça fascinant). Elle adore le zouk ( beurk) mais elle écoute aussi du punk allemand obscur (avec des paroles racistes mais c’est en allemand, ça passe). Elle adore les enfants, elle adore se montrer, elle se maquille trop, elle drague ouvertement les hommes dans la rue, elle met du beurre salé partout dans tous les plats, elle est solaire, elle aime les gens, elle ne pense jamais à elle, toujours aux autres. Elle aime les Maliens, j’aime les Islandais. J’ai rarement autant ri qu’avec elle, rarement autant pleuré aussi, et je perds tous les paris qu’on fait (pas conne, j’en fais plus maintenant !). On a un gros point commun : on s’aime. Elle m’agace, je l’agace, mais on s’aime, on est comme un vieux couple qui a tout traversé et qui crèvera à deux mois d’intervalle (ok, on a aussi un autre point commun non négligeable : on est bienveillantes, c’est un peu la condition sine qua none pour être mon ami.e).

Pendant sept ans, elle a côtoyé un personnage détestable qui lui faisait du mal à la fois psychologiquement et physiquement. Ce type a essayé de nous séparer, il a aussi essayer de la tuer plusieurs fois mais il n’a rien réussi du tout, quand il m’a dit « Je t’emmerde, salope, je te défonce », je lui ai répondu « Mais t’es une grosse merde, t’as pas de couilles, je t’attends moi, connard, nique bien ta mère », bref c’est le genre de personnage qui réveille une haine que tu sais cachée au plus profond de toi. Notre amitié a failli ne pas s’en remettre, je ne comprenais pas pourquoi elle restait avec ce type qui la battait, il m’a fallu me renseigner, lire des blogueuses qui parlent de l’emprise mentale, il m’a fallu partir puis revenir plusieurs fois, accepter que je ne pouvais pas la kidnapper, comprendre que le processus prend du temps et que je devrais être là à la fin. Et j’ai été là, quand elle l’a quitté, des semaines avant, j’ai été aux premières loges, à souhaiter que son plan fonctionne, à prier pour qu’il ne la tue pas.

Alors ce matin quand j’ai vu ce beau lever de soleil et que j’ai entendu mon amie me dire « Je suis heureuse ! » avec une joie indescriptible dans la voix puis « Je suis libre ! ». Regarde comme c’est beau ce soleil qui se lève, regarde comme c’est beau la liberté, regarde comme ça n’a pas de prix. Je n’ai jamais entendu mon amie dire qu’elle est heureuse. C’est la première fois. Elle a changé de région pour fuir le fou furieux, elle était en colère de devoir changer de vie à cause de lui. Mais c’est grâce à lui qu’elle est heureuse aujourd’hui. Parfois il faut vivre des trucs vraiment durs pour comprendre que la vie est belle. Peut-on apprendre autrement que dans la douleur ? Vraie question à laquelle je ne vais certainement pas répondre ce soir.

Ce qui fait battre mon cœur, c’est l’amour pour les animaux, en ce moment je sauve limite un moineau par jour, entre ceux qui se font cartonner par des voitures et qui se retrouvent perdus et étourdis et ceux qui sont déshydratés, pour le coup, je suis utile parce que moi je regarde par terre, je suis attentive et j’agis.L’autre jour j’aperçois une corneille en souffrance et je vois cette femme qui la regarde et qui ne fait rien, comme quand il y a un accident de voiture et que les gens s’agglutinent comme des connards voyeurs. La corneille va bien, c’est tout ce qui compte. L’année dernière, Gwen a sauvé un chaton qui était enfermé sur un balcon, les propriétaires ont laissé l’animal à son triste sort, la petite bête pleurait et était à deux doigts de sauter du troisième étage… une corde et un panier plus tard et le sauvetage fut un succès. Aujourd’hui, c’est moi qui m’occupe de Niagara (elle a renversé un verre d’eau sur un ordi portable neuf et adore glander dans l’évier…).

Ce qui fait battre mon cœur, aussi, ce sont les rares amitiés qu’ils me restent. Il y en a peu, et de moins en moins. Mais ceux qui sont là… Gwen a toujours été là, toujours. Même dans les moments où j’étais mal et odieuse, même dans les moments les plus heureux de ma vie, jamais elle n’a disparu, jamais elle ne m’a enviée. Douze ans, plein d’embrouilles, mais surtout un amour inconditionnel.

« Plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez loin dans le futur » (Churchill)

Niagara <3

Niagara ❤

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9 réflexions sur “Regarde

  1. Waaa… C’est la première fois que je passe sur ton (votre?) blog, et après cette première lecture, je peux dire que j’en ai une bonne impression. Tout ça m’a fait réfléchir… Bravo pour cet article touchant

  2. J’adore ton blog et la façon dont tu ecris tant sur le fond que sur la forme. Tu as des idées à revendre et ce n’est jamais ennuyeux et cela c’est rare. Tu as un vrai don ! Si un jour tu publies je serais ravie de te lire !!!

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