Dans le genre…

Il y a un mois ou deux, j’ai découvert le podcast « Dans le genre » via Édouard Louis qui a participé à l’émission (que j’ai adorée mais je crois pouvoir dire que je n’ai pas été autant emballée par un écrivain/auteur/être humain que lui depuis très très longtemps). « Un dimanche sur deux, en une heure, Géraldine Sarratia, journaliste aux Inrocks, part à la rencontre d’une personnalité qu’elle interroge sur le rapport qu’il ou elle entretient avec son genre et son identité. Comment compose t-il ou elle avec son genre ? Se trouve-t-elle féminine, virile ? Se sent-il à l’aise avec les codes de la masculinité ? ». Il y a aussi des pauses musicales choisies par les invités, ça permet de découvrir des groupes ou de réécouter des chansons qu’on aime ou qui nous parlent. J’aime beaucoup la voix de Géraldine Sarratia, j’aime son ton bienveillant. En ce moment l’émission est en vacances mais il m’en reste tant à écouter !

Le dernier épisode était avec Ovidie que j’ai croisée lorsque je fréquentais des actrices porno (qui ont arrêté depuis). Je me suis reconnue dans son parcours. Moi aussi j’ai été un peu garçon manqué jusqu’à l’adolescence, je ne portais que des espèces de joggings en molleton informes pour une raison très précise : c’est confortable et ça s’enfile en deux secondes. Ma mère voulait tant que je porte des jeans mais je me sentais mal dedans. Aujourd’hui non plus je ne porte toujours pas de jeans, je trouve qu’il n’y a rien de moins féminin qu’un jean. Les seules femmes à qui ça va ce sont les mannequins, parce qu’elles sont très grandes et très fines alors forcément, c’est élégant, pas comme sur Christelle (j’ai oublié de parler de cet affreux prénom), 32 ans, deux enfants, 1m64 et 65 kilos (tu auras compris que Christelle est notre femme française lambda). Je suis passée de petite fille à « j’ai des seins et des fesses » en un été et j’ai détesté voir mes seins pousser (j’adorais mon boule en revanche, mes copines en avaient un plat et moi je frimais), déjà je me souviens que ça me faisait mal, et en plus je voyais le regard des hommes changer et je n’aimais pas du tout être un objet sexuel alors que je n’avais même pas pensé à la sexualité. Je me souviens d’un quai de métro aux heures de pointe, un homme habillé en costume, la trentaine, est venue me proposer de me payer pour baiser avec lui, il a dit « Votre prix sera le mien ». J’avais 17 ans. Alors qu’il m’avait chuchoté ça à l’oreille, j’ai crié bien fort « Espèce de gros porc, t’as pas honte ? », il a eu la honte de sa vie, c’était assez jouissif de voir ce connard de la Défense se faire mater par une petite meuf de 17 ans.

J’ai une idée précise de ce qu’est la féminité, en tout cas, ma vision de la féminité. Je sais qu’il existe des hommes qui trouvent qu’une femme en jean, c’est sexy. J’estime avoir la chance folle d’être une femme, finalement c’est un peu un hasard (enfin … pas tant que ça, merci papa, c’est le sperme qui définit le sexe de l’enfant) mais un heureux hasard. J’aurais détesté être un homme. Profondément détesté. Il faut toujours bander, être fort, ne pas pleurer et ne pas perdre ses cheveux ou prendre la fameuse bedaine en vieillissant, tout un programme angoissant.

J’aime être féminine, j’aime porter des robes et des jupes, j’aime montrer mes jambes parce que je les aime, mes jambes. J’aime avoir les cheveux longs parce que c’est une expression de la féminité, mais aussi parce que j’aime sentir mes cheveux mouillés le long de mon dos quand je me douche. J’aime avoir des seins, j’aime l’effet qu’un décolleté provoque chez un homme. J’aime obtenir des tas de trucs uniquement parce que je suis une femme, je suis sans pitié, si jouer l’ingénue peut me rapporter quoi que ce soit, je fonce. Pourquoi s’en priver ? C’est notre pouvoir. Et tant pis si au milieu il y a des gros nases qui tentent d’obtenir mon 06, je ne vais pas porter plainte pour harcèlement… Je me souviens d’une fois où j’étais dans un RER je devais encore avoir 16 ou 17 ans, la rame était vide et un mec qui devait avoir la vingtaine s’est assis en face de moi et m’a dit « Tu veux pas me faire une petite pipe vite fait dans les toilettes ? », j’ai éclaté de rire, on a parlé le reste du trajet, je lui ai gentiment expliqué que vraiment ce n’est pas très malin de demander ça à une inconnue, que c’était un manque de respect total et que si c’était comme ça qu’on pécho dans sa banlieue, qu’il sache qu’ailleurs, on ne fait pas comme ça du tout. A la fin de la conversation, le mec était mon pote.

A propos, petite parenthèse. S’il est très difficile de ne pas être pour l’égalité entre les hommes et les femmes (moi aussi je veux gagner 30% de plus!), il est tout aussi difficile de se déclarer « féministe » dans une société qui nous montre des féministes revanchardes (à la Marion Séclin) ou qui comme Ovidie le dit elle-même dans le podcast, considèrent que les hommes n’ont pas la parole dans ce débat. Géraldine Sarratia «  Est-ce-que vous êtes prête à discuter avec les hommes ? (de féminisme) Ovidie « Moyen » (hilare)« ça je ne m’en suis jamais trop cachée ». Fin de la parenthèse.

Tout ça pour dire que je ne suis pas « cool », jamais tu ne me verras en baskets, j’aime les sandales, les talons, les trucs « de fille », je ne joue pas sur le côté androgyne je ne sais pas quoi, non, non, moi j’aime être une femme qui ressemble à une femme avec tout le cliché qui va avec, je suis un putain de cliché vivant, j’aime cuisiner, récurer les chiottes (je sais c’est fou mais c’est vrai), même pour acheter du pain je tiens à être présentable au cas où je croiserais un vieil ex, je ne sors jamais sans sac à main, bref, ah oui et j’adore le rose. Un cliché… Heureusement que je bois de la bière ! (je file m’en ouvrir une en vous saluant bien bas).

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2 réflexions sur “Dans le genre…

  1. Wouaou! Je ne suis Pas lesbienne mais je serais bien curieuse de voir ta photo tu as l’air sacrément jolie (sans ironie). Sinon j’aime beaucoup ton blog! J’aime ta façon decrire et Je suis impressionnée par ta liberté dans une société ou la pression autour du couple maternité emploi est si forte…

    • Même sans être lesbienne on a le droit de trouver une autre femme jolie, tu sais. Je ne mettrais probablement jamais de photo de moi ici parce que je m’en fiche qu’on me trouve jolie, je n’écris pas pour ça…
      Merci de lire le blog ! Et ma liberté n’a rien d’exceptionnelle, je n’ai pas vraiment le choix si je veux être épanouie que de suivre mes envies et mon système de valeurs.

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