Au secours, mes parents m’exaspèrent

Parfois mes parents me manquent mais parfois quand je les entends, je me rappelle pourquoi j’ai fait le choix d’être loin d’eux. Parce que tout est question de choix dans la vie (le premier qui me dit « Mais parfois on n’a pas le choix » je le bute). J’ai tendance à penser que tant qu’on n’est pas loin géographiquement de ses parents, on n’est pas vraiment adulte.

J’ai eu la chance d’avoir une mère qui travaillait dans une compagnie aérienne, tous les matins elle se levait à 5h pour aller à CDG qui est un peu ma deuxième maison. Grâce à elle, jusqu’à mes 27 ans j’ai pu voyager loin pour vraiment pas cher. C’est ma mère qui m’a donné le goût du voyage, c’est encore elle qui me faisait confiance quand je prenais mon sac à dos pour partir seule à l’autre bout du monde, elle est grande gueule et parle trop fort, elle est si bavarde que parfois au téléphone je dis « oui oui je vois ce que tu veux dire » alors que je n’écoute plus. Mais elle a un cœur d’artichaut. Ma mère m’a toujours dit qu’elle voulait une fille plus que tout, que je suis belle et qu’elle est fière de moi. C’est une vraie mère-poule, elle te fait des petits cadeaux tout le temps et quand elle vient chez toi elle paie tes courses et si tu la laissais faire elle se mettrait même aux fourneaux !

Mon père est un original, un créatif, un mélange d’artisan et d’artiste fou autodidacte, qui change de métier tous les cinq ans et qui s’en sort à chaque fois. Son credo c’est apprendre. Il est curieux, il prend la vie comme un défi et rien ne lui fait peur. Mais vraiment rien. C’est effrayant parfois de le voir foncer parce que parfois au bout il y a un mur. Mais il se relève toujours et aura passé sa vie a étonné son entourage. C’est lui qui m’a donné le goût de l’indépendance et qui m’a appris à sortir du lot, à ne surtout pas être un mouton, à ne pas douter de moi-même, à revendiquer ce que je suis quitte à en crever. Mon père est cheesy comme disent les américains, il est mielleux, il a tendance à changer les histoires selon l’interlocuteur, ce qui a tendance à m’agacer, mais il veut être aimé et il aime qu’on l’écoute et qu’on le regarde, tout l’inverse de sa fille ! Il a embelli tous les appartements dans lesquels j’ai vécu parce qu’il sait tout faire de ses dix doigts, tout l’inverse de sa fille !

Je les aime. Ils sont mon soutien et ma force. Pourtant parfois …j’ai envie de leur éclater la tête contre le mur ou d’en prendre un pour taper sur l’autre, au choix.

L’autre jour ma mère me parle du festival de Cannes, elle adore le cinéma, elle y va au moins deux fois par semaine, elle n’a pas de préférence, elle va tout voir, du film indépendant français au film syrien en passant par le blockbuster américain. Et elle me parle du mannequin Bella Hadid qui chaque année à Cannes se fait remarquer pour ses tenues sexy et extravagantes. Et elle me dit « Bella Hadid était encore à moitié à poils sur la croisette, c’est n’importe quoi, il ne faut pas venir se plaindre après si les femmes se font harceler avec des exemples comme ça, elle a besoin de se foutre à poils chaque année ? ». Forcément, ce genre de propos m’agace. Parce que pour moi il n’y a pas de différence, que tu t’appelles Bella Hadid ou Cécile Dubois ou Sofia Boubakeur ou Lin Hang ou je ne sais quoi encore, tu portes ce que tu veux, j’en ai rien à foutre. Tu peux te mettre un voile sur la tête ou une mini jupe, c’est du pareil au même. La femme est libre, personne ne devrait lui dicter ce qu’elle devrait porter. Son corps lui appartient. Au passage si elle refuse d’avoir une sexualité ou si au contraire elle aime le gang bang, je m’en fiche, elle fait ce qu’elle veut, c’est son corps, tout comme je fais ce que je veux du mien. Ma mère m’a déjà dit qu’elle pensait que le mouvement #metoo était hypocrite parce que « les actrices étaient bien contentes de coucher et d’obtenir des rôles et maintenant elles se plaignent ». Comme beaucoup de gens, elle confond tout. Bien sûr que des actrices ont couché pour obtenir des rôles, la promotion canapé ça existe dans tous les milieux, pas que dans le cinéma. Mais un viol, ce n’est pas la même chose, ce n’est pas « coucher ». J’ai beau lui expliquer, ça ne rentre pas. Alors je finis par chanter « lalalalalala » dans ma tête quand elle me parle de ces sujets-là puis je change volontairement de sujet ensuite. On ne peut pas changer les gens si eux-mêmes ne veulent rien entendre.

Bella Hadid, Cannes 2017 et 2018

Bella Hadid, Cannes 2017 et 2018

Mon père donne son avis sur tout et c’est pénible. Quand je suis allée le chercher à la gare, il a dit que ma jupe était trop longue, que ce qui m’allait c’était les jupes courtes. Bon. Je ne lui ai rien demandé mais il ne peut pas s’en empêcher. Je ne savais pas quoi répondre, il m’a prise au dépourvu. Alors j’ai ajouté que je m’étais habillée rapidement et que depuis que je vivais en province je ressentais moins la pression de devoir être tout le temps au top. Ce à quoi mon père a répondu « Oui j’ai vu ça… ». J’ai eu envie d’éclater de rire. On ne s’est pas vus depuis le mois d’août dernier, je m’attendais à autre chose que ces phrases lapidaires. Mais encore une fois, j’ai l’habitude. Quand j’avais arrêté de fumer et pris dix ou douze kilos, il m’avait dit « Même tes mollets sont gros, il faut vraiment que tu fasses quelque chose ». J’avais chialé dans la salle de bain sans le dire à personne. Aujourd’hui je ne chiale plus, je ris. Je suis bien dans ma vie et dans mon corps. Je ne sais pas par quel miracle par ailleurs. Il m’a demandé si j’avais quelqu’un dans ma vie et j’ai dit que non. Même si j’avais quelqu’un, je n’en parlerais pas. Pas à lui en tout cas. Mon père a commencé à me dire que ce qu’il me fallait, c’était « un homme, un vrai ». J’ai eu envie de hurler mais j’ai repris mes esprits et j’ai dit que d’une part ça ne voulait rien dire, que c’était sexiste, et d’autre part, que c’était insultant envers mon ex compagnon. Il s’est lancé dans une explication foireuse dont je ne me souviens pas. C’est quoi « un homme, un vrai » ? Un homme qui ne pleure pas ? Un homme qui doit être fort et protéger sa pauvre femme fragile ? Un mec qui bande bien dur avec une grosse bite ? Un homme avec des poils sur le torse parce que ça fait viril ? Un homme qui regarde le foot à la télé et qui est passionné de mécanique ?

Non, vraiment, parfois (en ce moment), mes parents m’exaspèrent. Par pitié, toi qui me lis, dis-moi que tu ressens la même chose que je me sente moins seule. Parce que je ne peux pas m’empêcher de me sentir coupable alors que très franchement je ne suis coupable de rien. En tout cas, je ne suis pas responsable des mots qui sortent de leur bouche.

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12 réflexions sur “Au secours, mes parents m’exaspèrent

  1. Oh oui. Moi c’est tout le temps. 🙂
    Parfois j’ai de l’énergie et je leur réponds. Parfois je laisse dire. Se chanter un truc dans sa tête pendant qu’ils parlent, c’est pas mal.
    Courage 🙂

  2. J’ai tendance à penser que tant qu’on n’est pas loin géographiquement de ses parents, on n’est pas vraiment adulte. –> j’habite à 300 m des miens mais les vois une fois tous les 2-3 mois en ce moment…^^ Je pourrais aussi faire un roman sur eux, et sur les choses que j’aimerais voir changer. Je crois que c’est une histoire sans fin, les relations enfants-parents… Bon courage ♥

  3. La difficulté de faire évoluer les opinions des parents, je connais. Mon père dit sans cesse qu’une femme devrait pouvoir s’arrêter de travailler plusieurs années pour élever ses enfants tout en recevant un « salaire ». Si pour le « salaire » je dis pourquoi pas et je suis contre l’idée de presque imposer cette situation. Sincèrement le jour où j’aurais des enfants, oui pour le congé maternité de 3 mois mais je veux pouvoir avoir une existence autre que celle de maman ! Autre remarque que je ne comprends pas : ne pas mettre des vêtements moulants quand on est corpulente. Et bien tant pis pour lui mais certains des miens le sont et je m’empêcherai pas de m’en racheter s’ils me plaisent. Je m’arrête là car j’en aurai pour des lignes. Ma mère est plus ouverte sur de nombreux sujets. Mais je pense aussi que l’âge et donc l’éducation compte beaucoup. L’environnement aussi mais cela dépend des opinions de base.
    Merci pour ton article édifiant.

    • Je suis d’accord avec ton père dans le sens où élever des enfants est un travail finalement alors pourquoi ne pas le rémunérer. Mais bien sûr que tu as raison, la femme doit avoir le choix, on n’a rien à lui imposer.

      Globalement j’ai l’impression que les pères sont toujours hyper critiques face aux corps des femmes, on ne se rend pas compte à quel point ça peut nous heurter quand on est leur fille. Heureusement que mon père a des tas de qualités mais là-dessus il est archaïque…

      Je pense qu’on est tous confronté à des parents qui sont intolérants sur certains sujets, peu importe leur âge. Malheureusement… C’est juste qu’enfant on a tendance à les mettre sur un piédestal (en tout cas ce fut mon cas), alors en devenant soi-même un adulte forcément on déchante !

  4. Tu n’es pas la seule à être dépassée par certaines réactions de tes parents, alors que tu es en gros le résultat de leurs gènes et de leur éducation, donc cet écart sur certains points est toujours surprenant.

    Moi aussi je me prends des remarques qui me prennent de court à chaque fois et je n’arrive jamais à en comprendre le but. Mais je commence à me dire qu’un parent n’arrive peut-être jamais à se détacher de ce rôle qui le définit (pour ceux qui assument ce rôle), qui est de savoir ce qui est le mieux pour toi, donc, consciemment ou non, il va te balancer tout ce qui ne va pas pour ne pas admettre que tu t’en sors aussi bien, voire mieux, sans lui. C’est mon analyse à deux balles.

    J’aime ce texte parce que, comme d’habitude, tu dis des choses que je ne me permets même pas de penser (que tu as envie de leur éclater la tête parfois et que tu es mieux très loin d’eux), tout en les respectant, les aimant et les comprenant.
    C’est une gymnastique pas facile mais que tu parviens super bien à faire et j’aime beaucoup ton blog pour ça.
    J’aime aussi le fait que tu saches gérer ce qui te dérange chez eux sans leur rentrer dedans à chaque fois comme je le fais. Et que tu te sentes suffisamment bien aujourd’hui pour passer au-dessus.

  5. Et je ne sais pas non plus ce que c’est qu' »un homme, un vrai », mais je pense que ça rejoint un peu ce que tu écrivais deux articles plus tôt.

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