Do something

J’étais à Los Angeles, ça faisait déjà une semaine et je n’étais pas vraiment convaincue de l’utilité de mes vacances, pire, je me demandais si j’avais vraiment ENVIE d’être là. Pour être tout à fait honnête, je ne comprenais pas bien pourquoi je passais mon temps à souffler comme si j’étais à moitié dépressive alors que merde j’étais en vacances à Los fucking Angeles (et que je ne suis pas dépressive, je le dis au cas où).

Je passais mon temps sur la piscine en rooftop, ou alors j’allais au restaurant, ou alors j’allais faire du shopping, ou je discutais avec des gens de l’hôtel, c’est fou ce qu’on peut se parler facilement quand on est en vacances, et on aime les gens en vacances ! Je me promenais dans Downtown, il faisait beau, j’ai fait un tour de tous les buildings d’architecte que j’aime, j’ai failli chialer devant la Founder’s Church of Science à Koreatown parce que je suis ce genre de personne qui chiale devant un bâtiment. Parce que je suis complètement époustouflée, et à chaque fois, par le travail de Paul Williams. A chaque fois je me dis que je me suis trompée de carrière, si ça se trouve j’aurais été un grand architecte (on aime se mentir à soi-même en vacances, aussi).

Puis j’ai posé mes valises à Venice, là encore tout était absolument parfait sur le papier, on mange des donuts et des glaces, on rencontre des chiens adorables qu’on aimerait adopter, on fait des balades matinales les pieds dans l’eau, on copine avec les oiseaux, tiens, quel restaurant vais-je choisir pour ce midi ?, la vie est douce, les palmiers sont hauts, les couchers de soleil les plus beaux du monde, il faut au moins voir un coucher de soleil à Los Angeles avant de mourir, vraiment, ça devrait être sur la bucket list de tout le monde. Je n’aurais pas de Rolex avant 50 ans (quoique…il me reste du temps) mais j’aurais vu des dizaines et des dizaines de couchers de soleil plus pornesques les uns les autres. Je peux crever tranquille.

Tout allait pour le mieux. Je m’étais même inscrite sur Tinder et j’avais l’embarras du choix, j’étais Miss Monde, les américains adorent les petites frenchies en vacances, je swipais mollement en me demandant où tout ça allait me mener (en face boire des cocktails, en fait, y’a quand même un truc cool avec les américains c’est que contrairement aux français ils paient toute la soirée que tu passes avec eux, y’a pas d’histoire de « on fait moitié moitié »). Certes la météo commençait à devenir capricieuse mais il faisait genre 10 degrés à Paris alors je ne pouvais quand même pas me plaindre. Pourtant, en bonne connasse, j’avais envie de rentrer. Et je commençais déjà à regarder comment changer mon billet retour, jy ‘songeais mais je n’avais pas encore agi…

Puis je suis allée chez Barnes & Noble. Je n’avais vraiment pas prévu d’aller là-bas parce que j’aime donner mon argent aux libraires indépendantes. J’évite la Fnac comme la peste, je n’avais aucune raison d’entrer dans un Barnes & Noble. Mais la librairie indépendante de Venice, Small Books World, n’avait pas les références que je cherchais. Je dois avouer que j’aime bien le Barnes & Noble de Santa Monica parce qu’il n’est pas gigantesque, on a l’impression d’être dans une librairie indépendante (ils sont malins ces enfoirés). Je me promenais dans les rayons mes livres tant voulus en main et avant de me diriger vers les caisses je vois un livre de développement personnel dont le titre est « You are badass » alors forcément je me dirige direct dessus d’autant que la couverture est jaune et que j’ai décidé d’aimer le jaune en 2018 (j’ai même acheté un haut jaune, c’est dire ! Qui suis-je ?). Mais sans avoir lu la quatrième de couverture, je repose le livre et la vendeuse me voit et me dit « Non vous ne le prenez pas finalement ? C’est vraiment un livre super pourtant ! ». Et je lui réponds que je sais déjà que je suis badass (haha) et je n’ai pas vraiment besoin de conseils de ce genre, merci ça va, ou en tout cas, je ne suis pas SURE d’avoir besoin de conseils (quelle prétention, tout le monde a besoin de conseils mais bref). La vendeuse me dit « Alors c’est ce livre dont vous avez besoin » et elle me met ça dans les mains :

Je sais que ce livre est un best seller du New York Times (une valeur sûre à mes yeux), je sais que j’ai déjà eu envie de l’acheter, la vendeuse est très forte pour me le vendre, en plus elle a les yeux de la même couleur que feue ma grand-mère chérie alors je dis banco et avant de quitter la librairie, je me tourne une dernière fois vers elle et je lui dis « Merci, je sens qu’il va se passer quelque chose avec ce livre, merci beaucoup ».

J’ai lu le livre en une heure trente ou deux heures, je l’ai posé et j’ai compris ce qui n’allait pas. J’étais encore une fois en vacances à LA pour fuir ma vraie vie, mon quotidien. J’avais dit, il y a un an et demi, que je profiterais de mon chômage pour écrire ce manuscrit que j’ai commencé cent fois et jamais fini. Dix huit mois plus tard j’avais deux manuscrits chaotiques de 50 pages et aucune fin, aucune idée directrice, que dalle. Et face à l’océan pacifique que j’aime tant, je ne pouvais même plus profiter de l’instant présent parce que je ressentais l’urgence de « faire quelque chose ». Alors je suis rentrée cinq jours plus tôt en France, dès le lendemain j’ai commencé à écrire. Tous les jours. C’est ce que je fais depuis deux semaines. J’ai décidé que je ne partirai plus en vacances nulle part tant que je n’aurais pas fini ce manuscrit.

 

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6 réflexions sur “Do something

  1. Je partage un livre qui me sauve la vie, c’est libérer votre créativité de Julia Cameron, l’auteur de Miami vice. le truc qui marche c’est, le cahier du matin, en gros tout les jours jusqu’à la fin de ta vie, tu déverse tes trucs sans te taper un psy. Tout tes fuites, tes mensonges à toi même. Julia Cameron a aider un bon paquets d’artistes bloqué ou avec ce sentiment que tu décrit et que je connais que trop. Voilà.

    • Je plussoie pour le livre de Julia Cameron, Libérer votre créativité, je l’ai à la maison, j’avais commencé, arrêté, en ce moment je le reprends petit à petit et il est vraiment top pour libérer l’énergie ! Les 3 pages du matin, quelle bonne idée !

  2. Bon, moi je te soutiens pour ce bouquin, Mais oui, c’est du boulot….. Meilleurs voeux depuis la cité de Too-Fucking-Loose à toi! T’inquiète, j’ai une amie qui a un manuscrit dans les pattes depuis 10 ans environ, et qu’elle passe sa vie (depuis) à reprendre, à corriger, etc. J’ai même participé à certains passages pour relectures, Arf! Elle est du genre à adolescente avoir décidé de devenir juive, juste pour emmerder ses cathos de parents, (surtout Papa, of course!). Ça doit faire de bons bouquins ce genre d’expérience (elle est parisienne).

    Tu vas y arriver!

  3. Elle écrit , elle écrit mais c’est sans fin … elle perd le fil … recommence .
    Alors forcément elle est dépressive ! pire elle EST la dépression !

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