Bonne à rien

J’ai été élevée comme une princesse. On ne m’a pas appris à me débrouiller toute seule, on m’a mâché le travail. Quand je souhaitais quelque chose, je demandais et je l’obtenais. C’était simple, mon enfance. Depuis que je vis seule, sans homme à la maison, mon quotidien est beaucoup plus compliqué. J’aimerais balancer que je suis une femme forte et que je n’ai besoin de personne, mais ce serait parfaitement faux. Ne le dites à personne mais il m’est arrivé de pleurer parce que je n’arrivais pas à brancher la box fibre à ma télévision (de vraies larmes de rage).

Je ne sais pas monter des meubles IKEA, je ne sais pas raccorder une machine à laver, je ne sais pas comment fonctionne une chaudière, je ne sais même pas de quel côté tourner le robinet de mes chauffages en fonte ! Je ne sais rien faire, à part peut-être planter des clous pour accrocher les cadres, et encore… Je le fais mal. Quand il n’y a plus de wifi chez moi, je panique, je hurle aux chats qui ne comprennent rien que nous sommes foutus, que nous allons être condamnés à regarder la télévision comme dans les années 1990 (ils n’étaient pas nés mais peu importe). Je ne sais même pas faire une putain de valise. Je n’ai aucune logique, j’entasse les trucs d’un côté puis de l’autre et je referme en m’asseyant dessus comme dans les séries américaines. Quand quelque chose ne marche pas (un four, une télévision), j’en rachète plutôt que d’essayer de comprendre comment réparer, je suis une bénédiction pour l’économie de ce pays. Je sais faire la cuisine, réconcilier deux personnes fâchées, m’occuper des chats, lire des livres, faire semblant de m’intéresser aux enfants de mes amis, rassurer quelqu’un qui fait une crise d’angoisse, complimenter les gens sur leur physique, et je trouve que c’est déjà pas mal.

Fatiguée d’être bonne à rien, j’ai décidé de me faire assister moyennement argent (parce qu’il ne faut pas rêver, rien n’est gratuit). J’ai commencé par acheter une poussette pour chats pour éviter de me casser les bras en allant chez le véto avec deux chats obèses. Maintenant je peux en mettre trois dedans et je récolte des « Ooooh » et des « Aaaah » de la part des passants. Je les comprends, mes chats sont mignons (on dirait un parent qui balance ça alors que son enfant est moche). Pour ne rien arranger à ma situation, je n’ai pas de voiture, pire, en bonne connasse parisienne, je n’ai même pas le permis. Pour déménager c’est un peu compliqué. J’ai fait appel au site « Allovoisins » que je conseille vivement à toutes les faibles femmes de ce pays. Grâce au site, des voisins arrondissent leurs fins de mois et nous on peut se faire aider au quotidien pour toutes ces choses que notre père ne nous a pas apprises pour rester à nos yeux un véritable héros (je parle de mon père, tout à fait). Je ne sais plus qui m’a dit « Tu pourrais apprendre à être manuelle ». Bien sûr que non. Parce que ce n’est pas dans mes gênes et surtout parce que ça ne m’intéresse pas du tout de raccorder une machine à laver. Je préfère savoir analyser un poème de Leconte de Lisle. Et j’éprouve une grande satisfaction et une immense gratitude quand un homme raccorde ma machine à laver en moins de 30 secondes (et tant pis si ce n’est pas gratuit). Je crois que j’aime qu’on vienne me sauver. Et moi en échange je veux bien faire des lasagnes maison. Je ne vois pas où est le problème.

P.S : dans le doute je me suis demandée si je savais faire une lessive et j’ai bien fait de vérifier parce que depuis genre mille ans je mets deux fois trop de lessive. Comme quoi, il est bon de tout remettre en question, même nos « acquis ».

P.S2 : j’espère que le lecteur aura compris qu’en vrai je ne me trouve pas « bonne à rien » et que ce titre est censé être humoristique.

P.S3 : Si tu as Netflix, je t’en prie, regarde donc le spectacle de Ricky Gervais qui s’appelle Humanity. Merci.

P.S4 : J’ai trouvé une solution pour apprendre à faire ma valise avec cette vidéo géniale (méthode japonaise oh yeah!).

Publicités

5 réflexions sur “Bonne à rien

  1. Ah ah ah!
    Ben moi mon père (…) il m’a appris plein de trucs quand j’étais petite comme utiliser une machine à coudre (j’ai oublié mais ça devrait revenir), comment tenir un clou et un marteau, monter la lame d’une scie à métaux (ça m’a pas mal dépanné).
    Cette été, j’ai montré 3 bibliothèques Billy, la fameuse de chez IK… et pour raison de sécurité, faut les fixer au mur. J’ai pris mon courage à deux mains, emprunté la perceuse électrique de mon beau père, regardé plusieurs fois le mode d’emploi, regardé plusieurs fois les vidéo de démonstration sur YouTube, acheté sur les conseils du magasin de bricolage du coin les chevilles qui correspondent au mur et aux vis, tracé sur le mur les zones à percer et pris la perceuse en main.
    Là j’ai regretté de ne pas avoir mis un mot dans l’ascenseur pour m’excuser du bruit. Ça n’avait pas l’air d’être un mur porteur mais il était sacrément dur ce mur!!! Mes bras s’en souviennent encore et les vis ne sont pas complètement enfoncés dans les chevilles. Avec conduire une voiture, je sais maintenant que percer un mur fait partie de mes limites.

  2. Non mais des chats! Des chats obèses ! Ça doit être moche comme des enfants, Pouah! Je comprends que tu déprimes, tu as une vie très triste… Dans le Sud on dit « Bon à Rien et Mauvais à tout », mais c’est au masculin. Tu sais comment on considère les Filles dans le Sud Hein! Je ne voudrais pas trop positiver sur un billet pareil sans commentaires approuvés à cette heure… Vas en paix vas! Je suis un type et j’ai des angoisses existentielles devant une ampoule à changer… Je refuse les neuroleptiques, alors j’angoisse, mais tel un Guerrier des temps anciens je tente de changer l’ampoule, c’est souvent un échec. J’adore faire ma valise avec rien dedans et mes affaires de camping sauvage pour une semaine avec La Belle du moment. Mes histoires d’amour n’en finissent jamais…. Et on se lave à l’eau froide.

  3. Bonjour,
    En ce 21 mars, date symbolique du début du printemps, j’avais tapé « je n’aime pas le printemps », ce qui m’a fait aboutir sur votre blog. J’ai lu quelques billets avec plaisir et intérêt, en appréciant votre ton décalé, ironique et sensible à la fois.

    Et je n’aime pas le printemps, encore moins l’été, mais j’adore l’automne et j’aime bien les hivers pas trop rudes.

    Bien à vous,

    Jean (Bruxelles)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s