Gueule de bois

Je me réveille tardivement et mon charmant IPhone 7 m’annonce que Chris Cornell est mort. La gueule de bois sans avoir bu la veille en quelque sorte. Le lecteur lambda ne saura pas qui est Chris Cornell sauf s’il est fan de James Bond puisqu’il a composé la musique de Casino Royale, peut-être le lecteur se souviendra-t-il du titre « Black Hole Sun » de Soundgarden dont il était le chanteur (cette chanson est exceptionnelle, si vous voulez mon avis).

Pour tout adolescent qui a pleuré la mort de Kurt Cobain, Chris Cornell était lui aussi un « chevelu » qui faisait du grunge dans son groupe Soundgarden (puis Temple of the Dog puis Audioslave) , il était, surtout, un chanteur exceptionnel avec une voix grave et sensuelle comme aucune autre et aura permis à des milliers d’adolescentes, au passage, de s’adonner à la masturbation grâce aux posters à son effigie trouvés dans les pages du milieu de Hard Magazine.

Je ne vais pour ainsi dire jamais à des concerts et je ne suis jamais allée à un festival. Je suis très mal à l’aise dans la foule, ça peut me créer de violentes angoisses. Mais quand j’ai vu il y a quelques années que Chris Cornell jouait pour la première fois son répertoire en acoustique au Trianon (places assises, idéale pour la phobique que je suis), j’ai pris mon billet et j’y suis allée seule.

Ce fut le plus beau concert de ma vie. En acoustique on ne peut pas tricher et je n’ai pas pu m’empêcher de verser des larmes le plus discrètement possible sur certaines chansons. Il faut dire que comme beaucoup de rockers, Chris Cornell savait écrire de belles chansons d’amour qui te foutent le moral à zéro tant il savait résumer à merveille ce que toi tu as vécu… A la fin du concert il nous avait présenté sa petite famille, ses enfants et sa femme, parce que ses enfants trépignaient de récupérer leur star de père et qu’il avait fini par leur dire, « mais venez ! », les petits timides avaient dit « Bonjour » à la salle puis sa femme avait suivi. Ils faisaient très « famille parfaite », non seulement ils étaient tous beaux mais en plus ils avaient l’air authentiquement heureux.  Et Chris avait signé un autographe à tout le monde avec un petit mot gentil et je crois bien que je lui avais dit un truc super nul genre « We love you » les yeux pleins d’étoiles. Parce que oui, toute la salle l’aimait et c’était l’un de ses « moments Bisounours » où des milliers d’êtres humains sont en communion (c’est quand même plus puissant que lors d’un meeting politique ou pire, un rassemblement religieux).

A chaque fois qu’un artiste qui compte beaucoup pour moi disparait, je pense à ma propre disparition. Ou plutôt au temps qui passe et au fait que même si je ne m’en rends pas physiquement compte, je suis en train de vieillir. Même si je ne suis pas « vieille », techniquement on est toujours le vieux de quelqu’un. Quand j’avais 18 ans, je pensais qu’un homme de 27 ans était vieux. Par rapport à moi, forcément. Mais quand on parlait de quelqu’un de 45 ans, là, il était vraiment vieux (au-delà de 45 ans il n’y avait rien, tout simplement). Aujourd’hui, je suis toujours étonnée de constater que j’ai réussi à rester vivante après mes 27 ans. Je pensais sincèrement que je mourrais avant 30 ans et honnêtement j’ai tout fait pour : j’ai beaucoup bu, j’ai pris de la drogue, j’ai traîné avec n’importe qui, j’ai « pris des risques », j’ai été déprimée, j’ai pris des médicaments, j’ai failli mourir dix fois, en voiture, à l’étranger, en bas de chez moi, chez moi. Mes parents n’en savent rien, les pauvres… Et c’est un miracle si tous ces excès ne se voient pas (encore) sur mon visage. Je peux remercier mes bons gênes, merci papa, merci maman.

Hier soir, ma mère m’appelle et me raconte une anecdote. Mon beau-père lui demande si elle a lu le journal local et bien sûr, c’est le cas, elle le lit tous les jours. Il insiste « Est-ce-que tu n’as rien remarqué ? », ma mère feuillette le journal et ne trouve pas alors mon beau-père lui montre la page où il faut repérer quelque chose d’inhabituel. Mais ma mère ne trouve toujours pas et ne comprend pas. Et mon beau-père exaspéré lui hurle gentiment « Mais enfin regarde il y a une photo de ta sœur ! ». Effectivement, ma tante avait répondu à un micro-trottoir et donnait son avis sur je ne sais quoi et il y avait sa photo. Ma mère et ma tante sont fâchées depuis des années, tout comme je le suis avec mes cousines. Et ma mère me jure « Mais je ne l’ai pas reconnue ! Je ne reconnais pas ma sœur dans ce visage ! ». Intriguée, je lui demande de prendre une photo du journal et de me l’envoyer que je puisse me faire une idée. Et là, j’ai un choc. J’essaie de retrouver ma tante, cette superbe blonde qui faisait fureur sur la Côte d’Azur où elle a passé une grande partie de sa vie, j’entends encore les hommes la siffler à Saint-Tropez, c’est vrai qu’elle était si belle… Alors que toute sa vie, tout le monde lui a toujours donné au minimum 10 ans de moins, sur la photo, elle fait (enfin) son âge (63 ans). Sur la photo on ne voit que son visage aujourd’hui ridé qui est comme bouffi, c’est fou comme prendre du poids peut tout à fait modifier le visage : on ne dirait plus ma tante ! Je dois dire que ça m’a effrayée…. Et ma mère me dit en ricanant « Je suis en train de manger un gâteau mais je crois que je vais arrêter parce que cette photo me coupe l’appétit ». Oui parce que la véritable connasse parisienne, ce n’est pas moi, c’est ma mère ! (Maman si tu me lis, je t’aime !)

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6 réflexions sur “Gueule de bois

  1. Et sinon, pareil, quand j’avais 15 ans, je ne pensais pas atteindre la trentaine. Pour moi, Marilyn Monroe et Jame Dean étaient morts dans la fleur de l’âge et la vie ne valait pas la peine d’être vécue après 30 ans.
    Maintenant, je suis toujours étonnée de voir que malgré le temps qui passe, je suis toujours plus ou moins la même. Ou en tout cas, ma personnalité a fini par se stabiliser autour de la trentaine( meilleure période de ma vie, soit dit en passant) et maintenant que la quarantaine traîtresse arrive, je ne vois pas trop la différence avec il y a 10 ans.
    Peut-être que je devrais m’en inquiéter…

    • Oui c’est exactement ça, on est toujours la même ! Mon père me dit souvent que ce qu’il y a d’affreux dans le fait de vieillir c’est que les gens te jugent par rapport à ton physique et à ton âge alors que toi tu te sens jeune et tu ne comprends pas pourquoi on te traite différemment. Et je le crois sur parole, quand il arrive qu’on me dise « Madame », je me demande toujours à qui on parle, je sais bien que c’est une formule de politesse mais je ne ressemble pas à une Madame…
      J’arrive à la fin de ma trentaine et clairement ce fut la meilleure dizaine de ma vie, je ne me suis jamais sentie aussi bien dans ma peau et aussi en accord. J’espère que la prochaine dizaine sera tout aussi fabuleuse mais je m’y prépare 🙂

    • Eh oui c’est une métaphore de la vie, non ? On finit toujours par remonter, notamment grâce à l’humour. Ma mère est très forte pour remonter le moral je dois dire, elle me dit toujours « Je ne comprends pas ce qu’on peut bien dire à un psy, ça me dépasse » haha

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