I love L.A

Quand on adore New York, il est impossible d’aimer Los Angeles. Les deux villes n’ont strictement rien à voir, si New York est cette vieille âme, intellectuelle, cultivée, presque européenne, L.A est trop grande, trop impersonnelle, trop jeune, remplie de provinciaux qui rêvent d’Hollywood. New York est pressée et un peu hautaine, L.A est décontractée et joyeuse. En fait New York c’est Barbie et L.A c’est sa petite sœur Skipper.

La plupart des gens ne visitent pas Los Angeles parce que c’est trop grand, on ne sait pas par quoi commencer. Et puis c’est souvent un point de départ pour un road trip, c’est une ville où les touristes ne restent pas vraiment, ils y passent, c’est tout. C’est une belle erreur ! Los Angeles c’est un peu une métaphore des Etats-Unis : c’est une multitude de villes différentes à l’intérieur de la ville, c’est les randonnées dans la vallée, c’est le shopping à Beverly Hills, c’est les studios de cinéma à Hollywood, c’est les journées à la plage de Venice, c’est toutes ces communautés qui ont leur quartier propre et qui ne se mélangent pas, il y a des arméniens par-ci, des coréens par-là, des mexicains bien sûr, des chinois… au total plus de 140 nationalités et 224 langues (merci Wikipedia !).

Le meilleur moyen de commencer à comprendre cette gigantesque ville c’est de poser ses valises dans des quartiers différents et de se promener à pied. Ce qui semble une hérésie pour un autochtone puisqu’ils ne sortent que rarement de leur quartier et qu’ils se déplacent tous en voiture, même pour un trajet de moins de cinq minutes. Le premier choc quand on se promène à pied c’est la pauvreté, c’est toutes ces tentes installées sur les trottoirs, à la base il y avait un quartier du nom de Skid Row dans Downtown LA qui regroupait ces laissés-pour-compte ; aujourd’hui ils sont partout, tels des zombies, ils avancent la bave au coin des lèvres, font des gestes désarticulés et parlent dans un langage abscons. S’ils sont tous ici c’est parce que Los Angeles c’est 320 jours d’ensoleillement par an, comme me le disait un chauffeur de VTC, « A Chicago, les sans-abris meurent de froid, chose impossible ici ».

A Los Angeles, on me parle très facilement, le fameux small talk que je déteste à Paris. Quand je fais du shopping, il n’est pas rare qu’une femme me demande ce que je pense de son futur achat, on parle de mode, de style, de la vie, puis je finis par dire que je viens de Paris et là ce n’est que shebam pow blop wiiiiz ! Les californiens ont des plages sublimes, les oiseaux qui chantent si fort qu’on se croirait dans Blanche Neige et les sept nains, les palmiers aussi hauts que la tour Montparnasse, les couchers de soleil qui te mettent la larme à l’œil, les plus belles blondes et la meilleure bouffe vegan mais ils s’extasient sur Paris. La ville de l’amour, city of luuuuuv. On n’est jamais satisfaits de ce qu’on a, c’est le propre de l’être humain favorisé. A Los Angeles, d’autres femmes me complimentent sur mes cheveux, mes chaussures, mon sac à main, ma jupe et j’en passe alors qu’à Paris jamais une femme ne me fera un compliment. Parce que la parisienne regarde avec envie ton sac à main mais elle préfèrera crever que de te demander d’où il vient. La californienne, elle s’est branle de tout ça.  Parce qu’elle est fabuleuse, alors n’a pas le temps de t’envier. Et ça, c’est rafraichissant. L’espace d’une discussion de 10 minutes, tu auras eu une meilleure amie californienne. C’est finalement tout ce que je demande en vacances.

A Los Angeles, je suis quelqu’un d’autre. Je mets ma connasse parisienne en mode off et je vois ce qui se passe. Je deviens un peu californienne :  j’aime vivre à moitié nue et porter du blanc, je secoue mes beach hair sur la plage, j’aime bronzer alors que partout ailleurs je fuis le soleil par tous les moyens, ma voix n’a pas la même intonation, elle est plus aigüe et j’ajoute volontiers des « awesome » à toutes mes phrases, je ne trempe que mes pieds dans l’eau parce que je ne suis pas là pour ça, je suis là pour profiter des joies du sable et de la plage immense qui s’étend tout autour de moi. Surtout, surtout…je marche les pieds nus dans le sable chaud et cette sensation me remplit de joie à tel point que je me mets à sourire. Là-bas je suis une personne souriante, je passe mon temps à sourire bêtement, et c’est peut-être pour ça que tout le monde me parle. Bon, par contre, la californienne ne mange pas de donuts sur la plage, moi oui. Et la californienne fait du yoga, moi pas encore (mais ça viendra).

A Los Angeles, je marche énormément parce que les rues sont grandes et qu’il n’y a pas un chat, je me sens toute petite et surtout je me sens LIBRE. Libre de faire des pas de danse en pleine rue, de chanter si le cœur m’en dit, de parler à haute voix à mon ami imaginaire. Je le répète ici mais rien ne remplace le bonheur intense que procure le voyage seul. Rien. Arrêtez d’avoir peur d’être seul, on naît seul et on meurt seul. Alors autant aimer être avec soi, non ?

Armée de mon GPS, je marche le nez au vent et souvent… je me perds. A la sortie d’un déjeuner un peu copieux, j’ai pensé que ce serait amusant de rejoindre le lac d’Echo Park à pied. Je rêve de voir ce lieu depuis une éternité, Echo Park Lake c’est simplement un grand lac avec des oiseaux, des canards et des badauds qui se promènent en famille, des amis qui refont le monde sur les pelouses, c’était exactement comme dans mes rêves. Derrière le lac, au loin les palmiers puis les buildings. J’adore.

Pour rejoindre ce lac j’ai monté et descendu des rues sous un soleil agressif (26 degrés seulement mais les degrés ne se ressentent pas pareil à L.A), j’ai essayé de trouver la suite d’une rue qui n’existait que sur mon plan, j’ai monté des escaliers, j’ai sué dans une jupe crayon trop moulante pour faire de grands pas avec (parce que chez moi le style prime toujours sur le confort), à un moment j’avais si chaud et j’avais si soif et je transpirais tant et j’étais si perdue que j’ai failli me mettre à pleurer puis je me suis mise à rire à l’idée de pleurer alors que je suis au paradis (oui, je suis folle). Puis je me suis retrouvée dans un parc rempli de chicanos en famille en train de faire des grillades avec mon t-shirt « Veganism is for lovers » en guise de provocation, là, une femme, voyant que j’étais perdue, s’est mise à me parler en espagnol sauf que non seulement je ne parle pas espagnol mais en plus je déteste cette langue que je trouve laide au possible, j’ai fui poliment. J’ai marché pendant près de 2 heures, c’est un peu comme si j’avais fait une randonnée mais…avec une tenue de ville et des sandales quoi. Quand je suis rentrée à l’hôtel, j’avais la marque de mes lunettes de soleil sur le visage. Fancy.

Et l’architecture. Parce que L.A c’est un peu la ville de Frank Gehry mais pas seulement, c’est aussi Frank Lloyd Wright et sa sublime Hollyhock House, j’aurais aimé prendre des photos de l’intérieur mais c’est interdit. Et l’extérieur c’est un parc qui offre une très belle vue sur les collines d’Hollywood. Comme j’aime parler d’architecture ou d’art ou de ce que vous voulez avec les bénévoles qui ont toujours des anecdotes savoureuses sur un artiste, un projet, une œuvre !

Los Angeles c’est les courses chez Wholefoods qui coutent un bras, le trajet en métro si agréable et si économique pour rejoindre la plage de Santa Monica, la Norton House un peu folle de Frank Gehry à Venice (voir photo), c’est l’amour des palmiers, toujours plus hauts, toujours plus beaux (pourquoi les palmiers à Nice ils font pitié et à Los Angeles non. Pourquoi ?), les couchers de soleil comme un rituel, comme un spectacle chaque soir, le street art omniprésent, comme une galerie à ciel ouvert, le Café Gratitude et la question du jour « What makes you smile? », je veux bien croire au concept de gratitude mais enfin quand une serveuse me demande ce qui me fait sourire aujourd’hui ma connasse parisienne refait surface et j’ai envie de lui dire « Bitch c’mon like you REALLY wanna know what makes me smile, you really do? Do you? Bitch ». C’est à ce moment que j’ai compris qu’il fallait que je rentre à Paris…

Je pourrais écrire encore 5000 mots sur Los Angeles, parce qu’en fait le problème c’est que j’aime New York mais j’aime aussi Los Angeles, le problème c’est que je connais la moitié des états américains et que pas un seul ne m’a déplu, le problème, c’est que malgré Trump, j’adore les Etats-Unis. Je ne veux pas vivre aux Etats-Unis parce qu’y vivre voudrait dire y travailler, et on le sait, je suis une vraie glandue, c’est donc inenvisageable. En revanche, il faut que je puisse mettre un pied sur le sol américain au moins quatre fois par an. Je pose ce souhait ici comme un appel à l’univers, wait & see!

P.S : j’ai eu l’occasion de regarder le fameux La La Land dans l’avion et très honnêtement je n’ai tenu que la moitié du film. Je ne dois définitivement pas être assez neuneu pour ce genre de film. (Aparté : c’est comme Dirty Dancing que je déteste de toute mon âme, j’ai prévu de défoncer le film dans un prochain billet). Comme par hasard il est odieux avec elle mais ils finissent par tomber amoureux. Tellement original. Soupirs.

 

 

 

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15 réflexions sur “I love L.A

  1. C’est drôle comme certaines villes peuvent influencer notre caractère. Je reviens moi-même d’un voyage et à peine arrivée à Paris, mon côté sarcastique s’est remis en mode ON sans même que je m’en rende compte !

  2. Ça donne envie d’aller faire un tour à L.A ! Je n’ai jamais mis le pied sur le sol Américain, mais pourquoi pas commencer pas là.. J’ai passé un an à Paris, et effectivement, j’ai très vite commencé à m’énerver contre les touristes LENTS dans le métro…
    Super article, merci ! 🙂

  3. En bonne banlieusarde, les yeux tournés vers le périphérique, j’ai toujours rêvé de vivre à Paris, rêve exaucé il y a quelques années.
    La vie m’a amenée sous d’autres latitudes, plus clémentes.
    Et à chaque retour dans la ville fantasmée, je vois maintenant, avec d’autres yeux, des gens râleurs, peu polis, voire particulièrement muffles.
    J’ai du mal à croire que j’étais comme ça!

    Sinon, bravo pour ton article, ça me donnerait ( presque) envie d’aller visiter Los Angeles et d’y aller seule, aussi. Surtout les photos ( qui m’ont beaucoup fait penser à Miami aussi)

    • Comme je le dis toujours, Paris n’est pas une ville pour tout le monde (comme beaucoup de grandes villes). J’y suis née et j’y vis, je n’ai jamais eu à fantasmer dessus, par contre je me trouve très chanceuse d’y vivre ! Pour moi, Paris reste la plus belle ville du monde.

      J’adore New York et j’ai fantasmé à l’idée d’y vivre et j’ai vite compris que ce que j’aime c’est : être une touriste là-bas, surtout pas y travailler 50 heures par semaine…

      Après, à titre personnel, je n’ai pas du tout le sentiment d’être impolie, au contraire, je suis la première à aider les touristes perdus (et à redorer l’image des parisiens en même temps !). Les parisiens qui vivent et travaillent à Paris (en gros, qui ne se tapent pas les transports) sont moins blasés que les autres je trouve (puisque privilégiés), mais tout aussi râleurs, mais ça c’est français, non ?

      Je ne connais pas encore Miami mais à ce qu’on m’a dit c’est beaucoup plus bétonné… J’irai quand même faire un tour, histoire de vérifier par moi-même 🙂

      Merci pour ton commentaire 🙂

      • J’ai envie d’ajouter que parfois une ville peut constituer une étape dans une vie.
        Paris aura toujours une place particulière dans mon coeur, mais c’est une ville où je suis bien seule.
        Je te rejoins pour New York; y déambuler, oui, mais le stress au quotidien, non merci.
        Et oui, râler est un art tout français, je te l’accorde (auquel j’excellais quand j’étais francilienne)

  4. Encore une fois un article bien sympa et qui résonne encore plus sachant que dans une semaine pile poil je serai dans l’avion espérant voir LA La Land que je n’ai pas encore vu afin de pouvoir m’en faire un avis. Je trépigne d’impatience de voir de mes yeux vu ces couchers de soleil, manger des doubles boules de glace empilées les unes sur les autres, faire du roller sur Venice, me faire sauver par David Hasselof en bien plus beau et moins camé et surtout revenir avec un paquet de jolies photos aussi cool que les tiennes!!!

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