Raconter sa vie

C’est souvent comme ça. Je lis tous les jours pendant des mois puis galvanisée par mes formidables lectures viens le moment où j’achète frénétiquement de nouveaux livres (sans doute la peur de manquer). J’accumule des tonnes de livres, j’en commence certains, je ne vais jamais au bout de ma lecture parce que je suis ailleurs, dans ma tête, perdue dans un épais brouillard qui m’empêche de me concentrer sur les lignes qui s’affichent devant moi. Comme si j’avais fait une overdose de lecture et qu’en quelque sorte mon cerveau régulait tout seul mes besoins en littérature.

Il y a quelques jours, dans le Monde je crois, je tombe sur une interview d’un dénommé Edouard Louis dont je n’ai jamais entendu parlé. Il vient de publier son deuxième roman, Histoire de la violence, et cette interview me donne immédiatement envie de lire tout ce qu’il a écrit (et de devenir son amie).

Édouard Louis, il raconte sa vie. Comme Annie Ernaux, avec autant de talent et de justesse (j’adore Annie Ernaux). Lui aussi il vient d’un milieu défavorisé, lui aussi se sent en décalage par rapport à ce milieu, en plus il est pédé, ce qui n’arrange rien. Il vaut mieux être riche et pédé que pauvre et pédé. Ce roman s’appelle En finir avec Eddy Bellegueule, parce qu’Eddy Bellegueule c’est son vrai patronyme, ce qui est en soi incroyable tellement on dirait un pseudo, tellement ça semble impossible de s’appeler comme ça, et que je comprends si bien qu’il ait choisi de se faire appeler Édouard Louis, il n’y a pas plus banal que Édouard Louis, il aurait pu choisir Christian Bertrand, c’était pareil, banal. Avec la petite touche surannée qui fait bien. Ou comment se racheter un milieu social. Passe-partout, ne pas faire de vagues.

Lorsque j’étais petite, j’avais une amie qui s’appelait Mélissa (parce que sa mère était fan de la Petite Maison dans la Prairie et que son actrice principale s’appelle Mélissa). Elle était externe comme moi alors nous rentrions ensemble le midi. J’étais externe parce qu’à la cantine il y avait de la viande et je ne mangeais (déjà) pas de viande. Si Mélissa rentrait le midi c’était parce que ses parents ne pouvaient pas payer la cantine mais aussi pour faire cuire son steak à son beau-père. Elle n’avait que dix ans et rentrait préparer le déjeuner de son beau-père pendant que sa mère accumulait les heures en intérim en espérant un jour trouver un emploi stable. Apparemment son beau-père ne savait pas se faire cuire un steak, il fallait faire la bonniche pour lui. Je me suis demandée toute mon enfance si elle servait de jouet sexuel à son beau-père qui était un obsédé notoire mais en fait je ne pense pas parce que Mélissa était grosse et le beau-père n’aimait pas les grosses, il ne cessait de le dire, on avait bien compris.

Je me souviens que le père de Mélissa s’était remarié et avait fait un troisième enfant à sa nouvelle femme « pour toucher les allocs ». Je ne savais même pas ce que ça voulait dire à l’époque mais je sentais que c’était subversif. Un jour, Mélissa m’a invitée chez ses grands-parents (Tu verras, leur maison est gigantesque) en Normandie, vers Fécamp je crois, au fin fond d’un bled paumé. Je ne comprenais pas ce que disaient les grands-parents, ils avaient un fort accent et les mots n’étaient pas les mêmes qu’en français. La maison était humide et la literie semblait avoir 150 ans, les lits grinçaient, cette nuit-là, on avait encore entendu ses parents baiser (le beau-père demandait « T’aimes ça salope » sans vraiment demander puisqu’elle ne répondait que par des cris qu’elle essayait d’étouffer dans un oreiller). A table, j’avais vécu un cauchemar puisqu’ils avaient servi de la viande de lapin pour me montrer qu’ils me recevaient bien et j’avais dû me forcer à en manger un petit peu, rien que d’y repenser, j’en frissonne d’horreur. Je ne sais plus pourquoi mais sa grand-mère m’avait touché les seins, ma poitrine naissante dont j’avais honte, elle avait fait une remarque sur le fait que je devenais une femme et avait touché mes seins en toute décontraction et j’avais eu l’impression d’un viol. Toute la table avait ri, même Mélissa. J’avais été profondément blessée et ce jour-là j’avais compris que si ma famille n’était pas riche, nous n’étions clairement pas du même milieu.

J’ai vécu la même chose quand j’ai rencontré mon premier amour, Pierre. Il était picard, comme Édouard Louis. Ses parents m’acceptaient tant bien que mal sous leur toît le week-end, dans leur grande maison humide et mal insonorisée qui tombait en ruine faute d’argent pour la rénover. Lorsque je rentrais à Paris le dimanche soir, je sentais le moisi, je ne comprenais pas comment cette odeur pouvait persister à ce point. Une fois le père m’avait demandé si je savais comment on appelait les habitants du Cap Vert et j’avais répondu « Bien sûr, les Cap-verdiens, pour quelle raison ? » et il m’avait soutenu pendant de longues minutes que, non, on les appelait les Cap-vernais, jusqu’à ce que le Monsieur qui présentait Thalassa (on dînait devant la télé, une première pour moi) dise « Les Cap-verdiens bla bla » et que le père fasse la gueule pendant les 48h restantes. Il s’était fait humilier par une femme devant sa propre femme, rien de pire n’aurait pu lui arriver. Lorsqu’il m’arrivait de faire pipi chez eux la nuit, j’étais toujours dégoûtée de constater qu’il y avait déjà du pipi au fond de la cuvette, du pipi jaune foncé presque orange que la personne avant moi avait oublié de faire disparaitre en tirant la chasse d’eau. En plus, ils avaient ce papier toilette rose foncé trop fin qui n’essuie rien et qui gratte. Un jour, Pierre m’a engueulée. Il ne fallait pas que je tire la chasse la nuit : l’eau, ça coûte cher. Je ne me suis jamais sentie aussi parisienne que pendant mes cinq ans de relation avec ce type. Qui a moins de trente ans était père de deux enfants : Hélios et Saskia (orthographe inconnue). Tout est dit.

On a reproché à Édouard Louis d’avoir du mépris pour sa classe sociale. Il est de bon ton d’être bourgeois et de cracher sur la bourgeoisie. Mais forcément quand on parle de pauvreté de manière crue, c’est interdit, ça fait mauvais genre. On doit les aimer les pauvres. C’est la moindre des choses !

Finalement ce qui créé l’ambition, c’est peut-être le manque d’amour dont parle Édouard Louis, dont parlent beaucoup d’écrivains, d’artistes, de créateurs. La première phrase (sublime) de son premier roman c’est « De mon enfance je n’ai aucun souvenir heureux ». Je ne serai jamais un grand écrivain, j’ai eu une enfance heureuse, des parents qui m’aiment, je n’ai jamais manqué de rien, on a toujours cru en moi (encore aujourd’hui alors que je suis devenue glandeuse professionnelle). Mon enfance est une succession de souvenirs heureux, des souvenirs si heureux que c’en est indécent, je le sais, je le vois dans le regard de mes amis qui disent tous « Non mais toi tes parents…t’as vraiment de la chance ! ». L’évènement le plus dramatique de mon enfance c’est ce jour où ma mère et mon père se sont disputés et où ma mère a décidé que nous irions dormir à l’hôtel en face de chez nous, moi et mon petit-frère. Elle a passé la soirée au téléphone avec ma grand-mère qui lui conseillait de sagement rentrer plutôt que de se croire dans une pièce de théâtre. Je crois que ma mère rêvait depuis longtemps de faire une crise, de claquer une porte, de se rebeller alors que mon père lui a toujours permis d’être libre. Le sujet de la dispute ? Ma mère voulait regarder le foot à la télé, mon père ne voulait rien regarder parce qu’il était fatigué. Pas romanesque…

Mais revenons à Édouard Louis et son second roman Histoire de la violence, dont les trois premières pages m’ont donné la nausée, j’étais au bord des larmes, le reste du roman est si puissant, cette histoire est singulière et en même temps tellement universelle, on prend un coup de poing dans la gueule mais un coup de poing qui fait du bien parce qu’il réveille, parce qu’on se pose mille questions, pourquoi la violence, faut-il ou non porter plainte, pourquoi la peur nous paralyse-t-elle, pourquoi ça nous arrive alors que ça n’arrive pas aux autres, toutes ces questions parfois (souvent) sans réponse.

Il y a Annie Ernaux, désormais il y a aussi Édouard Louis. J’ai déjà hâte de lire le roman qui parlera de son arrivée à Paris. Quand je pense que je ne sais plus quel abruti me disait il n’y a pas si longtemps « Mais arrête avec Paris, plus personne ne rêve de vivre à Paris en 2016 ! ». Plus personne, vraiment ?

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12 réflexions sur “Raconter sa vie

  1. Fantastique ! Je suis touché par ton récit d’autant que l’entretien d’Edouard Louis dans Le Monde m’a semble-t’il fait le même effet qu’à toi. Son entretien a résonné en moi de manière inattendue. Il me hante depuis plusieurs jours. J’ai moi aussi hâte de tout lire de lui. Et de te lire ce matin me touche une fois de plus. Surprenant …

    • Je regrette presque d’avoir déjà lu ses deux romans, heureusement il me reste son essai sur Bourdieu.

      Je suis heureuse de lire que toi aussi tu as lu cet entretien dans le Monde, j’ai le sentiment d’une telle sincérité, c’est rare de nos jours je crois. Tu ne seras pas déçu par ses deux romans !

  2. Heu……., Lorsque l’on reste déjeuner à la cantine de l’établissement on est demi-pensionnaire, lorsque l’on reste dormir dans l’établissement on est pensionnaire…… Si l’on ne dort ni ne mange, on est alors externe…….,

    Les lapins c’est adorable dans les clapiers, je suppose que tu n’as jamais su comment il convient de les préparer a la cuisson…… Ou autrement dit les opérations entre le clapier et la table……

    Ce que tu racontes de Melissa fait frissonner à propos de ce que beaucoup de parents font subir aux enfants et adolescents…….. Les maisons qui sentent le moisi c’est souvent par manque d’hygiène de la part de gens qui aèrent mal leur habitat…… Et aussi leur tête, propre aux gens qui mangent en famille devant des programmes de télévision (c’est du mépris….)

      • J’ai adoré ce passage de ton texte/Mélissa, même si c’est profondément horrible et révoltant, cette histoire de ta coupine d’externat (Arf!)… Oui, sortir, s’extraire de sa condition, sacrés cheminements…… Je suis issu d’un milieu paysan, bien doté cela dit pour la partie paternelle, côté maternel, c’était plutôt Cosette, terre battue dans le séjour, la cuisine, les parties privées, etc. (cela ne sentait jamais le moisi, la maison étant au milieu d’un marécage -la Mare au Diable!; c’est là: https://goo.gl/photos/ZtVL9PvVbdr4Wcpy8 et là…..https://goo.gl/photos/PNhGSsTaydfSPyLD8 , https://goo.gl/photos/ajGfUcdKr6ugMeDLA). Bref, au moment de leur rencontre, mes parents, dans leurs 19 ans respectifs, décident de changer de condition, se forment, etc. 5 gosses plus tard, la maison construite, les bagnoles, toussa, le changement en cours, la mère est attaquée par le crabe, tumeur au cerveau, etc. dans ses 50 ans, au moment où mon père a refusé une promotion qui aurait signé un vrai changement radical de condition……. On cogite souvent autour de ce fait avec mes frangines…. (en deux ans, le crabe en a déjà emporté deux…..) On se pose des questions, du coup! Ha Ha Ha! mais voilà, changer de conditions, ça tire sur les ressources, ça oui!

      • Je devrais écrire sur Mélissa, j’ai déjà parlé d’elle dans un texte qui s’appelle Mère Teresa (ou un truc du genre, je ne me souviens plus). Son enfance de merde me semble si romanesque depuis si longtemps, pourtant elle avait honte quand on était petites. En tout cas elle s’en est sortie, elle s’est mariée en Crète (elle avait l’impression d’être une bourgeoise de se marier ainsi à l’étranger), aujourd’hui elle a deux enfants (c’était ça son rêve ultime), est propriétaire d’une maison à Truc-sur-Marne, bon, par contre, son mari préfère les hommes mais rien n’est jamais parfait j’imagine ?

  3. Quand il a sorti son premier roman en 2013 c’est vrai qu’il s’est pris de plein fouet la critique presque unanime dans la gueule sur le mode « Mais pour qui il se prend ce pédé? ». Sa trajectoire ne pouvait être que louche et on s’est mis à démonter son bouquin en y cherchant le bidonnage. Comme si l’autobiographie ou l’autofiction ce n’était pas LE mensonge en littérature et qu’on était en train de le découvrir. Et puis bien sûr on lui a balancé Bourdieu et la reproduction sociale cent fois ressucée alors que ce qu’il a vécu et sorti de Bourdieu est beaucoup plus intéressant puisque c’est le fait que les relations sociales sont faites de violence et que cette violence passe par le discours. Et là le petit pédé prolétaire il en connaissait un rayon sur le sujet. J’irais peut-être pas jusqu’à dire que ça vaut Ernaux par contre ils ont un vrai point commun c’est ce sentiment de ne plus être à leur place maintenant et d’avoir quelque part trahi les leurs et ces humiliations qu’ils ont du avaler avant d’intégrer le milieu universitaire.

    • Quand on est jeune, qu’on publie un premier roman sans avoir été pistonné par je-ne-sais-qui mais simplement après l’avoir envoyé par la Poste, oui, on suscite la jalousie ! (ils ne peuvent même pas dire « Ce qu’il écrit mal » ou « Aucun style ! »).

      Bien sur que si que ça « vaut » Ernaux (hyper violent comme façon de le dire par ailleurs). Edouard Louis n’a écrit que deux romans, il n’en est qu’au début d’une longue carrière d’écrivain, il n’a pas fini de nous surprendre, j’en suis certaine. Ce qu’il apporte, en dehors de nous raconter la même chose qu’Ernaux, c’est-à-dire sortir d’un milieu défavorisé et accéder à ses rêves (il s’agit quand même de ça et c’est pour ça aussi que c’est fascinant), ce qui est intéressant dès son premier roman c’est sa bataille intérieure pour ne plus être pédé. Grâce à ce témoignage, peut-être que certains parents comprendront enfin qu’on n’est pas efféminé pour emmerder ses parents, qu’on ne préfère pas les hommes pour se rebeller ou je ne sais quoi. Grâce à Edouard Louis, peut-être que des fils offriront ce roman à leur père pour faire leur coming out ? Il y a encore des tas de personnes qui pensent qu’on devient homosexuel, ce roman permet de comprendre qu’on nait homosexuel, qu’on ne le choisit pas.

      Je pense que toute personne qui accède à un milieu social plus élevé a le sentiment de trahir les siens (je peux en témoigner), ce n’est pas le propre des écrivains, et bien sûr que pour accéder à la marche au-dessus on subit des humiliations, sinon ce serait trop facile !

      • Évidemment qu’il a du talent et que c’est des bouquins criants de vérité sur l’homophobie. Mais plus que sortir d’un milieu défavorisé pour accéder à ses rêves, il n’avait surtout pas le choix tellement ce milieu l’a rejeté avec violence. C’était presque une question de survie pour lui pas d’ascension sociale! Et je pense vraiment que l’objet de ces livres c’est la violence, y compris celles faites aux femmes. Et c’est pour ça qu’il a subi un tel fact checking avec des « oh quand même ce n’était pas à ce point là, il exagère sûrement! ». Il dit même dans ses entretiens qu’il a trouvé un refuge contre cette violence au sein de la bourgeoisie même s’il n’était pas dupe de son hypocrisie et de sa complaisance. Et puis il y a l’amitié dans ses livres, elle est rare et très sélective mais là aussi elle fonctionne comme un ressort de survie. Alors bien sûr il y a le sentiment de trahison inhérent à toute ascension sauf que chez lui plus qu’une ascension c’est une vraie raclée qui le met dehors et ça change beaucoup de choses, jusqu’au fait qu’on lui reproche de le raconter…

      • On a toujours le choix ! Après, oui, c’était une question de survie mais combien se suicident à sa place dans de telles circonstances ? Edouard Louis est à mon sens un survivant. Je n’ai jamais parlé d’ascension sociale ou ce n’est pas ce que je voulais dire, ce que je voulais dire c’est qu’il sent qu’il n’est pas à sa place dès le départ et qu’il rêvait simplement d’être accepté tel qu’il est ailleurs, hors de son milieu, sa région etc Le rêve c’est être soi, être aimé, pas changer de milieu social à la base.

        Tout milieu social est violent quand on se sent mal dedans, il y a énormément de violence dans la bourgeoisie, évidemment. Après on trouve sa place où on peut (parfois : nulle part, ou sur la route).

        C’est justement ce que j’aime, le fait qu’il raconte les crachats et la violence, même si ce n’est pas politiquement correct, c’est nécessaire, c’est en cela qu’à mon sens c’est plus qu’un auteur « effet-de-mode », c’est un auteur tout aussi important qu’Annie Ernaux 🙂

  4. « Je ne serai jamais un grand écrivain, j’ai eu une enfance heureuse, des parents qui m’aiment, je n’ai jamais manqué de rien, on a toujours cru en moi (encore aujourd’hui alors que je suis devenue glandeuse professionnelle) »

    Proust ne semblait pas avoir été si malheureux enfant – et pourtant la vision des gens dans son oeuvre est très noire.Le grand drame qui ouvre son livre c’est quand même une question de lecture du soir par sa mère. Mais bon, on en sait rien, pour la douleur des gens. Où se cache le malheur après, c’est toujours délicat. Ça peut rentrer par un trou de serrure, un espace de quelques secondes que personne ne remarque. C’est peut-être même pas dans des trucs vécus, Il y a des gens qui sont victimes de drames horribles et qui arrivent à être heureux, et d’autres, on dirait que juste respirer les brisent.

    Tout ça pour dire que, même si je pense pas que ton commentaire doit être pris complètement au sérieux (je me permets le tutoiement sur un blog, c’est assez léger et le ton n’est pas polémique…), pour répondre sérieusement quand même, je ne suis pas sûr qu’une enfance malheureuse soit nécessaire. La sensibilité et comment on vit les choses me parait plus important. Mais ça ne sera sans doute pas les mêmes oeuvres et les mêmes sujets selon les vécus…

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