XVIII

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Quand j’étais ado je passais beaucoup de temps dans le 18ème, c’était là qu’il y avait la Loco, boîte dans laquelle je passais mes vendredi ou samedi (quand on me laissait entrer) à écouter the Cure habillée en gotho-pouffe. Si vous ne voyez pas à quoi ressemble une gotho-pouffe, en gros c’est une fille qui se la joue dark mais qui, contrairement aux vampires, montre son corps et ses atouts. Ma tenue préférée c’était une espèce de body noir transparent aux manches longues qui laissait voir mon Wonderbra (c’était la mode) et donc les trois quarts de mes seins, porté avec une longue jupe noire transparente aussi, en dessous je mettais des collants résilles et aux pieds j’avais des chaussures à plateforme avec lacets achetées à Londres qui me faisaient prendre 15 cm.

Malgré la répétition de ces soirées, je n’ai fait que très peu de bêtises, une fois j’ai embrassé un type qui me plaisait, je crois qu’il habitait le quinzième parce que je me souviens lui avoir dit « Le quinzième ? Ah ouais t’habites en banlieue quoi » (je déteste le quinzième arrondissement de Paris, c’est une longue histoire de désamour entre nous). Je me souviens qu’une fois sortie de boîte, le type ne me plaisait plus du tout, finalement il avait de l’acné et perdait déjà ses cheveux, entre ça et le fait qu’il habitait le quinzième, c’était trop pour moi, je suis rentrée sagement chez mes parents.

Depuis que je suis grande, je ne mets plus un pied dans le 18ème. J’ai été fâchée avec l’arrondissement tout entier quand j’ai vécu deux ans aux Abbesses. Le seul avantage de ce quartier, c’est le marché Saint-Pierre, tout le reste est à jeter. Les touristes par milliers qui, perdus, demandent leur chemin sans jamais dire « Bonjour », la racaille omniprésente qui te balance du « Charmante, Mademoiselle » puis « Salope ! » deux secondes après parce que tu n’as pas répondu à leur prétendu compliment, les rues dégueulasses qui montent et qui descendent, pas cool pour la non-sportive que je suis, les camés, les mecs chelous qui te suivent, les vendeurs de shit qui ne comprennent pas que tu n’es toujours pas intéressée, ni par ça, ni par eux, les rabatteurs devant les clubs de strip tease bas-de-gamme qui veulent te recruter (quelle offense, sans déconner), même le Sacré-Cœur n’a rien de sacré, je ne le trouve pas beau, il est passable, 6/10, pas plus.

Mais les Abbesses, ça reste encore le 18ème potable. J’ai passé une année de lycée dans un établissement privé qui se trouve au fin fond du 18ème à quelques pas de la Porte de la Chapelle. A l’époque, le seul truc cool qu’il y avait dans ce quartier, c’était Doc Gynéco qui y vivait et rêvait de gloire. Et le fait que je sortais avec le mec le plus canon du lycée (mais il bandait mou). Mon quotidien c’était cohabiter avec des mecs au crack dans le square en face du lycée, toujours les yeux vitreux et les gestes désarticulés. Je préférais fumer des clopes que de manger alors le midi j’allais à la boulangerie pour acheter une demie-baguette. J’appelais ça un « sandwich au pain ». Je jouais à Street Fighter et je choisissais toujours le personnage de Chun-Li, comme elle, je me faisais deux grandes tresses hautes pour aller au lycée, cette coiffure allait de pair avec mon look de parfaite petite gotho-pouffe. Chun-Li est naturellement devenu mon nouveau surnom…

Vingt ans plus tard, je me retrouve sur les traces de mon passé et c’est troublant : rien n’a changé. Il y a toujours autant de camés au crack, de clodos sales qui font peur aux passants, le square est toujours aussi peu fréquenté par les enfants, le Monoprix est toujours moins classe que les autres Monoprix de Paris, j’ai même assisté à une embrouille musclée entre deux ados qui hurlaient des insultes que je ne comprenais pas avec un accent incompréhensible. La boulangerie est toujours là, elle aussi. J’ai failli entrer dans le lycée pour demander à voir la CPE et si c’était la même j’avais prévu de l’insulter. On dit qu’il n’est jamais trop tard et c’est tout à fait vrai. Vingt ans après, j’éprouverais un grand bonheur à lui lancer « Alors sale pute de CPE de merde, t’as fait chier combien de kilomètres de lycéens depuis moi. Hein sale pute ? » (il faut que j’ajoute « CPE » à ma liste des pires métiers au monde). Mais elle était déjà vieille à l’époque, c’est évident qu’elle n’est plus là. Si ça se trouve elle est morte et enterrée. Si le quartier n’a pas changé, finalement, moi non plus. J’ai toujours une espèce de haine non dissimulée envers l’administration. Certes, comme le dit mon frère, je me suis grave embourgeoisée mais je ne serai jamais une bourgeoise pour autant. Non merci.

 

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