J’avais dit que j’arrêtais mais j’ai menti

Il y a un an j’ai rencontré une fille à un atelier de cuisine. C’était la première fois que je rencontrais une fille qui comme moi ne mange pas d’animaux et partage mon mode de vie vegan. Pour une fois, elle ne ressemblait pas à une espèce de hippie qui met du bicarbonate sous ses aisselles. Je n’ai rien contre les hippies ni le bicarbonate, c’est juste que jusque-là je me demandais si je n’étais pas la seule femme qui aime les animaux mais qui prend aussi soin de ses cheveux et qui aime les belles chaussures (sans cuir).

Nous sommes allées boire un verre la semaine d’après. Elle n’a parlé que de ses problèmes avec son mec, une espèce de pervers narcissique qui en gros lui disait qu’il était mieux qu’elle et qu’ils n’avaient rien à faire ensemble. Mais elle restait là à souffrir et à persister à lui faire de somptueux cadeaux pour son anniversaire. Et moi, comme d’habitude, j’ai fait ma mère Teresa, j’ai écouté, j’ai donné des conseils. Elle disait avoir consulté un psy pendant deux ans mais ça ne l’avait pas aidée. On a très peu parlé de moi. Il faut dire que contrairement à elle, je revenais de vacances je ne sais plus où, j’avais un mec qui me rend heureuse, je ne faisais pas mes comptes, bref, je me sentais un peu coupable d’être bien dans ma vie alors je n’ai pas cherché non plus à parler de moi. Je voulais l’aider (je soupire à écrire ces mots, sachez-le).

La fois d’après je l’ai invitée à dîner à la maison, elle m’a parlé de son père qui frappait sa mère lorsqu’elle était petite puis qui s’était tiré avec l’une de ses nombreuses maîtresses. Ce père qui a dit lorsqu’elle est née « Elle est moche, je n’en veux pas ». Effectivement, apprends à avoir confiance en toi après un épisode aussi triste (en même temps est-ce-que sa mère était obligée de lui rapporter cette anecdote ? Je ne juge pas, je pose la question). En deux mois je connaissais toute sa vie. Même qu’elle n’aimait pas la sodomie mais « le faisait quand même » parce que ça « faisait plaisir aux mecs ».

Les mois ont défilé, je voyais bien que nous étions différentes, elle n’aimait que le vin rouge et la musique commerciale qui passe à la radio, avait couché avec quatre mecs dans sa vie, rêvait d’avoir des enfants, adorait faire du sport, ne voyait que le bien en chaque être humain et n’aimait que les bébés animaux. Je ne la jugeais pas, je l’appréciais. Comme je suis une grosse flemmarde qui déteste sortir,  elle venait prendre des apéros à la maison, me racontait ses plans cul sur adopte et on rigolait. Elle se plaignait de son célibat et me disait détester le dimanche depuis qu’elle était sans le pervers narcissique et je lui répondais « Tu as conscience que c’est toi la personne la plus importante de ta vie  ? C’est quand que tu te décides à t’aimer, à arrêter de te cacher derrière ta frange ringarde et ton œil charbonneux qui tasse ton regard ? ». Je commençais à devenir mauvaise parce que je n’allais pas très bien mais elle ne me demandait pas comment j’allais. On ne parlait que d’elle, pas de moi. Moi je vais forcément bien parce que je suis en couple. C’est ce qu’elle pensait. Comme si ma vie se résumait à mon couple. Quelle offense !

Puis un jour elle m’envoie des messages d’un week-end à  Strasbourg où elle me lance « Je suis au musée avec des amis, je déteste les musées, ça me touche pas les tableaux. Tu aimes les musées, toi ? ». J’ai été élevée au musée, ma mère m’a donné le goût de la peinture et mon père de l’art en général. Comment cette nouvelle amie pouvait-elle penser que je n’aime pas les musées alors que je passe ma putain de vie au musée ?

*

Il y a quelques semaines j’ai rencontré une autre fille. Coup de foudre amical. En plus elle est anglophone alors on parle anglais ensemble et j’adore ça. Mais évidemment elle est en train de se séparer du père de ses enfants, consulte un psychiatre hors-de-prix alors qu’elle n’a pas de fric, est artiste sans le sou, aime un peu trop l’alcool. Et j’ai failli lui proposer de vivre quelques temps à la maison parce que j’ai une pièce de libre. Et que mon mec est comme moi : il aime aider les gens en galère. Mais non. Je ne la connais pas. L’amitié se gagne. Je crois que cette fois-ci, c’est bon, j’ai compris !

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10 réflexions sur “J’avais dit que j’arrêtais mais j’ai menti

  1. Perfect ! And good conclusion 😉 J’en arrive à la même ces derniers temps ! je donne, je donne,je donne,je donne,je donne, et on me marche dessus! alors c’est stop 🙂 « tu ne t’intéresses qu »à moi quand ça te chante, le reste du temps je n’existe pas ? ben désormais c’est va voir ailleurs s’y j’y suis, c’est trop tard. Byyyye  » hihihihi héberger quelqu’un c’est super le temps d’un moment, mais si cela s’éternise, on peut devenir dingue à ne plus savoir que faire… et à ne plus voir l’invité partir… parfois les gens manquent de réactivité et on les porte à bout de bras. donc attention..

    continue à nous écrire des articles, j’adore

    Date: Fri, 15 Apr 2016 15:27:42 +0000 To: emilie_leret@hotmail.com

  2. J’aime beaucoup ton article et ta manière de raconter !
    J’ai l’impression, quand je pense à des conversations avec mes amies, on pense souvent au fait de se faire avoir en amour. Pourtant, on se raconte aussi des déceptions amicales, sans voir l’engrenage de foutaise dans lequel on est et qui parfois blesse autant que l’amour, car on s’investit dans quelque chose de non réciproque…Je pense notamment à ton passage sur le musée qui a dû provoquer une sacrée prise de conscience sur votre amitié ?!

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