Fluctuat nec mergitur

C’est difficile d’en parler. C’est encore plus difficile de ne pas le faire…

L’incompréhension, forcément. Essayer de comprendre ce qu’il peut bien y avoir dans la tête de ces terroristes si jeunes et si paumés. Moi aussi j’ai été paumée, jamais au point de prendre les armes. Encore moins une kalachnikov. Je veux dire, ça se trouve où une telle arme ? Ça coute combien ? On s’en sert comment ? Il faut apprendre, non ? On parle bien d’actes prémédités. De personnes qui sans doute ont des familles, des histoires d’amour, des amis qui ne sont peut-être pas au courant, qui ne voient rien. Comment peut-on faire pour ne rien voir ? Je ne juge pas, je m’interroge et je ne trouve aucune réponse à mes questions…

Les messages d’amis terrorisés ce vendredi soir-là. Où j’avais joué au Loto et où je n’ai évidemment pas gagné. Les amis qui sont loin et qui ont peur pour moi parce qu’ils savent que potentiellement je peux être là où toutes les attaques ont eu lieu. Comme tous les parisiens. Puis les messages des amis parisiens qui ont tous comme moi au moins un ami coincé au Bataclan ou au Stade de France et dont on n’a plus de nouvelles depuis trois heures… Certains survivront, d’autres pas…

Et on nous dit que nous sommes en guerre. Je ne suis en guerre contre personne à titre personnel. Et je ne prie pas pour Paris non plus. Le mot d’ordre c’est de prier pour Paris, apparemment. Paris s’en remettra. C’est sa devise. En revanche les victimes, elles, ne se relèveront pas. Et leurs familles non plus ou alors dans de très longues années, et encore, jamais indemnes. Comment faire le deuil d’un enfant de 17 ans parti s’amuser en écoutant du rock ? Je ne vois pas.

Ce vendredi soir-là j’ai été heureuse de ne pas avoir d’enfant. Parce que j’aurais été vraiment emmerdée de devoir lui expliquer que la vie ça veut dire qu’à tout moment elle peut s’arrêter, qu’on peut se faire renverser par un chauffard mais qu’on peut aussi tomber sur un taré avec une kalachnikov alors qu’on est parti boire un verre avec des amis en terrasse. Que je ne pourrais pas le/la protéger du tout parce que la vie c’est ça : à partir du moment où l’on nait on n’a qu’une seule certitude : on va tous crever. Mais on ne sait pas comment. Jamais. Je détesterais que mon enfant me dise ce que j’ai dit à mes parents quand j’étais petite « Mais en fait pourquoi vous m’avez fait ?». A cette question, mon père m’avait répondu qu’il avait été égoïste comme tous les gens très amoureux. Et pardonnez mon cynisme mais ce ne sont ni les bougies ni les fleurs (qui sont mieux dans les champs que sur les tombes si vous voulez mon avis) qui arrêteront qui que ce soit.

Il faut continuer à vivre. Ne pas trembler quand on prend le métro. Ne pas trembler quand un ami met deux jours à répondre à un putain de sms. Ne pas trembler quand la personne qui partage notre vie va boire un verre avec des amis. Ne pas trembler. C’est difficile à faire. Mais nous n’avons pas le choix. Nous sommes là alors autant en profiter, au moins pour ceux qui ne pourront plus jamais le faire.

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12 réflexions sur “Fluctuat nec mergitur

  1. C’est très beau.
    Je n’arrête pas de penser à mes gosses. Je me dis qu’ils vont devoir grandir dans ce monde de merde.
    Mais des fois, je me dis que l’espoir, c’est peut-être eux.
    Ils feront peut-être partie des personnes qui rendront le monde meilleur.
    J’étais contente de voir que tu allais bien, que tu n’avais rien.
    Bisous

  2. Je dois bien avouer que j’attendais tes mots, non pas par curiosité, mais pour te lire toi (au-delà de tout ce que l’on peut lire), j’espère que tu comprends ce que je veux dire.

    Merci d’avoir partagé un bout de ton émotion qui transparaît dans tes mots, dont je tiens à prendre ma part, même si je suis loin, avec une grosse pensée pour toi 🙂

  3. Je commençais à être inquiet. Je me demandais pourquoi tu n’avais pas encore posté un article sur les récents évènements en pure parisienne que tu es. Je m’étais dit qu’il te fallait peut-être aussi le temps d’encaisser le coup, après un tel choc. Et ayant pas mal d’amis et de la famille sur Paris, je compatis.

    Ce qu’il y a dans la tête de ces jeunes paumés ? Bonne question, parfois même leurs familles n’ont plus de nouvelles d’eux alors bon… Le plus souvent des jeunes gens en train de sombrer dont la seule bouée de sauvetage a été un membre de Daesh, pas de bol. Toi tu as eu la chance d’avoir la famille et l’éducation qu’il faut, c’est peut-être ça qui t’a empêchée de passer du «mauvais côté » quand tu sombrais. Mais ce n’est peut-être pas le cas de tout le monde. Pour la kalash, rien ne dit qu’ils l’ont achetée eux-mêmes, on la leur a simplement mis entre les mains. Ça doit coûter quelques milliers d’euros voire moins mais bon, en trafiquant un peu de drogue ou autre ça doit pouvoir se payer rapidement…

    Se demander pourquoi être né, tu ne dois pas être la seule à poser cette question (et de toute façon je sais même pas s’il y a une réponse). Si ton éventuel enfant devait te la soumettre, rappelle-lui simplement les bons moments qu’il a passés (s’il en a vécu évidemment) et demande-lui s’il n’est pas content de les avoir vécus. N’es-tu pas toi contente de vivre pour pouvoir découvrir le monde à travers tes voyages ? Rien que pour ça, ça vaut quand même le coup d’être née, non ? 😉

    Comme tu le dis : nous sommes là, autant en profiter. Allez, haut les cœurs et porte-toi bien. ^^

    • Je suis partie en vacances en fait, j’écrirai là-dessus plus tard. Et je n’avais de toute façon pas l’envie d’en parler tout de suite. La distance m’a sans doute permis de ne plus être en colère mais d’être écœurée; ce qui n’est pas beaucoup mieux finalement.

      J’aurais pu me faire avoir mais pas par la religion je suis bien trop terre-à-terre pour croire en un dieu…et encore moins un dieu qui me demanderait de me suicider avec une ceinture d’explosifs pour aller au Paradis haha

      Je suis contente de vivre maintenant parce que je suis adulte et que je vais bien mais j’ai détesté être vivante pendant de longues années. Et tu ne m’enlèveras pas le fait que faire un enfant est un acte égoïste, mais là n’est pas le sujet 🙂

      • Ah ça oui faire un enfant, on est d’accord, c’est purement égoïste (nos parents ne nous ont pas demandé notre avis pour nous mettre au monde, ils l’ont fait parce qu’ils en avaient envie, c’est évident). C’est juste que, comme cette phrase sur la raison de naître avait l’air de te désarçonner, je te passais une suggestion pour que ton éventuel descendant apprécie quand même sa vie dans ce monde de dingues :).

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