Michaël

L’été de mes treize ans je suis tombée amoureuse pour la première fois de ma vie. Si aujourd’hui je ressens le besoin d’en parler c’est pour que quelque part subsiste une trace de cette histoire ailleurs que dans ma tête. C’était aussi la première fois que j’allais aux États-Unis, chez des amis de mes parents à Los Angeles, Californie. Un monde à part où il est très facile de rencontrer quelqu’un dans le « business », à savoir Hollywood. C’est impressionnant quand on est adolescente, ce monde-là où tout est grand, les rues, les gens, les hamburgers, les seins refaits, les chevelures faussement blondes platine, les tatouages sur les bras musclés des hommes à Venice Beach, ce monde où on vous sert du « sweetie » et du « honey » à toutes les sauces, où les Hollywood chewing gums n’existent pas, véritable choc pour moi à l’époque, déjà le marketing se foutait de notre gueule.

Et Michaël qui arrive, du haut de ses douze ans (j’ai commencé très tôt à aimer les hommes plus jeunes, oui oui), sur son cheval blanc, enfin…le pick up super stylé de son père qui est…acteur. Le père, déjà, à treize ans, je sais qu’il est canon, il suffit de voir la tête de ma mère quand il lui dit bonjour. Difficile de passer à côté de cette vraie beauté « à l’américaine », mâchoire carrée, visage masculin, regard bleu délavé, mec à la fois timide et vraiment sûr de lui, ça ne fait aucun doute. Michaël c’est simple : c’est son père mais en version mini. Ils se ressemblent trait pour trait. D’ailleurs, ironie, Michaël est en fait Michaël Junior…

Michael a cet air super cool, on est dans les années 90 alors évidemment il porte une chemise de bûcheron avec un baggy et les fameuses Naï-kee (Nike) aux pieds. On va passer deux jours ensemble à se baigner dans la piscine, faire des petites courses au drugstore sur Hollywood Boulevard, où je découvre les Reese’s au beurre de cacahuète, j’en ai tellement ingurgité depuis que je suis devenue allergique à ces machins, on communique parce qu’heureusement je parle déjà bien anglais, c’est facile même si j’ai peur de dire que j’ai envie de passer ma vie avec lui. Parce que c’est le cas : j’ai envie de passer le reste de ma vie avec lui. Il est (déjà) tout ce que j’aime chez un homme : il me plaît physiquement, il est drôle, il a une belle voix, un rire formidable, il est attentionné, curieux, flemmard, il a de très jolies mains, il est passionné (par la musique), discret mais sûr de lui. Quand il me prend la main dans la rue j’ai envie de mourir. Quand il me dit que je suis beautiful je fonds. J’ai peur. Parce que dans deux jours il retourne chez sa mère hors de Californie et je ne le reverrai plus jamais. Quand il me demande si j’ai un boyfriend je fais une blague parce que je ne veux pas lui dire que je n’ai jamais embrassé quiconque à part ma cousine (parce qu’il faut bien s’entraîner sur quelqu’un…). Quand il essaie de m’embrasser je m’écarte parce que si je lui donne ma bouche je lui donne tout le reste je le sais je le sens. Deux jours merveilleux, purs et innocents et pas un seul baiser à cause de (déjà) ma timidité (et connerie) légendaire(s). Un regret qui me poursuit encore…(parce qu’il valait mieux perdre ma virginité à treize ans avec quelqu’un que j’aimais plutôt qu’avec un random guy plus âgé et nul de surcroît à Val Thorens à 16 ans et demi).

Deux ans plus tard je retourne chez nos amis de L.A et je rate Michaël à cinq minutes près. Cinq petites minutes. Entre temps nos amis reviennent vivre à Paris. Je ne reverrai jamais Michaël. Il me reste une photo où nous sommes côte à côte sur un canapé, heureux de vivre, heureux de se connaître, les mains très proches l’une de l’autre, comme si elles étaient irrémédiablement attirées l’une vers l’autre. C’est tout. Nous faisons un putain de beau couple qui n’en aura jamais été un…

Douze ans plus tard je rencontre quelqu’un qui s’appelle Arnaud. Je reste deux ans et demi avec lui. Notre relation ne marche pas, je ne le sens pas amoureux de moi, je fais tout ce que je peux pour que ça marche mais c’est un échec cuisant. Je ne comprends pas pourquoi je m’acharne à vouloir rester avec lui…Nous finissons enfin par nous séparer mais il me manque, je regrette son absence, je regrette de ne pas avoir fait plus, je me sens coupable, je ne vais pas bien. Puis je consulte une psy et cette psy ne comprend pas non plus pourquoi je veux à tout prix que ça fonctionne avec ce Arnaud qui préfère sa guitare à moi. Et elle me dit « Mais pourquoi vous l’aimez, ce Arnaud ? Il ressemble à quoi ? ». Et là, ma réponse, contre toute attente : « Il ressemble à Michaël ».

reeses

Publicités

6 réflexions sur “Michaël

  1. C’est drôle hein, comme reviennent parfois ces histoires, comme ça, sans crier gare, sans que nous ne comprenions pourquoi elles reviennent dans une forme de coup de nostalgie, pas forcément mélancolique d’ailleurs. Sourire.

  2. Très belle histoire.. On passe sa vie à être hanté. Par ceux que l’on a connu, ceux que l’on aurait aimé connaitre, ceux que l’on croyait connaitre. Mais derrière tous ces visages, ce n’est que nous ; on est hanté de soi, de toutes ces vies que l’on aurait pu vivre mais que l’on ne vivra pas, et qui nous semblent d’autant plus belles qu’elles ne se réaliseront jamais…

    • Et Porter au réel les plus profondes ce ces En-Vies, et découvrir alors que l’on vit bien au delà de tout ce que peut envisager de Beau, non…? Enfin moi Oui, et par choix, mais bon, il convient de franchir effectivement le conditionnel et certaines peurs et appréhensions, peut-être, pour sûr même!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s