Anonymat mon amour

venise0115

Quand on commence un blog se pose toujours la question de l’anonymat. Mettre une photo de soi, donner son prénom, parler de son métier, de sa vie intime, sexuelle ?, il faut choisir. Je dois dire que ce qui m’importe avant tout, c’est écrire. Je donne deux ou trois infos sur ma « vraie vie » au travers de mes écrits mais si peu. Le strict minimum. Mon blog n’est pas mon journal intime et s’il l’était je me cacherais encore plus ! (peut-on se cacher plus que je ne le fais ? Non). Je n’aimerais que très moyennement que mon boss apprenne que j’ai un blog où je m’autoproclame « connasse ». Il doit penser que je suis professionnelle et discrète, pas que je suis révoltée un jour sur deux, que j’ai envie de quitter sa boîte pour aller vivre à la campagne et que j’ai envie de buter tout le monde dans le métro (et pas que). Me cacher me permet de dire absolument tout ce que je veux. Je pense notamment à mon acolyte A. qui était sur Twitter et qui se faisait arrêter dans la rue à Toulouse par des inconnus qui lisait ses excellents tweets. Sensation de malaise (d’autant que sur Twitter on se lâche encore plus que sur un blog).

Parfois j’ai envie de montrer ma tête (surtout quand la photo est réussie), ou la nouvelle tenue que j’ai achetée et qui me va super bien (tant qu’à faire…). Il m’arrive d’avoir envie de montrer où je vis, d’inonder le blog de photos de mes adorables chats. Ou mes chaussures. Et mes sacs. Et tous mes livres. Qu’est-ce-que ça apporterait à ce que j’écris ? Rien. Alors je ne le fais pas. Je le ferais si j’avais besoin/envie de me montrer, besoin/envie de me rassurer, besoin/envie d’aller au-delà du format du blog. Lorsque j’étais sur Twitter j’ai rencontré énormément (trop) de monde. Bilan : des emmerdes et 4 ou 5 personnes qui restent dans ma vie (il y aura aussi eu du bon). Se rencontrer d’abord virtuellement donne le sentiment qu’on se connaît et qu’on va être amis pour la vie. C’est fallacieux. J’en ai déjà fait l’expérience, ça ne m’intéresse plus aujourd’hui.

Autant j’aime bien qu’un blogueur mette une photo de lui dans son texte de présentation (curiosité oblige), autant je ne pense pas que je mettrais de photo de moi. Ou alors de dos, au loin, parmi une foule  et le lecteur pourrait jouer à « Où est la connasse parisienne ? ». Je pourrais montrer un bout de ma jambe, mon dos, mon décolleté en noir et blanc avec comme par hasard un pendentif au creux de mes seins ou je ne sais quoi d’autre, ça se fait beaucoup sur WordPress, mais je suis plutôt du genre tout ou rien. Ce sera donc rien 🙂

C’est pareil pour les blogs que je lis. Je choisis de les lire pour la qualité de leurs écrits comme seul critère (et cela reste subjectif).  Souvent je lis sans même savoir quel est le sexe du blogueur, on ne peut pas toujours le savoir. Et parfois je me trompe ! J’aime imaginer à quoi vous ressemblez, tous, derrière vos écrans. J’aime l’idée de mystère, j’aime imaginer vos vies, celles dont vous ne parlez pas, celles que vous avez lorsque vous arrêtez d’écrire, si ça se trouve certains d’entre vous sont des serial killers, des éjaculateurs précoces ou des gros mythomanes mais…je ne le saurai jamais. Je ne saurai que ce que vous voudrez bien écrire sur votre blog. Si ça se trouve, je n’existe pas ! Bon, d’accord, j’existe mais virtuellement. L’autre soir je suis tombée sur la web-série The Guild qui raconte les histoires de joueurs en ligne compulsifs qui sont amenés à se rencontrer IRL. Habitués à jouer ensemble, lorsqu’ils se voient ils n’ont rien à se dire. Comme on peut s’en douter, ils finissent par avoir des choses à se dire sinon la web série n’existerait pas mais je trouve que le parallèle est intéressant. La plupart des blogs que je lis ressemblent à des journaux intimes. J’imagine que cela peut être gênant de rencontrer un inconnu qui connaît des détails de votre vie que même vos propres amis ne connaissent pas. Ou peut-être que c’est moi qui serais gênée.

Depuis quatre ans maintenant je corresponds avec une personne de sexe masculin dont je ne connais pas le prénom ni l’âge exact, je ne sais pas dans quelle ville il vit ni à quoi il ressemble.  Je ne cherche pas à le savoir. Lui non plus ne sait pas qui je suis, il sait que je vis à Paris mais c’est à peu près tout. Pourtant nous échangeons sur des thèmes divers et variés (la société, l’amour, les loisirs, le travail etc) et parfois intimes. Il n’y a jamais eu une quelconque forme de drague entre nous.  Nous n’avons jamais évoqué l’idée de se rencontrer et nous ne le ferons jamais je crois. Il ne lit pas ce blog, du moins je ne le crois pas. Il est peu commun, en terme de personnalité. A la fois candide, profondément geek et hyperactif,  il me pose des questions que je trouve toujours intelligentes et nos échanges me font souvent réfléchir. Il ne me juge pas. Je ne le juge pas non plus. On essaie de partager ce qu’on comprend de la vie, ce qu’on apprend. J’ai le sentiment qu’on pourrait s’écrire toute notre vie. La force de l’anonymat, sans doute.

Publicités

5 réflexions sur “Anonymat mon amour

  1. Je suis tout entièrement d’accord avec toi ! Le problème est qu’ajourd’hui les gens sont souvent à la recherche de reconnaissance, de célébrité, et se servent de blog pour se montrer, montrer leur vie personnelle, parfois trop intime.
    L’anonymat laisse le mystère, on a envie d’en savoir toujours un peu plus sur toi et c’est ce qui est intéressant !
    Bonne journée ! Amandine (:

  2. L’anonymat, tout relatif qu’il puisse être, pousse les personnes à faire des choses qu’elles ne feraient peut être pas sous le regard de la société. Dans le même ordre d’idée, engueuler quelqu’un au téléphone est plus facile que de le faire en face.
    De même Facebook doit beaucoup de son succès au fait de pouvoir consulter des pages, des profils, sans que cela se sache : c’est le coté voyeur anonyme…

    Quelque part, on pourrait se demander si cette sensation d’anonymat ne révèle pas un vrai aspect de notre personnalité, libéré des contraintes sociales. Sauf que cet aspect serait purement théorique, puisque nous vivons presque totalement en société (oui on pourrait effectivement être des psychopathes reclus quelque part en train de fomenter je ne sais quels horribles projets).

    Et sinon perso si je ne montre pas ma tête, c’est que j’en ai assez de signer des autographes dans la rue.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s