Teenage angst

teen angst

Je préfèrerais mourir que de revivre la période de l’adolescence. Pourtant je crois qu’on peut dire que je m’en suis sortie sans trop de dommages collatéraux. Mes parents ont été bien souvent hilares face à mes changements d’humeurs (« Personne ne me comprend dans cette maison de toute façon »), mon style vestimentaire versatile et mes tentatives de maquillage ratées (« Avec ton rouge à lèvres noir tu veux nous signifier que tu nies ta féminité ? » dixit mon père).

Je me souviens avec horreur de ce corps qui change sans prévenir, ces seins qui poussent tout à coup pour devenir impossibles à cacher, le regard des hommes qui change sur notre passage, le désir qu’on lit en l’autre et qui nous dégoûte. Les premières règles en rentrant du ski dans la voiture, être obligée de mettre du papier toilette dans sa culotte parce qu’on n’a rien d’autre.  Je ne voulais pas être bonne quand j’étais ado, je voulais être transparente, qu’on me foute la paix. Qu’on me laisse rêvasser et écrire ma souffrance dans mon journal comme le jeune Werther. Sauf que mon journal intime, il y avait Hello Kitty dessus et un cadenas qui ne servait à rien mais qui faisait joli.

Embrasser un garçon ? J’avais lu dans Sciences & Vie junior qu’on échangeait des milliers de microbes lors d’un baiser. Il aura fallu que j’attende jusqu’à 15 ans passés pour me faire embrasser par Alexandre W. le plus beau et le plus populaire du lycée qui me larguera comme une merde 3 jours plus tard parce que je refusais de coucher. Je n’ai même pas été triste, je m’en foutais, comme du reste. J’ai voulu coucher avec un garçon avant d’avoir 17 ans parce que j’avais lu que Madonna avait couché avec un garçon à 15 ans. J’adorais Madonna, la fille partie de rien qui conquiert le monde, je ne pouvais pas me permettre d’être plus en retard. J’ai choisi un random guy en vacances au ski qui a été très heureux d’apprendre qu’une jeune femme lui proposait son corps et ça a été nul. Quand ma mère m’a demandé mon sentiment face à ma première fois je me souviens avoir dit « Le même effet que lire Le Figaro » (on est de gauche chez moi).  Mon corps était en avance sur mon  désir d’être une femme, sur mon désir d’embrasser un garçon et de faire l’amour. Mais je voulais faire comme tout le monde pour ne pas me sentir encore plus en décalage.

Je ne comprenais rien de ce qui m’arrivait et je réfléchissais beaucoup trop, j’étais coincée entre spleen et révolte. Je voulais mourir mais je ne savais pas trop pourquoi et surtout je refusais de le faire moi-même. J’aurais voulu avoir un accident de ski ou me faire écraser par un bus. Il ne m’arrivait rien, mes parents m’aimaient, on partait en vacances, tout allait bien en surface.

Je passais mes journées à faire semblant d’aimer fumer de l’herbe comme les autres, je ne foutais rien en cours, ça ne m’intéressait pas, je voulais être n’ importe où mais surtout pas au lycée qui m’empêchait d’exister. Je me suis faite virer de tous les lycées de Paris et j’ai dû passer mon bac au CNED en candidat libre (je l’ai eu, prouvant à mes parents que je n’avais pas besoin d’aller au lycée). J’ai claqué beaucoup de portes, surtout celle de ma chambre, j’ai tapissé mes murs de photos de mannequins (les Claudia, Cindy, Naomi) tout en me nourrissant de pain perdu que je préparais avec amour. Je mangeais des pop corn micro-ondables Paul Newman en regardant Fort Boyard, en rentrant des cours je me faisais des biscottes beurre-chocolat en poudre ou pains au lait Nutella. Ma spécialité de l’époque c’était de mettre des chips dans une assiette, de les couvrir de fromage râpé et de mettre tout ça au micro-ondes. Je n’ai jamais mangé aussi gras que lorsque j’étais ado, c’est un miracle que je ne sois pas devenue obèse. A part lire, manger, fumer des Camel (eh oui, déjà…), écouter Nirvana et regarder par la fenêtre d’un air triste, je ne sais pas ce que je faisais, franchement. En plus Kurt Cobain a eu l’indélicatesse de mourir, ce con.

Je portais des baggies avec des hauts moulants et courts ;  affublée de mon sac Viahero, j’allais en rave party mais je ne me droguais pas, j’avais bien trop peur des conséquences. Je me souviendrais toujours d’une scène dans un coin de la forêt de Fontainebleau où un garçon de mon âge (17 ou 18 ans) ne parvenait ni à parler ni à faire ses lacets, il était resté « ché-per » comme on disait à l’époque. Et cette histoire aussi d’une fille qui avait été internée parce qu’elle voyait des chauves-souris en permanence. Une légende urbaine, semble-t-il.

Je ne faisais partie d’aucun groupe, on m’aimait bien parce que j’avais un look pas possible que j’assumais totalement. J’avais deux amies que je voyais tout le temps et avec lesquelles on faisait des dîners quand nos parents étaient absents. On ne pensait vraiment qu’à manger. On avait lu quelque part que le manque de sommeil était une drogue naturelle alors on avait tenté de ne pas dormir pendant plus de deux jours. On a juste finies épuisées, rien de plus. Je tenais déjà mal l’alcool, j’étais la fille à qui on relève les cheveux au-dessus de la cuvette des toilettes. Qu’est-ce-qu’on s’emmerdait quand on était ados. Putain. Quel bonheur d’être adulte.

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10 réflexions sur “Teenage angst

  1. Haha, j’ai détesté mon adolescence aussi. Mais si c’était à revivre, je crois que je le referais. Juste pour essayer de choper au moins une bonnasse de ma seconde classe de terminale. C’était FOU.
    Et dire que j’ai pas connu l’amour adolescent :'(.

    Mais c’était intéressant ce que tu disais sur le décalage corps de femme/désir de femme. C’est un truc auquel j’avais jamais pensé.

  2. Wouah, t’as pas mal de souvenirs de ton adolescence. Moi non plus, je ne souhaite pas revivre ça. Je n’ai absolument fait rien qui sorte du « droit chemin » à l’époque, je n’ai pas fumé (même pas une cigarette, ce qui fait qu’aujourd’hui, je ne sais pas fumer…je « crapote » d’après ce qu’on me dit), je n’ai pas bu, je ne suis pas sortie la nuit…rien que dalle. J’étais la fille à lunettes. Je n’étais pas « cool »….

  3. J’ai adoré ton texte 🙂
    Ravie de te découvrir et merci pour ce retour jouissif sur les pires années de nos vies… enfin pas pour tout le monde, mais il parait que les ados populaires ont deux fois plus de chances que les autres de mal tourner après, comme quoi y a une justice. Moi, je suis entre Bulle et toi, à 15 ans je fumais 3 clopes et je regardais mon mini paquet de 10 avec dépit, en disant « ‘tain, j’ai encore fumé comme un pompier ». ‘tain, quel bonheur d’être adulte.

  4. T’as une adolescence plutôt riche et saine je trouve en comparant a ceux qui seffacent completement ne tentent pas de saffirmer. Ca donne ensuite des crises de la quarantaine ravageuse. L’adolescence est le lieu des expérimentations. Pour le coup la tienne est un pur cliché haha!
    W.

  5. Tu ne lis pas le Figaro? Tu m’étonnes? Tu m’amuses avec tes deux jours sans sommeil et tes chips au four 🙂 Ado je rêvais de joues creuses comme les femmes, de mèches blondes de surfeuses, de talons vertigineux, d’être enfermée dans un grand magasin la nuit pour essayer des fringues et du maquillage afin de trouver ma VRAIE personnalité. Sacré programme. Pour le reste, comme toi j’ai dû y passer pour ne pas avoir l’air niaise.C’est horrible. Comme beaucoup j’ai aussi fait semblant. Je ne fumais pas. Ne me droguais pas. Ne buvais pas. J’attendais mes 18 ans pour me barrer de chez moi.

    • Je rêvais de joues creuses aussi ! J’avais l’air d’avoir 14 ans à 20, j’exagère à peine…Maintenant je rêverais d’avoir mes joues d’avant :/

      Quelle fille normalement constituée n’a pas rêvé d’être enfermée dans un grand magasin ? J’en rêve encore (à condition de tout pouvoir rapporter gratos à la maison).

      J’ai fait des conneries avec 10 ans de retard perso, tu me diras c’est toujours mieux que de faire la crise de la quarantaine (ça se trouve j’en ferai une aussi, qui sait ?).

  6. J’ai déteste passer a cote de mon adolescence… Si j’avais su, j’aurai plante mon bac, pour redoubler. J’aurai pu déconner, niquer a tout va en étant le grand de 19 ans avec la caisse au lycée… C’est fou ce qu’on est impressionnable a 17 ans…
    Mais bon au final… On s’en fout… c’est entre 30 et 40 qu’on se marre le plus, en fait!

  7. Nous sommes de générations différentes, les Raves de mon temps n’existaient pas encore, on se perchait aux Lsd 25 et aux buvards, c’était terrible les Buvards, autant que les Cristaux et les pyramides puis on allait planer dans les champs………, on se perchait aussi, la légende urbaine disait qu’après une décoction de datura, le gars avait terminé en HP pour avoir été retrouvé en ville à tenter de mettre le feux aux trottoirs avec une boite d’allumettes et qu’il avait décrété que ce décor devait être changé et brulé, Meuh! rien ne change, Merci l’Amie, j’aime toujours autant vous lire…..

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