Grosses, minces, petites ou grandes (non, je ne parle pas de sexe)

mybodyisnoneof

Je lis ici et là des billets « body positive » qui proposent aux femmes d’aimer leur corps, de s’accepter comme elles sont, même avec des kilos en trop, surtout avec des kilos en trop ! Des billets écrits pour plaire à la masse,  qui prônent la tolérance, l’ouverture d’esprit et la confiance en soi. J’ai remarqué que ces billets sont toujours rédigés par des blogueuses qui ne peuvent s’empêcher de dire « Bon, moi j’ai de la chance hein, je suis peu sportive mais je n’ai pas de cellulite et je fais 1.70 m pour 52 kilos, je mange mais je ne grossis pas ! ». J’exagère à peine. Pourquoi ce besoin de préciser que toi tu es mince mais sympa, c’est pour ça que tu te fends d’un article pro-grosse ? Pour rappeler que toi tu es bonne (si possible photo à l’appui, nous sommes sur les Internets, on veut son quart d’heure de gloire). Je suis certaine que ces blogueuses sont les premières à dire à leur collègue « Mais nooooooooooon t’es pas grosse » alors que la collègue le sait qu’elle est grosse et bien souvent elle s’en fout, elle fait avec, c’est comme ça, c’est sa morphologie, elle sait parfaitement bien qu’elle ne rentrera jamais dans du 36, ni du 38 d’ailleurs. Il faut aimer nos copines grosses mais attention il ne faudrait surtout pas qu’on croie qu’on écrit un billet sur le sujet parce qu’on l’est. Belle hypocrisie.

On a tendance à croire que tout le monde est mince à la base et qu’on devient gros en se gavant de junk food. C’est loin d’être la réalité. Il y a des tas de femmes dans ce pays et ailleurs qui n’ont jamais été minces et qui ne le seront jamais. Et on les emmerde avec leur poids un peu comme si on t’emmerdait toi parce que tu as les yeux noisette et que la mode c’était d’avoir les yeux bleus. Certes, tu pourras toujours porter des lentilles mais ce ne sera jamais la même chose. Ça me rappelle ma copine Émilie qui a toujours été bien charpentée avec des hanches larges. Elle avait fait un régime drastique et perdu beaucoup de poids et ne se plaisait toujours pas. Elle me disait « C’est bizarre, quand je suis assise et que je ferme les jambes, il y a un trou alors qu’avant ce n’était pas le cas ». Elle n’a jamais été aussi déprimée qu’à cette époque,  elle se sentait démunie face à ce nouveau corps qui aurait dû la rendre heureuse. Elle a repris du poids puis elle a eu un enfant et c’est à partir de ce moment-là qu’elle a accepté son corps et que son poids s’est stabilisé.

Je suis née petite, je n’atteindrai jamais le mètre soixante et pourtant j’ai mangé de la soupe maison préparée par maman toute mon enfance. C’est un fait, je suis comme ça, je m’accepte telle que je suis, à vrai dire je n’ai pas vraiment le choix, avec la vieillesse je vais encore perdre des centimètres… « Tout ce qui est petit est mignon », paraît-il ! Je n’ai jamais souhaité être plus grande parce que je sais que ce n’est pas possible. Bien souvent, je suis à plat, je ne porte des escarpins que lorsque je veux « jouer à la femme ». Je ne perds pas mon temps à fantasmer sur des choses qui me sont inaccessibles, j’aurai toujours l’air d’une femme-enfant, pas d’une femme-fatale. Récemment un ami m’a dit à propos d’un date qu’il avait eu la veille « Je l’ai rencontrée en vrai et j’ai été déçu, en fait elle est petite, ça se voit pas sur les photos ». Sympa. En gros la femme idéale est très grande (plus d’1,75 cm) et très maigre (moins de 50 kilos). En France, il y a combien de femmes qui font plus d’1,75 cm et moins de 50 kilos ? Rappelons que la femme moyenne mesure 1.63 m pour 63 kg (INSEE).

« C’est dommage qu’elle soit grosse, elle a un si joli visage ». C’est une phrase qu’on entend souvent, moi même j’avoue l’avoir déjà prononcée. C’est terrifiant de prononcer une telle phrase. On est tellement conditionnés par les critères de beauté actuels qu’on ne se rend pas compte qu’on peut être blessant, discriminatoire et insultant envers ceux qui nous entourent et qu’on juge sans même les connaître. On ne se définit pas par son poids, sa taille, son origine ethnique ou encore la couleur de ses yeux. On ne choisit pas d’être gros, mince, petit ou grand. 

On reproche à l’industrie de la mode de ne faire travailler que des grandes filles très jeunes et très maigres alors que le problème ne vient pas de là. Quelle femme voudrait acheter un vêtement porté par une femme de plus de 40 ans qui ferait 1,50 m et afficherait un bon 46 ? Personne. La mode est un business comme un autre, le but c’est de vendre, et pour vendre il faut faire fantasmer la cliente qui pensera faire partie de « l’élite » en déboursant 5000 boules pour une robe.  Aujourd’hui, on sait que toutes les photos de mode sont retouchées, que les mannequins sont des ovnis et que nous ne leur ressemblerons jamais. Ces jeunes filles très minces et très grandes correspondent aux critères de beauté actuels qui sont inaccessibles mais qui plaisent aux femmes ! Ce sont elles qui achètent les vêtements vendus sur ces filles au physique qu’on ne voit jamais dans la rue (hors périodes de fashion week, bien sûr).

Plutôt que de hurler que c’est de la faute aux médias, à l’industrie de la mode, à ce que vous voulez, peut-être faudrait-il regarder ce que nous nous disons, ce que nous nous véhiculons comme schémas, comme idées. Nous sommes tous responsables, avec nos petites phrases assassines, du mal-être des femmes qui ne s’aiment pas et qui refusent de s’accepter. Si aujourd’hui les petites filles parlent de régime en primaire c’est parce qu’elles ont entendues leur mère ou leur tante parler de poids, pas parce qu’elles lisent les magasines féminins…Essayez de ne pas critiquer quoi que ce soit ni qui que ce soit pendant ne serait-ce qu’une journée, vous verrez, c’est bien plus difficile que ce qu’on peut croire. J’essaie toujours d’y parvenir, sans succès pour le moment (mais je m’entraîne !).

candice-swanepoel

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8 réflexions sur “Grosses, minces, petites ou grandes (non, je ne parle pas de sexe)

    • Ce serait tellement mieux d’être solidaires des autres femmes (et de tout le monde, pas que les femmes) plutôt que de perdre de l’énergie à critiquer sans savoir ce que traversent les autres. C’est souvent de la peur ou de la frustration oui.

      J’ai lu ton billet et tous les commentaires et c’est toujours la même chose : les femmes ne s’aiment pas, elles veulent ressembler à la norme, elles souffrent parce que dans la majorité des cas, ce n’est pas possible. C’est triste. J’ai passé ma vie à détester ou adorer mon corps, aujourd’hui je l’aime et je le remercie de me porter chaque jour, c’est quand même grâce à lui si j’avance. Je ne me regarde plus dans le miroir en étant dégoûtée, je me regarde en étant heureuse de ce que je vois. Je pense que le fait d’être heureuse tout court dans la vie aide à accepter qui on est et les qualités (et défauts) que l’on a. Ne plus lutter contre soi, quel soulagement.

  1. Tu feras gaffe copine, ton article n’est pas dans le fil d’actualité de WordPress. Ou soit, ça buggue chez moi.

    BRAIF. Je suis à moitié d’accord avec ce que tu dis.

    Déjà, je trouve que parler de poids, ça peut être trompeur. D’ailleurs, c’est pour ça que dans les coachs sportifs parlent de plus en plus de perdre de la masse graisseuse plutôt que de perdre du poids.

    Ainsi, personnellement, la fille la mieux foutue que j’ai connue de manière intime, c’était une haltérophile. Elle avait des supers seins, des supers fesses (elle était large de hanche mais je m’en foutais, c’était MUSCLAY) et une taille fine. Ses muscles étaient fermes, bref je kiffais. Pourtant, elle devait faire 1m62 pour 65 kilos.

    Bon, tu vas me dire que je prends un cas particulier et t’auras raison mais c’est plus pour souligner que le fantasme du mannequin qui fait 1m70 pour 50 kilos. Je n’y crois pas trop. Peut-être que les médias ont réussi à imposer cette vision de la femme aux femmes. Mais je pense que pas mal de mecs préfèrent des filles plus garnies aux points stratégiques (seins et fesses).

    Ensuite, le second point sur lequel je ne suis vraiment pas d’accord avec toi. C’est le coup « la taille et le poids, c’est pareil, on ne peut pas changer ».
    Je suis d’accord qu’on a des morphologies différentes mais comparer l’impuissance de la taille par rapport à la masse graisseuse, faut p’têt pas déconner.

    La taille, c’est clair que tu ne peux rien y faire. En revanche, la perte de MG, tu peux faire du sport, tu peux améliorer ta diète. Il existe vraiment plusieurs leviers pour se sentir mieux dans sa peau, plus désirable.

    Donc, si tu parles de morphologie, je suis d’accord avec toi. En revanche, si tu parles de masse graisseuse, je ne suis vraiment pas d’accord et je trouve ça dommage d’avoir un discours défaitiste à ce sujet.

    • Je pense qu’il doit y avoir un bug oui mais je ne sais pas quoi faire pour arranger ça, tant pis…

      Je parle de s’accepter comme on est au lieu de lutter contre soi, contre son corps. Bien sûr qu’avec du sport on peut améliorer sa silhouette mais ce n’est pas de ça dont je parle ici. On ne peut pas changer sa morphologie, si on a des hanches larges, c’est pour la vie, même si on est mince, pareil pour les épaules carrées, avoir le cul bas, des jambes courtes et tout ce que tu veux. Ce que je veux dire c’est qu’on perd notre temps à vouloir ressembler à des mannequins quand on est très loin du compte.

  2. Il y aurait beaucoup à dire et à développer sur le sujet. Tout d’abord sur l’image « idéalisée » véhiculée par la, ou plutôt les sociétés qui induit une forme de pression pour s’accepter soi même. Puis sur le fait qu’effectivement il est possible de « transformer » son corps (à quel prix?) mais en se posant la question du pourquoi (se sentir bien, la santé, ou juste la pression de la société?). Là dessus la frontière n’est pas forcément évidente… Accepter, ce n’est pas renoncer. Il faut juste savoir ce que l’on est prêt à accepter, ce qui vient généralement avec le temps et un peu plus de recul 🙂

  3. Ce que l’on ne lit jamais dans les magazines c’est que le corps se modifie peu à peu et ce que l’on perd on le gagne d’une autre façon. A 20 ans je n’avais aucune ride YEP! Mais aujourd’hui je ne suis plus focalisée sur mon système pileux qui s’est ralenti, j’ai plus de seins (à 20 ans j’étais plate:)) et j’ai moins de ventre. Mais des rides apparaissent. Si on se focalise sur un point de son corps on ne voit plus les points qui s’améliorent. Je suis descendue à 46 kg en supprimant un médicament, résultat je n’ai plus de muscles et tous les matins je dois travailler sur cette question. Le corps évolue, il faut juste l’écouter. Comme dit mon médecin, il faut se lier d’amitié avec son corps, ça peut paraitre égocentrique mais si on veut guérir ou guérir de soi c’est l’étape à rejoindre.

    • Il faut surtout arrêter de lire les magazines féminins, en tout cas je n’en lis plus depuis des années et je me porte bien mieux, on n’apprend rien dans ces trucs-là.

      Je ne sais plus qui disait « La plus belle histoire d’amour c’est celle que l’on vit avec soi » (Oscar Wilde ?) mais cela résume bien ma pensée. Ce n’est pas égocentrique, c’est du bon sens, après tout on se supporte de longues années, autant apprendre à s’aimer !

      Tu vois, moi c’est l’inverse j’avais des gros seins étant plus jeune (ça me complexait horriblement parce que je suis petite) et aujourd’hui je les trouve plus petits et parfaitement adaptés, comme quoi…

  4. Personnellement, dans mon attitude personnelle (je n’ai pas la science ou les connaissances pour tirer une quelconque théorie ou avis général), je me suis toujours beaucoup moqué des questions de poids, de ci ou de ça d’ailleurs, parce que ton article est aussi une invitation à envisager tout ce qui pourrait être concerné par les questions sur lesquelles tu réagis.

    Ma position reste le « ni pour, ni contre, bien au contraire », je ne vais pas dire « bouuuuuuah t’es grosse (ou gros) » ou « roooh ma/mon pauvre, t’es gros/grosse mais je compatis grave ». Cela me semble, d’un côté comme de l’autre, vraiment inepte, stérile et…Stupide. Puis oui, c’est aussi le meilleur moyen de tomber, je trouve, dans ces hypocrisies que tu dénonces.

    On est comme on naît et comme l’on devient (qu’on puisse y faire quelque chose ou non). A part cela, pas grand chose à dire de plus, puis gros, ça veut dire quoi finalement…Il me semble que c’est quelque chose restant (au moins un peu) subjectif avec les perceptions.

    Circulez…y’a rien à voir ^^

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