Fantasme(s) vs réalité

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[ Ce texte m’a été inspiré par le visionnage d’une comédie « Situation amoureuse : c’est compliqué » avec des acteurs remarquables et des dialogues crédibles (c’est si rare). Je  conseille le film à tous malgré ses 2,7 étoiles sur 5 sur Imdb. ]

J’étais en couple mais ça ne fonctionnait pas. A cause du sexe. Etait-il obsédé ? (j’aurais bien aimé) Passait-il son temps devant des films X ? (j’aurais préféré). Etait-il gay ? (pas celui-là, non) Suis-je frigide ? (non plus). Il n’aimait pas le sexe. Ni avec moi, ni avec quiconque avant. Je ne pensais pas que ce serait possible de tomber sur un homme qui n’aime pas le sexe. Je ne pensais pas que cela pouvait exister.

Il me plaisait furieusement. Son regard avait la tendresse d’un animal sans défense,  la couleur de ses yeux était un subtil mélange de vert et de jaune, des yeux de chat. Il était doux, juste et brillant. Et il jouait de la guitare. Hormis ce léger problème de sexualité divergente, je le trouvais parfait.

Je le sentais malheureux, quant à moi j’étais frustrée. Mais je ne voulais pas le quitter sous prétexte que nous ne faisions l’amour qu’une fois par mois en missionnaire. Certes, ces fois-là il fallait encore que je simule parce que je ne ressentais rien. Mais le quitter était injuste, pensais-je. Et on m’a appris que tout peut s’arranger en communiquant (faux dans ce cas précis).

J’avais un collègue charmant et sympathique qui n’arrêtait pas de me regarder. Je me sentais exister, enfin ! La frustration de ces mois de quasi abstinence m’avait transformée en une personne qui fantasme le matin, le midi et tout le reste de la journée jusque dans mes rêves, c’était ma seule façon d’échapper à un quotidien pesant.  J’étais flattée de plaire à ce collègue parce qu’il était convoité par toute la boîte et c’est moi qu’il voulait. Probablement parce que j’étais la seule qui ne soit pas disponible, je serais incapable de le dire.

Nous allions travailler ensemble tous les matins et tous les soirs il me ramenait chez moi, c’était un vrai gentleman. Je passais mon temps à me moquer de lui et lui de moi. Parfois sa main effleurait mon épaule et c’était le nirvana. Une fois il m’a prise par la taille pour m’embrasser sur la joue, je m’en souviens encore. Malgré le caractère non-sexuel de cette étreinte, je me suis liquéfiée dans tous les sens du terme.

Pourtant nous n’avions aucun point commun en dehors de ce travail peu passionnant. Je détestais tout ce qu’il aimait (le sport, Barcelone, les soirées en boîte, le soleil, le magret de canard). Il ne lisait jamais, même pas des bandes-dessinées, il écoutait la musique à la radio, jamais en live. Je serais bien incapable de dire de quoi nous parlions, je ne me souviens que de nos rires. De cette relation digne d’une sitcom de TF1. J’étais Hélène, il était l’un des garçons. En dehors des heures de travail, nous n’avions pas de relation. Chacun restait poliment à sa place.

Les semaines passant, il est devenu de plus en plus déterminé à m’avoir. Je ne pouvais plus ignorer ses sous-entendus. Je commençais à douter : était-il un gentleman ou un player de bas-étage ? J’en étais arrivée à un point où j’avais tellement résisté à la tentation qu’il disait être amoureux. Je ne répondais rien de peur de dire une bêtise. J’avais envie de lui, j’en étais certaine, mais amoureuse ? Je n’étais plus sûre de rien. Puis j’ai arrêté de travailler et lui aussi, quasiment au même moment. Nous voulions rester en contact mais j’ai changé de numéro de téléphone et je ne l’ai plus revu.

Deux ans plus tard je le croise par hasard dans la rue. Je le trouve toujours aussi charmant et gentleman, j’aime toujours autant sa belle voix masculine. Bonne nouvelle : nous sommes tous les deux célibataires et disponibles. Nous n’attendrons pas bien longtemps pour nous retrouver et passer enfin la nuit ensemble. Mais je le regretterais aussitôt. J’avais tellement fantasmé sur ce moment, je m’étais fait tellement de films, tous plus sensationnels les uns que les autres…J’étais déçue. Ce n’était pas magique, sa peau n’était pas douce comme dans mes rêves, ses baisers n’avaient rien de sensuel, c’était trop tard. J’avais fantasmé sur lui précisément parce qu’il était arrivé au bon moment pour me permettre de m’évader. J’aurais mieux fait d’en rester là. Parce que deux ans plus tard j’avais d’autres envies, d’autres besoins, une autre vie. Passer à l’acte a complètement gâché cette histoire. Il était devenu réel.

 

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7 réflexions sur “Fantasme(s) vs réalité

  1. Ben moi je prends la défense du premier mec (celui qui n’avait pas envie 😛 , tu te doutes pourquoi)….mais d’un certain point de vue, je suis aussi de ceux qui pensent qu’un fantasme est mieux quand ça reste un fantasme

  2. « L’amour fantasmé vaut bien mieux que l’amour vécu. Ne pas passer à l’acte, c’est très excitant. » comme disait Warhol. Il faut parfois savoir renoncer à ses 15 minutes de célébrité.

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