En décalage

Il m’arrive souvent de me sentir en décalage avec les autres. Je sais que je ne suis pas la seule à le penser. Nous sommes nombreux dans ce cas. Parfois on regarde autour de soi, on écoute les gens parler dans la rue, dans le métro, les amis des amis, et on ne comprend pas. On ne parle pas la même langue, on n’a pas les mêmes préoccupations. Ce n’est peut-être pas le problème de l’époque, c’est peut-être moi ? Je n’ai jamais trouvé rassurant de faire ou penser comme les autres, j’ai toujours milité pour être moi-même, quitte à ce qu’on se moque de moi. On s’est toujours moqué de moi, que ce soit très clair ! Déjà, je ne m’habillais pas comme mes camarades quand j’étais petite, par exemple en CM2 je portais des espèces de Doc Martens vernies à clous et j’aimais bien porter des tutus aussi. On me traitait de pute. Ou de punk. Mais ça me glissait dessus parce qu’on m’a appris à me foutre éperdument de ce que pensent les autres. Probablement aussi parce que mes parents ont eux-mêmes toujours été en décalage. Je ne faisais pas ça pour attirer l’attention mais pour me faire plaisir. Je parle de tenue vestimentaire mais c’est pareil pour le reste. J’ai travaillé en intérim pendant des années parce que le travail et l’argent n’ont jamais été des moteurs, je travaillais au gré de mes envies et de mes besoins, surtout de mes besoins, je n’ai jamais aimé travaillé. Je partais en vacances malgré tout (ça énerve beaucoup les autres quand tu pars en vacances alors que tu n’as pas de boulot fixe, c’est moche, la jalousie). Maintenant que j’ai signé un foutu CDI, je suis contente mais uniquement parce que mon taf me plaît et que je ne suis pas peu fière d’avoir négocié un salaire à la hausse qui a été accepté (ma technique a été très simple : je tente et si ça foire c’est pas grave je serais contente quand même). Si demain ce que je fais ne me plaisait plus, je n’aurais aucun scrupule à faire mes mois de préavis et voguer vers de nouvelles aventures. J’ai eu des moments difficiles où je vivais avec 400 € par mois mais je ne peux pas dire que ça me rendait malheureuse pour autant, on se fait à tout je crois. C’est mieux d’avoir de l’argent mais quand je vois ce que j’en fais (c’est-à-dire le dilapider), que j’en ai ou pas, ça revient à peu près au même. Quand j’entends une fille de 25 ans me dire que son rêve c’est d’avoir un CDI et de se marier, ça me fait de la peine. Pourquoi vouloir entrer si tôt dans la vie d’adulte ? Pourquoi ne pas voyager, partir loin, prendre des risques, se faire peur ? A 23 ans je suis partie seule avec mon sac à dos direction la Thaïlande que je ne connaissais pas, sans aucun guide (je l’avais oublié à la maison), je suis arrivée dans un quartier horrible avec des putes et des gros allemands dégueulasses mais je m’en suis sortie. « T’as pas peur de partir seule ? ». Non, je n’ai pas peur, je n’ai peur de rien. La solitude et le silence ont toujours été mes alliés. Il parait qu’on mourra tous seuls de toute façon…autant s’habituer maintenant. Samedi j’étais à une soirée et quelqu’un m’a sorti out of the blue « Mais si tu tombes enceinte, t’as pas peur de te faire virer de ton taf ? ». J’ai failli fuir très loin. Choquée, j’ai balbutié un truc incompréhensible en guide de réponse. Apparemment comme j’ai 35 ans, il FAUT que je pense absolument à avoir des enfants tout de suite. Bon. Peut-être que ça ne regarde que moi ? Le manque de pudeur, fléau de notre époque.  Est-ce-que je te demande si tu pratiques le 69 avec ta grosse ? Non, parce que je m’en tape. Je crois que ma liberté emmerde certaines personnes, je dois leur faire peur alors ils m’agressent. C’est pareil lorsque je dis que je suis végétalienne mais je ne vais pas revenir là-dessus. Peut-être que si j’avais eu une autre éducation, j’aurais moi aussi peur de ne pas avoir d’argent à la fin du mois, j’aurais moi aussi peur de quitter mon taf et de ne pas en retrouver un autre, j’aurais moi aussi peur de finir ma vie toute seule, de voyager loin sans guide, de ne pas avoir d’enfants, de ne pas réussir à devenir proprio un jour etc etc. Je crois que je devrais dire « merci » à mes parents plus souvent. Et « merde » à ceux qui se permettent de parler de ma vie alors que ça ne les regarde pas. Finalement, je suis trop bien élevée, il faut que ça change. Il faut que je redevienne une vraie connasse 🙂

different

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8 réflexions sur “En décalage

  1. Quelle force dans tes écrits ! wouahou ! Quand je me dis que nous sommes tous autant que nous sommes en décalage, que cela soit d(une forme de « normalité » communément admise pour les uns, ou d’eux même pour les autres…En fait j’ai juste à dire que j’aime ton article.

  2. Tu touche un peu le concept d’équanimité. Personnes n’est seul a se sentir différent, personnes n’est seul à souffrir, et personnes n’aimes souffrir, même les poissons n’aimes pas souffrir, ni qu’on abuse d’eux. Ps : tu trône sur mon blog. 😉

  3. Pingback: Différence en écart majeur | Je suis dans la lune

  4. QUOI? A 35 ans tu n’es pas mariée, pas propriétaire et tu n’as pas d’enfant? Et en plus tu n’as peur ni de la solitude ni de la mort? Et tu achètes des sex toys à Bruxelles? (ah oui, et en plus t’es végétalienne…rôôôô!!) Dis, je peux élever une statue à ta gloire, hein je peux, dis?

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