Tout foutre en l’air

la-vallee-troglodytique

Ce soir je me dis que je pourrais très bien changer de vie, en fait. Quitter Paris, aller vivre dans la vallée de la Loire dans une maison qui ne coûterait presque rien avec un jardin pour faire pousser mes propres légumes et élever mes poules qui mourraient de vieillesse. Comme ça je pourrais remanger des œufs, par la même occasion. J’aurais des arbres dans lesquels je monterais pour me rappeler le bon vieux temps, celui de l’enfance et de l’insouciance. Et puis j’aurais plein de chats et des chiens et des lapins et des tout ce que tu veux, une véritable arche de Noé. Je prendrais le temps d’entendre les oiseaux chanter et même de leur donner à manger l’hiver, je fabriquerais ces espèces de mangeoires en bois, je dessinerais des cœurs et des soleils dessus. Les oiseaux s’en foutraient mais moi pas. J’apprendrais enfin à être manuelle, moi qui ne sait rien faire de mes dix doigts. Je récupérerais tous les animaux abandonnés, ce serait un bordel mais joyeux. Pour gagner ma vie je ferais des cosmétiques vegan faits à la maison que je vendrais sur Etsy, après tout je ne serais pas la première à m’y mettre. J’aurais à nouveau le droit d’être casanière, je profiterais de mon amoureux et de notre vie simple, et on ferait un enfant pour sceller notre amour, comme dans les contes de fées. J’aurais moins d’argent, certes, mais aujourd’hui si internet n’existait pas, je n’aurais même pas le loisir de le dépenser. Je n’aurais plus de téléphone pro qui vibre trop souvent, je ne verrais plus cette connasse de lumière rouge qui signifie que j’ai reçu un énième mail à 23h30. Je n’aurais plus de Blackberry, j’aurais un vieux Nokia qui sert uniquement à appeler les gens, c’est tout. A 19h30 je serais chez moi allongée dans mon canapé avec mes animaux et mes enfants, pas dans le métro en train de bâiller avec une paire de cernes affligeante sous les yeux, comme le reste de la rame. Je pourrais enfin lire tous les livres qui s’entassent partout parce que j’aurais le temps ! Je pourrais enfin cuisiner tout le temps, pas uniquement le week-end ! Je pourrais inviter mes parents et mes amis à venir chez nous parce que ce serait super grand chez nous, on aurait enfin des chambres d’amis, pas une mais au moins trois ! Je ferais des roues dans mon jardin, j’adore faire des roues, ça fait un bien fou, c’est libérateur. Et puis y’aurait la Loire à côté donc ce serait forcément sympa, on irait tous guincher à la guinguette ! Quand j’en aurais assez de la campagne, j’irais à Paris passer le week-end, là, j’aurais le temps d’aller dans les galeries, j’aurais le temps de savourer la beauté de la ville, de m’arrêter, de flâner. Et j’irais toujours rendre visite à New York que j’aime tant, en me félicitant de ne pas y vivre, puis je me mettrais à la plongée sous-marine à Koh Tao parce que je ne connais pas encore ce petit paradis, ce seraient de vraies vacances, dépaysantes, reposantes. Et je rentrerais sagement à la maison, heureuse de retrouver ma vie simple.

Ce qui sauve ma journée c’est le colis que ma mère m’a envoyé. A l’intérieur il y avait une jolie lettre et une pierre en forme de cœur qu’elle a récupérée en Espagne. C’est sûrement le hasard mais son petit colis m’a redonné goût à la vie en deux secondes alors que quelques minutes avant j’étais sur le point d’envoyer un horrible mail qui aurait pu me porter préjudice. Le leçon d’aujourd’hui c’est : il faut rester zen. Même si ça me coûte un massage à 150 boules, je m’en fous mais il va falloir apprendre…Je coupe mes téléphones, je me mets en mode « je ne suis pas là ». Et penser à l’avenir….même si je n’aime pas cette idée, j’ai la certitude que je ne veux pas, je refuse, de vivre la même vie dans 5 ans.

Après tout je peux être une connasse n’importe où, ce n’est pas le privilège des Parisiennes.

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16 réflexions sur “Tout foutre en l’air

  1. C’est dommage d’avoir à reporter encore à plus tard la vie qu’on a envie de vivre. Mais je comprends. C’est un équilibre à trouver. Certains se jettent à bras le corps dans l’inconnu de leurs envies, d’autres se dessinent mentalement le chemin, en y plantant des balises pour ne pas s’y perdre. L’important, c’est peut-être bien de tous s’y retrouver à la fin, qui sait? Et là bas, on fera une grande bouffe de l’amitié tous ensemble, en partageant chacun un peu de ce qui nous nourrit réellement…. 🙂

  2. Why not? Peut-être plus facile à mettre en place qu’à le vivre. J’ai mis en place une vie comme je veux, après avoir entendu une chanson. Oui mais il y a des choses qu’il faut aussi assumer. On ne peut pas avoir de potes, mais seulement de vrais amis. Parce que les potes n’arrivent pas à te cerner si tu vis une autre vie qu’eux. Avoir des enfants? faut tirer un trait. Impossible sauf si on ne les scolarise pas. On ne peut pas faire ce que l’on veut avec des enfants. Ce sont les autres mères qui vont mettre l’accent sur le trop de liberté de la mère (indigne?) la Sécurité Sociale? Pas forcément. Beaucoup de français ne l’ont pas. Pas assez pauvres, pas assez riches et le regard effrayé du médecin si on ne peut pas présenter de Carte Vitale. La retraite? Pas forcément alors on espère mourir avant l’âge.
    Un destin différent, une autre trajectoire ou mais il y a d’autres ravins.

  3. Je voulais dire que si l’on veut changer de vie, un peu comme la vie idylique que tu décris, il faut envisager l’après et les conséquences. Ceux qui plaquent tout ont souvent des déconvenues parce que la société fait naître des individus pour consommer pas pour être heureux. J’espère que c’est plus clair😊

    • N’importe quoi 🙂
      « La société fait naître des gens pour consommer »… Mais je rêve ou bien c’est naif et stupide, cette phrase ? On naît en tant qu’être humain, déjà, avec des besoins puis des envies. On ne naît pas consommateur, on le devient. Faut quand même pas raconter n’importe quoi 🙂 J’ai tout plaqué, la seule déconvenue que j’ai, c’est de ne pas l’avoir fait plus tôt. Et on est plein de néo-ruraux comme moi, loin des regrets et des grandes villes 🙂

      • « La société fait naître des gens pour consommer » ce n’est pas mon avis c’est l’avis des économistes des années 70/80. Je suis issue de ces années là et je ne pense pas que la société à voulu mon bonheur avant tout. Malheureusement. Maintenant on parle des décroissants. Un décroissant ce n’est pas un pauvre, du moins pas un vrai pauvre. Le pauvre, lui, il veut des solutions pour bien manger et bien se chauffer.

      • Depuis quand les économistes ne disent pas de conneries ? 🙂 Je crois que ce n’est pas du tout le but d’une société que de vouloir que ceux qui la forment soient heureux, on se trompe de débat là. C’est à nous de le trouver le bonheur, à personne d’autre, au sein de cette société ou en dehors, qu’on soit riche ou pauvre ou décroissant ou ce que tu veux. Encore faut-il le vouloir, le bonheur, encore faut-il y croire, encore faut-il avoir le courage de ses convictions….

  4. Tout un programme. Chez certains cela reste une idée un rêve, d’autres franchissent le pas, avec des réussites diverses… Une amie a quitté Paris avec son homme pour partir dans la nature. Vivre au grand air, élever leurs chèvres, vendre leur fromage et autres produits sur des marchés, et se débrouiller avec du troc plus qu’avec de la monnaie pour l’essentiel. C’était une belle aventure et elle ne regrette sans doute rien même si trois ans et deux gosses plus tard, elle est revenue en abandonnant un rêve qui était peut être trop beau, mais qui ne lui correspondait au final pas tant que ça.
    Tu as surement le temps de murir encore tes projets d’avenir, le tout est comme tu dis de ne pas te laisser enfermer dans la vie de dingue pour 5 ans ou plus encore! 🙂

    • C’est vrai que parfois on se trompe de « rêve ». Je suis tout à fait d’accord avec toi. Se débrouiller avec du troc plutôt que de la monnaie, j’avoue que je ne suis pas assez hippie dans l’âme pour en arriver là 🙂 C’est toujours une bonne chose d’aller au bout de ses envies, peu importe si on change à nouveau quelques années plus tard. Il devrait y avoir plus de personnes comme ton amie, celles qui avancent sans peur et qui ne regrettent rien !

      J’ai écrit ce texte un vendredi soir après une semaine vraiment difficile mais je suis heureuse dans ma vie, sinon je ne la vivrai pas ! Je sais que cette vie-là ne durera qu’un temps et que j’en vivrai une autre, très différente dans quelques temps 🙂

  5. J’ai bien souvent les mêmes envies que toi mais à court terme. J’adore la province, la montagne, la mer, la campagne, les trucs rustiques.. mais pas pour la vie. Je pense qu’au fond, je resterai une éternelle citadine. Pour le Nokia, si tu parles du 3210, tu peux aussi t’en servir pour envoyer des coups à la tête des gens qui t’emmerdent…

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