Le syndrome Mère Térésa

Je ne sais pas exactement d’où ça vient. Sans doute un mélange entre ma personnalité et mon éducation ? J’ai toujours été attirée par les êtres humains qui ont des fêlures, les extravertis, les solitaires, les taiseux, les guignols, les fragiles, surtout. Déjà, lorsque j’étais petite, je choisissais une meilleure amie avec des problèmes de poids, un père dépressif et alcoolique qui finira par se suicider avec un fusil de chasse, une mère libertine instable professionnellement et un beau-père lui aussi alcoolique, autoritaire et misogyne. Elle s’appelait Mélissa. Chez elle, il n’y avait pas de salle de bain, elle se lavait au gant dans la cuisine, et elle n’avait ni brosse à dents, ni dentifrice. C’est moi qui lui ai expliqué qu’il fallait se laver les dents, que c’était sans doute pour ça que les siennes étaient jaunes. Personne ne lui avait jamais dit. Pour être tout à fait honnête (c’est le but de ce blog, je crois), j’étais fascinée par sa vie à problèmes, je trouvais ça tellement romanesque. Quand j’allais dormir chez elle, sa mère et son beau-père baisaient bruyamment dans la chambre d’à côté et elle ne disait rien, sans doute honteuse de me faire subir ça alors que c’était tout l’inverse, ça m’amusait, c’était exotique à mes yeux. Nous n’avions absolument rien en commun si ce n’est que nous étions dans la même classe. Je la trouvais lente, pas brillante, toujours incroyablement mal sapée, pas dans son temps mais on rigolait toutes les deux. J’apprenais qu’on pouvait avoir une autre vie que la mienne, et j’avais à cœur de mettre un peu de légèreté dans son quotidien.  Avec mes parents on l’aidait comme on le pouvait, elle partait en vacances avec nous, on l’emmenait au musée, elle dormait à la maison pour éviter les engueulades des adultes. Malgré nos différences, on a vécu de beaux moments….jusqu’à ce qu’elle « oublie » de m’inviter à son mariage. J’étais la dernière personne à l’avoir connue petite et je pense qu’elle n’a pas voulu de moi parce que je représentais le passé qu’elle essayait tant d’oublier. J’ai vécu cet oubli comme une trahison puis je me suis rendue à l’évidence : nous n’étions plus amies depuis bien longtemps et c’était un soulagement de ne plus la côtoyer. J’ai fait ce que je fais toujours quand il n’y a plus rien à sauver : j’ai lâchement fui et elle n’a pas essayé de me retenir. Fin de l’histoire.

Par la suite, j’ai continué à être extrêmement gentille avec des quasi inconnus qui ont finis par disparaître. Comme Christelle, voisine au chômage en procès contre son père pour inceste. Elle n’avait jamais rien, pas de cigarettes, rien dans le frigo, alors elle venait à la maison. Et puis je lui ai trouvé un emploi. Elle ne m’a jamais dit « merci » mais ça me faisait plaisir de la voir renaître alors je ne disais rien. Elle m’appelait en pleine nuit, en larmes, et j’accourais. Je remplissais ses feuilles d’impôts, je lui prêtais de l’argent, j’écrivais ses courriers à sa place. Jusqu’au jour où elle est venue frapper à ma porte pour me taxer une clope puis a disparu juste après. J’étais devenue son débit de tabac, son restaurant, sa banque. J’ai été très peinée de ne plus la voir sans doute parce que je suis masochiste. J’avais, encore une fois, tellement envie de l’aider, la pauvre. Et ça a continué. Je n’ai fait que de m’entourer de personnes dont je connaissais toute la vie, j’aurais pu écrire des sagas sur eux. Mais ils ne connaissaient rien de moi, même pas ma date de naissance. Ça ne les intéressait pas. Ils étaient trop préoccupés par leur mal-être et leur malheur. Je le sais mieux que personne : plus tu aides quelqu’un, plus il te méprisera. J’étais celle qui va bien, celle qui les prend en charge, celle qui les sauve. La connasse trop gentille qui « prenait sur elle ».

Aujourd’hui je ne suis plus masochiste. Je n’accepte plus le manque de respect, le manque de politesse, la politique du zéro retour, c’est déjà un grand pas. On peut avoir des fêlures et être quelqu’un de charmant. On peut être marginal et respecter autrui. Malgré tout, je reste vigilante parce que je suis lucide sur ce que je suis. Je suis obligée de me remettre en question et de disparaître lâchement quand la situation ne me convient plus. Lâchement parce qu’il n’y a rien à dire, parfois. Parce que l’autre en face ne comprend pas, parce qu’on n’a jamais parlé la même langue, dès le départ. Je me bats contre ce syndrome de mère Térésa ou syndrome de l’assistante sociale (que je ne suis pourtant pas). Je propose mon aide à ceux qui sont méritants et bienveillants. J’offre mon amitié à ceux qui s’intéressent à moi, qui partagent mes centres d’intérêts, qui me posent des questions, qui m’apprennent des choses, qui se soucient de mon bien-être, qui me respectent. Qui ne remettent pas en cause ma parole et qui ne me jugent pas. De tous ceux que j’ai aidés, je me demande qui se souvient de moi. Parfois je me sens bien conne, je me demande pourquoi je continue à vouloir sauver le monde entier alors qu’on ne peut se sauver que soi-même. Je n’aime pas la fierté mais….je suis fière de moi. Parce que j’ai réussi à le faire, me sauver. C’est peut-être pour ça que je tiens tant à ce que tout le monde s’en sorte. Parce que je sais que c’est possible, peu importe d’où l’on vient.

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16 réflexions sur “Le syndrome Mère Térésa

  1. Le syndrôme Mère Thérésa, c’est casse-gueule et masochiste. On m’a toujours conseillé de ne pas fréquenter de personnes qui ont plus de problèmes que moi, au risque de se faire vampiriser, dans tous les sens du terme : sur le plan énergétique et sentimental surtout.

  2. C’est cool de vouloir aider son prochain surtout dans une société aussi individualiste, mais le souci (enfin je pense) c’est que pas mal de gens baissent les bras devant leurs problèmes alors comment les aider, s’ils ne veulent même pas s’aider eux même !! Et en plus de ça les gens sont égoistes une fois qu’ils n’ont plus besoin de toi ils oublient se que tu as fait pour eux dans le passé, c’est malheureux mais c’est comme ça. L’amitié c’est partager les bons comme les mauvais moments !!
    Bisou
    Charly

    • Oui, je suis d’accord avec toi, certains restent dans leur merde et ne cherchent pas à trouver des solutions pour s’en sortir. Certains vont mal et ont besoin de toi mais dès qu’ils vont bien ils t’oublient… L’amitié c’est rare, je crois qu’il faut que j’arrête de croire qu’on peut être ami avec tout le monde 🙂 Merci pour ton commentaire Charly. Bisou.

  3. Encore un formidable billet. Je te kiffe tu sais….

    Bon, eh bien je suis sensiblement pareille mais tu y rajouteras un gros zeste d’égocentrisme et aussi un caractère bien trempé et du coup toute la partie « masochiste » disparaît comme par enchantement.
    J’aime beaucoup aider, mais ma patience a des limites…
    Je suis globalement solidaire mais faut pas chercher à en profiter…
    Et j’ai un frisson d’amour en plus pour ceux qui en ont besoin, mais s’ils me trahissent, alors je les conchie !

    • Merciiii 🙂

      Ma patience (et ma connerie) a aussi des limites, quand elles ont été atteintes je disparais comme par enchantement 😉

      L’un des avantages d’avancer en âge c’est quand même de ne plus reproduire les mêmes erreurs ou en tout cas moins souvent. Je pense que je suis guérie, maintenant je me concentre sur mes véritables amis, les autres peuvent aller se faire cuire le cul 🙂

  4. Avec mon mari, nous sommes des masochistes qui passons notre temps à aider les autres (jusqu’à les héberger chez nous, sous notre toit, même encore maintenant alors qu’on a deux enfants et très peu de place).
    Et nous n’avons souvent rien en retour.
    Bon de toute façon, ce n’est pas pour ça qu’on le fait. Mais c’est clair que ça fout les boules de voir que l’altruisme se raréfie.
    Je ne suis pas une tarée fan d’ésotérisme hein mais je crois au karma: fais le mal autour de toi et tu finiras par le payer un jour.
    Alors je ne sais pas mais peut-être que si on fait le bien autour de nous…

    Se faire cuire le cul lol!

  5. Au fil des articles on découvre ta personnalité. Et on se ressemble pas mal!
    Le côté Mère Teresa, oh oui je connais… je m’occupe tout le temps des autres avant moi même.. et au final, je finis sur le carreau, car les autres s’occupent peu de moi. Parfois je ne demande rien en retour car n’en ai pas besoin, mais j’aimerais quand même bien un jour rencontrer l’homme qui saura être au niveau d’ouverture et d’affection que j’attends.. et sans m’étouffer bien sur! car certains veulent notre bien et décident qu’ils seront notre solution dans la vie alors qu’on leur a rien demandé ! Entre ceux qui n’ont aucune sensibilité et ceux qui sont trop étouffant d’amour… comment faire??

    • Perso je ne me fais plus avoir, avant je m’entourais de n’importe qui, aujourd’hui ma vie sociale est moins riche mais mes amis les vrais sont les mêmes depuis que je suis ado en gros. Je ne cherche plus de nouvelles amitiés, je ne force rien en tout cas. Et je me méfie de moi, je me connais, à vouloir aider le monde (c’est de famille !).

      Mon mec est un peu comme moi à la base, trop gentil. Ensemble on est bien et on veille à ne plus se faire avoir par les autres. Je te souhaite de trouver quelqu’un qui te correspond et qui ne t’étouffe pas (ça existe !) 🙂

  6. Merci 🙂
    J’avais presque trouvé… mais ça s’est arrêté il y a peu.. surement pour la raison Paris/Province.. il me manque tous les jours mais vraiment… je n’ai pas osé être moi même devant lui par peur de le choquer… ( il vient de Limoges…) s’il savait tout ce que je pense OMG !!

  7. bé voui.. mais quand moi être amoureuse, moi etre aveugle et surtout serpillère trop gentille.. comme quoi il se cache toujours un ange derrière la connasse parisienne ;))

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