Les pouffes de l’ascenseur

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Dans l’immeuble dans lequel je travaille (oui, maintenant que je travaille, j’ai encore plus d’anecdotes qu’avant) sévit un chirurgien plasticien et esthétique de renom (parait-il). Ce qui me permet de croiser un ballet de créatures étranges qui pourtant se ressemblent toutes. Blondes (désolée mais je n’ai encore jamais vue une seule brune), la bouche en cul de poule statique, le regard comme anesthésié, la peau tirée jusque derrière les oreilles qu’elles cachent avec un foulard ou un brushing digne de Farrah Fawcett, lèvres qui brillent, sourcils quasi inexistants, fard à joue qui ne fait qu’accentuer leurs pommettes en plastique, cils assortis aux ongles :démesurément longs et colorés, elles déambulent dans leur ensemble couture, juchées sur des Louboutin vertigineuses, le sac à 5000 boules comme un étendard. Elles sentent toutes le même parfum capiteux qui me donne la nausée lorsque je me retrouve coincée avec elles dans l’ascenseur . A chaque fois je retiens ma respiration comme si j’avais 8 ans et que je plongeais la tête dans la baignoire. Tout est faux chez elles à part les marques de luxe qu’elles portent fièrement, vrai python, vrai crocodile, vrai cuir d’agneau, de ce que vous voulez tant qu’on peut tuer la bête et en faire un produit hors-de-prix. Souvent, elles sont impolies, pas de bonjour, pas de merci quand je leur tiens la porte de l’ascenseur (je précise que je le fais uniquement pour les voir de plus près et m’en moquer par la suite, gnark gnark). Je les dérange. Elles ont honte de se rendre chez le chirurgien, parce qu’il est évident que c’est là qu’elles vont. Elles savent que je sais. Lorsque j’ai croisé la secrétaire du grand médecin, elle s’est présentée crânement, comme si c’était prestigieux de travailler pour un faiseur de physiques identiques. Moi : « Et vous avez des clientes célèbres, j’imagine ? » Elle, sur un ton solennel avec regard amusé : « Oui ». J’ai ajouté que le secret professionnel devait l’empêcher de me dire qui et elle parut enchantée, comme si c’était elle le chirurgien des stars. Un jour, peut-être, j’oserais poser deux ou trois questions à ces femmes qui passent sous le bistouri du chirurgien qui un jour, alors que je fumais une cigarette devant l’immeuble, s’est permis de me dire que c’était mauvais pour la santé. Belle ironie, n’est-ce-pas ? Sur mon paquet de cigarettes il est écrit que fumer tue mais ce chirurgien que fait-il quand une patiente (je devrais dire cliente) lui demande une douzième opération alors qu’elle aurait besoin d’un psy ? Pourquoi veulent-elles toutes se ressembler ? Pour créer une nouvelle race humaine ? La race des pouffes de luxe internationales ? Pourquoi est-ce devenu leur norme, ce physique de gogo danseuse cheap ? Les bourgeoises ne sont plus élégantes, elles ressemblent à des putes du bois de Boulogne (no offense les putes du bois). Et par-dessus tout pourquoi refuser le temps qui passe, le charme des rides naissantes, la peau imparfaite qui raconte des histoires ? Tout ça ressemble à s’y méprendre à une bataille contre la mort perdue d’avance…

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18 réflexions sur “Les pouffes de l’ascenseur

  1. Au US parait que c’est chic d’être refaite même si ça se voit. En fait faut que ça se voit. Lorsque j’avais 18 ans je voyais une dame avec beaucoup d’allure qui passait devant chez moi à vélo. Pas refaite, pas de marque ostentatoire mais de la classe. Je pense souvent à cette dame et je me dis que c’est mon modèle pas la dame de la photo qui fait vachement peur.

  2. Humanité(es) déshumanisé(es). Mise au féminin certes hasardeuse mais pour me caler dans ton propre ton.

    Que reste-t-il un fois les Louboutin déchaussées et le sac en croco posé , ces matins très tôt ou ces soirs très tard, quand il ne reste plus qu’elles avec elles-même ? Que voient-elles dans la glace au fond de leur regard retaillé et de leur visage ciré ? Arrivent-elles encore à apprécier les nuits zik – café – clope un peu mélo à broyer un gentil noir pour la beauté du geste et de sa profondeur ? Leur coeur (voire leur âme) n’est-il plus que recouvert d’une gangue plastique thermoformée ?

    Ouais, au final, c’est un peu ce que je me demande concernant ces créatures…Et ce qu’elles cachent derrière cette conforme platitude et ce qui vaut que leur être dépersonnalisé soit avant tout un avoir…Victimes consentantes ou autre…J’en sais rien…Mais là il faudrait limite aller leur triturer les neurones et les mois.

    Pauvres filles…

      • Oui…Qui est le plus fou des deux, le fou ou celui qui le suit ? Parfois on comprend que ce genre de « pouvoir » (si dans l’absolu et sémantiquement, c’est très juste) n’en est pas un…C’est un peu en lien avec mes réflexions entre l’être et l’avoir…Préférer « être » un être ou l' »avoir » et être « avoir soi-même à l’image de ce qui peut être désiré ?

        Quelque part cet article peut nous dire que c’est l' »être » que tu eus choisi…Et c’est tout à ton honneur…Ou plutôt ta dignité et intégrité.

  3. Je me souviens d’une belle dame aux cheveux blancs digne, souriante, délicieuse. Elle est entrée dans une pièce, a laissé tomber quelque chose et tous les messieurs présents se sont précipités pour le lui porter … Non, ce n’était pas par déférence envers une dame âgée … Elle était la séduction même. Et elle le savait.
    Avancer en âge avec grâce …
    comme Catherine Deneuve, en fait – qui vient en vacances accompagnée de son coiffeur – attention, je n’ai pas écrit  » avec  » !
    J’étais chez un autre coiffeur, Boulevard des Capucines, en étage – à côté d’une dame assez jeune … elle racontait ses diverses opérations et tout y était passé.
    Le coiffeur : vous avez pensé aux lobes des oreilles ?
    Caresses aux chats
    ( j’en ai deux et je suis végétarienne tendance un peu souple mais quand même – pas de viande – non ! )

    • Catherine Deneuve a une élégance folle, en revanche pour l’avoir vue de très près, elle est refaite entièrement et c’est fort dommage. La pression exercée sur les actrices est abominable !

      Les coiffeurs ont toujours un sens de l’humour dont je ne saurais me passer. Je déteste qu’on touche mes cheveux, si je vais chez le coiffeur c’est pour écouter les histoires du mien, il est théâtral, il a vécu mille vies, il est assez génial (et il coupe parfaitement les cheveux, ce qui ne gâche rien !).

      • Quand Catherine Deneuve est venue à Dinard, donc, elle a fait savoir qu’elle détestait les selfies. Je trouve très inopportun et vulgaire d’imposer les selfies. Respect.
        Quelqu’un avait vu de près Michèle Morgan et avait pris des photos lors de l’inauguration d’une de ses expositions. De profil,  » ça  » se voyait aussi. Ma

  4. … zut… respect – chut …
    Je n’ai plus de coiffeur depuis que mon bon coiffeur est parti, un gars bien, qui me faisait des chignons… et depuis … Je fais tout moi-même, parce que je suis blonde en vrai, et que s’il avait continué, je n’aurais plus de cheveux à cause du crêpage..
    Quelquefois on me demande, dans la rue comment je procède.
    Parfaitement. 🙂
    J’aime ton blog
    et les voyages que je ne ferai pas.Donc tu me fais un plaisir immense, sans le savoir, mais maintenant tu le sais.

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