Le mystère des livres électroniques

J’ai un amour profond pour les livres, les vrais, ceux de papier. Un livre ne se touche pas, il se caresse. Un livre se respire, et tant pis si on est dans un allée de la Fnac, tant pis si cela semble ridicule, j’aime m’imprégner de l’odeur du livre avant d’évaluer la qualité du papier, avant de lire deux ou trois phrases en plein milieu, pour décider si je vais me l’approprier, s’il trouvera une place chez moi et peut-être, espérons-le très fort, dans mon cœur. Je ne sais pas si c’est une coïncidence (je ne le crois pas) mais tous les gens qui comptent dans ma vie aiment la lecture. On s’échange des livres, on en parle comme certains préfèrent parler des films qu’ils aiment. Des livres m’ont sauvé la vie. Lorsque j’allais mal, lorsque j’étais trop apathique pour sortir de chez moi, il me restait la lecture et c’est elle qui me permettait de continuer à rêver, de continuer à espérer, à croire au retour du soleil. Quand je pense à tous les livres qui sont là, à tous ces livres que je n’aurais pas le temps de lire, j’éprouve une profonde tristesse. Avant je lisais un livre jusqu’au bout, même s’il ne me plaisait pas, par respect. Aujourd’hui je me dis que je n’ai pas le temps, la vie est trop courte, je lui laisse une chance mais si je pense à ma liste de courses ou aux prochaines chaussures que je vais acheter durant ma lecture, je l’abandonne. Et j’en lis un autre.

Tous les jours, je constate que de plus en plus de gens lisent des ebooks sur leurs liseuses électroniques. Je comprends bien que la chose soit pratique : au lieu de s’encombrer de dizaines de livres, ils sont stockés dans cet appareil qui est léger et ne prend pas de place. Mais le charme des départs en vacances où les valises pèsent dix tonnes parce qu’on veut emporter des pavés, on en fait quoi ? Il est mort, ce charme-là. Parce qu’on veut du pratique à toutes les sauces. Certains de mes amis, grands lecteurs, ont succombé à la liseuse électronique. Même ma mère en a une. Qu’elle adore ! Ma mère. Je ne sais pas si vous vous rendez bien compte. Avec un vrai livre, on tourne les pages, ça fait du bruit, ça fait un peu de vent même. On avance dans l’histoire, parfois avec calme, d’autres fois avec hâte. Avec la liseuse on clique. Encore et toujours. Déjà que plus personne n’écrit avec un stylo…

L’autre jour j’étais dans le métro, debout derrière une femme assise qui lisait un livre sur sa liseuse des Enfers. J’ai pris la liberté de lire au-dessus d’elle, pour voir… Et j’ai eu une révélation. Les livres électroniques plaisent parce que personne ne sait ce que vous lisez. Il n’y a pas de couverture, c’est blanc ou noir peu importe mais aucune inscription, aucun indice de la lecture en cours. On peut lire le dernier Marc Lévy sans aucun jugement, on peut lire un roman à l’eau de rose, on peut lire tout ce qu’on veut sans honte. Quand on lit Ulysse de James Joyce, on veut que ça se sache parce qu’on est fier de lire un classique qui fait plus de mille pages, on espère que quelqu’un viendra nous voir pour en parler, on espère, pour les plus romantiques, rencontrer l’amour de sa vie grâce à un chef d’œuvre de la littérature. Il y a quelques années, il m’est arrivé, à plusieurs reprises, de voir des femmes lire des livres dont elles avaient cachée la couverture. A la place, c’était du papier de couleur qui empêchait autrui de savoir de quel livre il s’agissait. Souvent, c’était un Harlequin. Ces romans à l’eau de rose où les femmes s’appellent Amber ou Lindsay et ont toujours « des cheveux auburn qui tombent en cascade sur ses épaules ». J’ai lu des Harlequin lorsque j’étais ado, je ne m’en suis jamais cachée, c’était mièvre et amusant, très old school, la femme désœuvrée qui attend son Prince Charmant qui est souvent un riche milliardaire (ça alors!). Mais ce n’est pas de la littérature. Marc Lévy non plus. Je me plais à penser que les amoureux de la littérature, les amoureux des gros pavés qui envahissent nos appartements, continueront encore et encore d’acheter des livres, des vrais. Et que ceux qui manquent de goût, de raffinement et d’intelligence, les femmes et hommes pressés, continueront de lire du mauvais best-seller et du caca parfumé sur leurs liseuses. Nous n’avons pas les mêmes valeurs.

marilynulysses

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10 réflexions sur “Le mystère des livres électroniques

  1. Fruit d’une conversation pas si lointaine avec une amie sur le même sujet. Et je partage parfaitement ton avis ,il y a quelque chose de beau dans le livre, en soi, et me souviens de certaines question sur ce qu’est réellement le livre, en tant qu’objet comme en tant que ce qu’il porte.

    Défiance assez absolue face à ces machins électroniques qui, simple sentiment, font perdre une certaine forme de poésie au livre, et un pas de plus vers la littérature comme objet de consommation plus que forme d’art…Même si en disant ce genre de choses j’accepte d’être taxé de vieux con.

    Comme j’aime ta réflexion sur le stylo, que je partage, et où je mets également un point presque d’honneur sur cette question, voire presque d’intégrité et un refus d’une forme de dépendance à cette petite matrice s’immisçant doucement.

    Bref…Un peu comme ce que tu dis…Du moins ce que je crois lire entre les lignes…La question livre « papier »/kindle n’est – je le pense aussi – pas qu’une simple question de « mode »…Mais avant tout une question d’art de vivre.

  2. Bonjour,
    C’est plus pratique une liseuse, c’est plus pratique que de s’organiser avec ses livres, c’est plus pratique internet qu’une bibliothèque, c’est plus pratique facebook qu’un réel échange, c’est plus pratique, c’est plus pratique… C’est plus pratique de ne pas penser, c’est plus pratique d’acheter ce que l’on nous vend à la télé, c’est plus pratique : Fock dat!
    haha
    Bon week end
    W.

  3. Rhaaaaaa le beau billet !!!
    Jamais je n’aurai de liseuse, je ne peux pas…
    Jamais je n’encombre ma valise de livre non plus, mais je traque les bibliothèques de vacances (je garde les cartes qui me servent d’une année sur l’autre dans mes villes habituelles)
    Jamais je n’abandonne un livre, je le laisse un peu, j’en prends un autre en attendant, mais je veux le finir. Ou alors c’est qu’il me parle trop, et trop violemment (Ravage…. C’est René que j’aime qui l’a écrit, mais je ne peux pas lire la fin, je suis bloquée à l’avant-dernière page)…

    Bon, en revanche je troque mes livres…

  4. Merci ! Je suis tellement d’accord, je déteste les liseuses, elles m’horripilent au point de les arracher et de faire manger les fils électroniques au propriétaire…
    Le charme de la bibliothèque personnelle qui déborde et qui craque, les heures passées à ranger les nouveaux livres, et finalement cet instant où tu la contemples et où tu te sens prêt(e) à lui dédier un poème façon Baudelaire…
    Irremplaçable.

  5. La liseuse peut remplacer le livre papier tout comme le blog peut remplacer les journaux. Dans mon cas, je ne m’attache pas ou peu au support, mais chacun aura ses préférences. Le plus important reste le travail de l’auteur, pas celui de l’imprimante.

  6. C’est un jugement à l’emporte pièces de dire que  » Et que ceux qui manquent de goût, de raffinement et d’intelligence, les femmes et hommes pressés, continueront de lire du mauvais best-seller et du caca parfumé sur leurs liseuses ». J’ai pour ma part une liseuse et je suis loin de lire du Marc Levy ou les derniers best-sellers à la mode et à l’eau de rose. Je lis des livres de littérature contemporaine (et pas forcément des bouquins de paralittérature, empruntant sans arrêts les mêmes grosses ficelles) et surtout, pas mal de classiques, qui sont libres de droit et donc gratuits sur une liseuse (ce qui m’arrange bien vu mon compte en banque et le nombre de livres que je lis par an). Alors je sais, je pourrais emprunter à la bibliothèque, mais j’aime avoir les livres et les relire quand je veux, et surtout, prendre des notes dessus et surligner des passages (ce que je ne peux faire avec des livres empruntés). Je trouve cela pratique aussi pour lire de gros pavés comme j’aime bien lire allongée et qu’à force, on finit par avoir mal au poignet à tenir le livre à bout de bras quand c’est sur papier. Troisièmement, quand on vit dans un très petit appart en ville, qu’on est dans 30m carré ou moins, au bout d’un moment, la bibliothèque n’est plus extensible. Pour autant, rassurez-vous, je continue à acheter des livres au format papier vu que certains sont plus chers en ebook et que je veux continuer à faire vivre les petites librairies.
    Quant au bruit que fait le papier en tournant les pages,moi aussi j’aime bien mais bon, je garde l’habitude vu que je lis aussi sur papier et au final, je ne vois pas trop la différence avec un livre vu que c’est surtout le contenu d’un livre qui m’intéresse et non la possibilité de frimer dans le métro ou le train en montrant la couverture du classique que je lis (si je veux moi aussi partir dans les jugements rapides…), je ne lis pas par snobisme et bien qu’il soit vrai que je trouve dommage de ne pouvoir prêter les livres que j’ai sur ma liseuse, je continue de parler tout autant qu’avant des nouveaux livres que je lis et que j’ai adoré à mes amis.

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