Un matin, ça ne sert à rien…

Tous les matins mes yeux tentent de s’ouvrir sans y parvenir avant de longues secondes. Tel un enfant qui vient de naître, j’ai envie de hurler mon incompréhension face au maudit réveil qui sonne la fin de ma brève nuit. Souvent, mon bras gauche est engourdi parce que je m’affale dessus pendant les pauvres petites heures de sommeil qui me sont accordées. Je regarde les minutes défiler avec horreur, je méprise le temps qui passe toujours trop vite, j’ai envie de creuser un tunnel au milieu du lit qui me ferait arriver dans un monde merveilleux où les matins n’existent pas. Je vois les minutes défiler et je pense « Encore deux minutes et je me lève ». Je regarde l’amoureux qui dort et qui dormira quelques heure encore, le veinard. Je l’envie avec force.

Je ne suis pas moi-même le matin ; je ne suis que le rebut de ma personne. Le matin, je ne suis pas finie, ou finie à la pisse alors. L’équation moi + le matin n’est pas belle à voir et impossible à résoudre. Le matin, j’ai des envies de meurtre, je maudis la Terre entière, j’ai envie de frapper, de cogner, de pleurer et de mourir. Je soupire en regardant mon reflet dans le miroir, cheveux hirsutes, chemise de nuit de travers, chaussons dépareillés, moue boudeuse. Je suis la lenteur incarnée, je me traîne à la recherche de vêtements en butant dans une table, une chaise ou un chat, ce qui se trouvera sur mon chemin. Ce n’est pas de ma faute : je ne vois rien, je marche à tâtons comme dans le labyrinthe de verre du Jardin d’Acclimatation. Sous la douche, je reste inerte face à l’eau qui coule, je fais tomber le gel douche, je le ramasse difficilement, on dirait une petite vieille, comme c’est mignon. Je me plains au chat de ma misérable existence « Tu vois, je suis obligée de me lever parce qu’il faut travailler pour acheter tes croquettes de luxe ». La bête me regarde l’air de dire « Pauvre conne, j’ai rien demandé moi ». Une fois prête à affronter le métro parisien, je sors de chez moi et environ une fois sur trois je suis obligée de faire demi tour parce que j’ai oublié mon téléphone portable ou les clefs du bureau. Il arrive qu’en voyant ma tenue dans le miroir de l’entrée, j’en profite pour décider de changer de tenue parce que je ne me plais pas. Et s’il y a une seule personne au monde à laquelle j’ai envie de plaire, c’est bien moi. Et c’est comme ça tous les matins, peu importe la saison. Depuis que je suis née.

keepcalmand

Lassée de cette situation inconfortable qui dure depuis bien trop longtemps, j’ai décidé d’agir. D’adopter la positive attitude chère à Lorie et Monsieur Raffarin. Désormais le réveil sonne et je me lève illico, au garde-à-vous. Ma tenue du jour a été soigneusement choisie la veille : je sais d’avance que je vais me plaire, pas de doute là-dessus. Je file sous la douche avec le sourire, au début un peu forcé, mais c’est en souriant qu’on finit par sourire intérieurement (proverbe anonyme. Hum). Après tout je suis en vie. Une excellente raison de sourire. Je bois un thé en fumant une cigarette en caressant le chat (je suis une femme, je peux faire plein de trucs à la fois). Je ne prends toujours pas de petit-déjeuner parce qu’à 7h30 si j’ingère quoi que ce soit mon corps n’est prêt qu’à une seule chose : le vomir. Mais je prends le temps. De regarder par la fenêtre, d’écouter les oiseaux, d’apprécier le silence, de choisir le livre que je lirai dans le métro (je parle d’un vrai livre, pas de ces horreurs électroniques hein). Je pars en ayant pris soin de faire un bisou à l’amoureux endormi et au chat avide de caresses. Je marche 3 mn et je me rends compte que j’ai oublié mon téléphone portable. Personne n’est parfait. Mais un jour je sais que j’y arriverai. Un jour, j’aimerai me lever le matin.

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7 réflexions sur “Un matin, ça ne sert à rien…

  1. Courage! Après un certain nombre de matins comme ça, ça finira par te sembler plus facile, comme des chaussures neuves qui deviennent confortables à la longue! Mais je pense quand même que les chats, au contraire, demandent toujours qu’on aille travailler pour gagner leurs croquettes quotidiennes. Ou voler l’argent nécessaire, peu importe! C’est notre devoir de maître de chats!

  2. Ben tu me rassures ! Idem le matin… Je suis tellement de mauvais poil que j’me dis que j’ai tellement l’air catastrophé que je ferais mieux de prendre mon café sans moi ! MDR

  3. Je vis dans ce monde merveilleux ou les matins n’existent pas. J’ai toujours fait la grâce matinée parce que lorsque j’étais petite je me suis dis que ça serait comme ça. Pourtant moi aussi le matin (vers 10H 30) lorsque je me lève, ça ne va pas toujours. Hier j’ai lu ton article et ça m’a fait réfléchir. Je me suis dit que cette semaine dès que je me réveille je me lève et ça ne sera pas pire. Si je reste au lit je respire mal (asthme) et je verrais peut-être le petit matin. Je commence demain:)

  4. Comme je te comprends… A 5h45 mon réveil braille du Lady Gaga (plus de sousou pour changer de CD, c’est ça ou le buzz qui te sors du lit comme si c’était la Troisième Guerre Mondiale) et je me sens devenir gaga à en faire péter l’univers…
    J’aime tellement les weekend (snif)

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