Je suis sortie de chez moi

Aujourd’hui les températures étaient supportables, lorsque je suis sortie ce matin tôt pour aller chercher un colis dans un relais, j’ai même eu froid en t-shirt. Je devais être la seule fille à sourire bêtement pour cette raison. Quand je suis déprimée à cause de cet été de merde et cette chaleur de chiotte, je pense au moment où je sortirais ma grosse couette de l’armoire et je me réjouis par avance, je n’ose pas aller jusqu’à penser au moment où je mettrais une écharpe autour de mon cou, ce serait beaucoup trop dangereux, je risquerais carrément l’orgasme en pleine rue… Pour ceux qui se demanderaient ce qu’il y avait dans le colis, la réponse est : un moule à financier et un moule à donuts, maintenant que j’ai retrouvé ma taille de guêpe, on est d’accord qu’il faut niquer tout ça avec du gras ? On est d’accord.

Alors que je m’apprêtais à faire une sieste (chômage mon amour), j’ai eu des nouvelles de Bastien qui tente régulièrement de me pécho mais malheureusement il ne me plaît pas. Je ne sais même plus par quel biais on s’est rencontré, il fut un temps où j’étais inscrite sur à peu près toutes les apps de rencontres, après une longue relation, c’est un peu la frénésie, on veut tout essayer. Depuis j’ai déchanté mais je ne vais pas revenir sur le sujet. Disons simplement que j’en suis arrivée à cette conclusion rassurante : moi au moins je ne risque pas de souffrir. Alors que toi qui es en couple, tu ne le sais pas mais un jour cette belle rencontre, ces premières fois ensemble, ces éclats de rire, ne seront que des souvenirs. Et même si tu penses « Non mais « nous », c’est différent », sache que les statistiques sont contre toi. Mais je ne suis pas là pour vous casser le moral (même si objectivement je suis réaliste et que c’est important d’être réaliste. Pourquoi ? Parce que ça permet d’apprécier le moment présent au lieu de craindre l’avenir).

Revenons gentiment à Bastien. Je ne comprends pas comment on peut appeler son fils «Bastien », c’est tellement moche comme prénom. Ça fait genre « Sébastien c’est trop commun alors on va enlever une syllabe ! », c’est ridicule. Il y a des prénoms que je déteste, pour les femmes c’est Valérie (j’en ai beaucoup parlé sur le blog) mais aussi Estelle (je ne saurais l’expliquer, j’aime pas, c’est tout) et Séverine qui remporte la palme du prénom le plus tarte de la terre. J’adore mon prénom, j’aurais détesté m’appeler autrement. Si je m’étais appelée Valérie j’aurais eu une vie de merde, j’en suis absolument certaine. Si je m’étais appelée Séverine j’aurais porté plainte contre mes parents et gagné le procès. Pour les hommes je déteste Bastien mais aussi Quentin qui sonne si mal, c’est si moche, et ils s’appellent tous comme ça, c’est une épidémie bordel ! Et Rémi, qui est l’équivalent de Séverine au masculin. Je veux dire comment peut-on appeler son fils comme ça ? C’est un personnage fictif qui perd ses parents, tu veux quoi ? Mourir en appelant ton fils « Rémi » ? Et je ne parle même pas des petits malins qui pensent qu’en mettant un « y » à la fin ça fera plus classe. Non, ce n’est pas classe et jamais ça ne le sera.

Mais revenons à ce pauvre Bastien. Il m’a proposé de boire des bières et je n’ai pas dit non. Je suis sortie de chez moi ! Il faut dire que j’avais un truc à fêter : hier j’ai enfin écrit, j’ai repris mon manuscrit ! Je n’avais pas écrit depuis le 11 juin, la honte. Je suis à nouveau dans le game et je ne compte pas lâcher. Au cas où Bastien (appelons le « B » parce que je ne peux souffrir écrire ce prénom une fois de plus, merci) se ferait des films, j’ai porté mon t-shirt avec l’inscription « Never ». J’ai passé un début de soirée charmant à boire de la bière IPA et l’écouter parler de cette fille qu’il côtoie depuis trois semaines et qui lui prend déjà la tête parce qu’elle veut un homme qui a une situation stable, une grande maison, le mariage et d’autres enfants (elle a déjà une fille de 5 ans), j’ai lancé un timide « Et le sexe c’est comment avec elle ? » et il a répondu par une grimace, j’ai conclu par « Mec, casse-toi ». Mais d’après ce que j’ai compris c’est déjà fini depuis leur embrouille d’hier soir, sans doute voulait-il que je le console entre mes cuisses. Sorry not sorry.

 

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Année 9

Je ne sais pas du tout si vous croyez à la numérologie, à vrai dire, je suis prête à croire à n’importe quoi qui me donne de l’espoir, je tire les cartes, je lis les horoscopes (mais je n’y crois pas) et surtout je consulte une médium/voyante trois fois par an. Je précise que c’est une personne réellement bienveillante (ça existe) et qu’elle m’a beaucoup aidé jusque là (bien plus que la psy par exemple). En numérologie, il y a des cycles de 9 ans puis on recommence un nouveau cycle. Je suis en année 9, ce sont des années très difficiles à vivre où on fait une sorte de bilan, on se sent vulnérable, où l’on est confronté à son passé, on doit avancer mais tout semble contre nous, pour faire court, l’année 9 c’est souvent une année de merde, à tous les niveaux. Financièrement c’est pas ça, l’amour, tu rencontres les mauvaises personnes, les amis te déçoivent, bref la teuf !

Comme je suis effectivement en plein bilan, j’ai réalisé que certes je ne suis qu’à la moitié de l’année et déjà sur les rotules tellement je ne dors pas, je suis stressée, je me sens franchement seule au milieu de l’océan mais il y a aussi tellement de positif. Parmi ces choses positives, il y a mon ex avec qui je m’entends à merveille. C’est un tel soulagement de savoir que je peux toujours compter sur lui, que nous sommes toujours proches mais différemment. A chaque fois que je vais à Paris, certaines mauvaises langues me disent « Mais vous couchez ensemble ? ». Et la réponse est « non ». Toutes les meufs ne couchent pas avec leur ex en fait. Quand c’est fini, c’est fini. C’est déjà si difficile de rompre après presque sept années ensemble, ajouter du sexe à cette histoire qui se termine ce serait tout simplement de la connerie (et j’en sais quelque chose puisque j’ai déjà couché avec des ex).

Quand je parle avec mon ex pendant cinq heures d’affilée de tous les sujets d’actualité mais aussi de choses plus personnelles, quand je constate que je ne m’ennuie à aucun moment, qu’il me fait rire, que je le trouve toujours aussi intéressant, que vraiment ses propos sont pertinents, et qu’une telle analyse sur tel sujet est rare, je sais que c’est ça qui manque à ma vie. Ce qui manque à ma nouvelle vie ce sont des échanges intellectuels riches. J’ai deux copines que j’aime bien mais elles sont trop conventionnelles pour devenir mes amies, pas assez badass du tout. J’ai un copain que j’aime beaucoup et qui a une philosophie de vie à laquelle j’adhère totalement, mais il est très occupé et moi très sauvage, on ne se voit pas beaucoup. Comme je suis super pas douée pour le small talk, je préfère rester chez moi et ne voir personne. J’ai arrêté les sites de rencontre parce que je n’ai pas envie de rencontrer quelqu’un. Quant à ma libido, elle a disparu, pourtant aujourd’hui j’ai eu un sms de Ken que je trouve absolument canon mais je n’ai pas envie de voir ses beaux yeux verts et ses abdos saillants, je veux juste qu’on me foute la paix. Et franchement c’est pas gagné avec la victoire des Bleus, d’autant que je vis dans une rue piétonne.

Pire que pire ça s’appelle comment ?

Le célibat te plonge dans des abîmes d’incompréhension. Plus tu traînes sur les sites de rencontres, plus tu perds foi en l’humanité. Maintenant je sais pourquoi être célib n’est pas aussi fun que je le pensais, en revanche je ne comprends toujours pas cette quête frénétique pour mettre fin au méchant célibat, ce besoin absolu de vivre « à deux », « en couple », ce besoin de procréer pour « laisser une trace » et toutes ces conneries. Et heureusement ! Mais ça ne m’empêche pas de faire des erreurs…

Il y a tant de profils médiocres sur les sites de rencontre que tu finis par te dire « Allez, je vais lui laisser sa chance à celui-là, après tout je suis peut-être trop exigeante (on ne cesse de me le répéter) ». Et si tu laisses sa chance à ce type que jamais tu n’aurais regardé dans la vraie vie, ce n’est pas parce que tu veux un homme dans ta vie, c’est parce que tu t’ennuies et que tu n’as rien d’autre à foutre, que le sexe c’est cool comme palliatif à l’ennui (spoiler alert : il y a des femmes qui aiment le sexe et à qui le sexe manque quand elles deviennent célib), que tu as déjà regardé toutes les nouvelles séries Netflix, relu tous tes livres préférés et cuisiné douze mille gâteaux que tu as baffrés seule dans ton lit (meilleur truc au monde soit dit en passant). Tu es un peu comme Blanche Gardin qui explique qu’avant, jamais elle n’aurait regardé un chauve mais maintenant qu’elle est célib depuis pas mal de temps bon…

Petit aparté ici parce que les cheveux c’est LE critère le plus important pour moi. Jamais je ne pourrais m’abaisser à sortir dans la rue avec un mec qui n’a plus de cheveux, ça ferait mauvais genre, on n’irait pas ensemble, moi et mes longs cheveux bruns qui brillent (oui ils brillent et c’est du taf et j’en suis fière) et lui et sa calvitie naissante, son alopécie héréditaire, pouah ! En général, en bonne connasse, je précise dans ma description que si tu as plus de 35 ans et que tu es chauve, même pas en rêve tu ne pourras me pécho. Évidemment j’ai droit à tous les mecs de 43 ans qui m’assurent qu’ils ne font pas leur âge, au début tu perds ton temps à regarder leurs photos et au mieux le mec fait 38 ans mais jamais 25, or moi je préfère les mecs jeunes. C’est rigolo parce qu’on parlait avec une amie de nos préférences en terme d’hommes (elle les aime vieux, c’est-à-dire plus de 50 ans), et en gros je lui avouais que le physique était mon critère numéro un, après bien sûr que le mec se doit d’être intéressant et intelligent mais s’il a du bide et qu’il est chauve c’est mort. Et elle me disait que ce qui l’attire chez les hommes plus âgés, c’est leur maturité affective. Et ce côté « apprendre des choses sur soi grâce à l’autre qui a du vécu ». C’est tout ce que je fuis. J’aime les grands gamins qui comme moi ne savent pas ce qu’ils veulent, ont peur de « se poser » et fuient les responsabilités, voilà pourquoi je me reconnais si bien en un homme de 25 ans et absolument pas chez le divorcé deux enfants qui vit en banlieue.

Mais comme souvent, je m’égare… J’ai décidé de quitter tous les sites de rencontre il y a peu. Et de ne plus jamais me réinscrire. La première raison c’est cette rencontre avec ce type dont j’ai déjà oublié le prénom (merci mon cerveau magique qui met dans une poubelle tout ce qu’il n’est pas opportun de garder). Non seulement il ne ressemblait pas à sa photo mais il avait une voix aiguë absolument atroce, et je pèse mes mots, il avait pris du poids mais genre vraiment beaucoup de poids par rapport à sa photo, il était complètement paniqué par ma présence, sans doute a-t-il l’habitude de rencontrer des filles de sa catégorie c’est-à-dire moches, banales, insipides. Je ne dis pas que je suis canon mais par rapport à ce gars-là je suis Miss Monde. On discute et le mec me lance fièrement qu’il a créé un algorithme. Là j’ai fait une tête d’Actor’s studio pour exprimer l’étonnement, la bouche grande ouverte et un « Wow ! » est sorti de cette même bouche pendant qu’intérieurement j’avais envie de mourir. Puis le mec s’est jeté sur moi, je n’ai rien compris, mais en un sens il se passait quelque chose et je l’ai laissé faire en me disant « Peut-être est-il intimidé mais pas si nul dans un lit ». Grossière erreur de ma part. Le type s’est lancé dans le pire cunni de l’histoire du cunni. On aurait dit qu’il cherchait à creuser un tunnel dans ma chatte, je ne sais pas comment le dire autrement et croyez-moi j’en suis désolée. Toutes les deux secondes il relevait la tête en disant « C’est bien pour toi ? » et j’ai fini par dire « Non », j’ai essayé de lui expliquer qu’en fait il y a des lèvres et même (wait for it) un clitoris, gros ! Un putain de clitoris ! Mais il n’écoutait pas alors j’ai fui sans oublier mon sac à main et je me suis juré que plus jamais je n’accepterais un rencard parce que je m’ennuie. Plus jamais. (Le mec m’a harcelé de messages ensuite, j’ai dû le bloquer de partout, quand je repense à ce moment je ferme les yeux et je fais une grimace de dégoût).

La deuxième raison c’est ce fabuleux échange avec un autre type dont j’ai oublié le prénom.

Voilà. Je rends mon putain de tablier. J’ai deux options : soit me mettre aux femmes, pourquoi pas après tout, qui ne tente rien n’a rien. Soit me remettre au sport à outrance. Histoire d’être épuisée physiquement tout en devenant mega bonnasse. J’ai choisi cette option, je vous laisse, j’ai 150 side crunches à faire.

Le charme discret du dimanche matin

Les oiseaux chantent et les chats les cherchent désespérément, prêts à leur bondir dessus, ils ont beau être domestiqués depuis le Néolithique, ils n’en restent pas moins des chasseurs. Je fume une cigarette, allongée dans mon canapé, je sens la chaleur du soleil sur mes jambes et je souris. J’ai passé des décennies à dormir jusqu’à midi le dimanche, considérant le matin comme mon pire ennemi. En vieillissant, le dimanche matin est devenu mon moment préféré de la semaine, celui où je fais un mini bilan. Et il n’est pas si dégueulasse, ce mini bilan.

Déjà, je suis capable de fumer une cigarette pour le simple plaisir d’en griller une sans être fumeuse. Pendant des années j’ai envié ces filles capables de fumer trois clopes en soirée et rien le reste du temps. Je suis devenue l’une de ses filles. Ce matin il ne fait pas trop chaud, un homme chante « Toulouse » de Nougaro en passant dans ma rue piétonne, comme un clin d’œil qui n’est destiné qu’à moi, comme si ma famille était là à me susurrer à l’oreille « On est là ». Autant je déteste cette chanson, autant il faut avouer qu’il la chante bien, avec du cœur, je ne vois pas l’homme en question mais dans sa voix j’entends que là tout de suite, il est profondément heureux. On ne peut pas le savoir mais si ça se trouve lui aussi était déprimé pas plus tard qu’hier soir. C’est la magie de cette existence qui nous est imposée, un jour tout est noir, le lendemain on se sent prêts à glisser sur un arc-en-ciel.

L’ennui est un luxe dont il ne faut pas abuser. J’ai pris du temps pour essayer des choses ces dernières semaines, j’ai pris du temps pour vivre plutôt que d’écrire, je crois que je me suis perdue en chemin. Quand j’écris, je ne m’ennuie pas. Avec les êtres humains, je n’arrive pas super bien à communiquer. Je dis l’inverse de ce que je pense, je fais l’inverse de ce que je veux, je suis clairement « a piece of work ». Hier j’ai appris qu’un psychologue dénommé Albert Mehrabian a établi que la communication passe par le langage du corps a 55%, la tonalité de la voix a 38% et les mots seulement 7%. C’est sans doute pour ça qu’on est si enclins à s’embrouiller par conversation SMS, notamment. Sans visuel, impossible de comprendre la puissance des mots écrits, sans la voix, impossible de comprendre l’ironie, le sarcasme. Même les emojis sont trompeurs ! J’aime beaucoup regarder la télé sans le son pour imaginer ce que disent les petits personnages que je vois s’agiter, souvent je tombe juste. L’expression de la colère est universelle, par exemple. Peu importe d’où l’on vient. Et si les mots ne servaient à rien ? Et si on arrêtait de communiquer via réseaux sociaux interposés pour seulement se concentrer sur les moments où on est ensemble dans la même pièce, yeux dans les yeux ? On devrait arrêter de parler pour mieux se comprendre. Ou parler par onomatopées. Ce serait beaucoup plus drôle en plus ! Ou faire comme les bonobos qui communiquent en passant leurs journées à forniquer. Ils ont tout compris, ces bonobos ! (on partage quand même 99,6% de notre patrimoine génétique avec eux alors au risque de me répéter : la monogamie est tout simplement absurde).

Ce matin, la vie est belle. Je ne suis pas sortie de ma déprime par magie. J’ai fait des tas de trucs pour me sentir vivante. Je ne vais pas vous faire la liste. Mais le secret c’est l’action. Il n’y en a aucun autre. Et se souvenir de cette sublime phrase de Nelson Mandela « Je ne perds jamais : soit je gagne, soit j’apprends ». J’apprends encore et encore jusqu’au jour où cette phrase sera mon épitaphe. Oh et je veux bien gagner de temps en temps, pour voir…

Week-end déprime

J’ai décidé d’assumer ma déprime et de m’y plonger corps et âme ce week-end. Non, je n’adopterais pas une attitude positive face à la vie, oui, je sais que j’ai une chance folle d’être en bonne santé, que des migrants crèvent dans des bateaux tous les jours, que je ne suis pas à plaindre bla bla bla Mais je suis déprimée. Et je refuse de faire comme si ça allait bien parce que ça ne va pas. Je n’ai pas envie de me foutre en l’air ni rien, juste ça ne va pas parce que je suis dans l’inaction la plus totale et que je n’arrive pas à faire quoi que ce soit. C’est l’été, la pire saison pour moi, c’est super rare que j’aille bien l’été, rien de bien nouveau. Certains dépriment en février, moi c’est juillet-août, chacun son fardeau.

J’ai donc décidé de déprimer à fond ce week-end. Technique que je vous conseille si vous aussi vous êtes au fond du trou. Il faut commencer par faire la liste des trucs que tu aimes faire, voici ce que ça donne pour moi :

1 Faire des câlins aux chats

2 Regarder des films d’horreur

3 Manger des concombres et du tofu frais avec une tonne de sauce soja

4 Jouer à Mariokart

5 Me plaindre

6 Boire de la bière bien fraîche et danser sur les derniers tubes de David Guetta et Calvin Harris

7 Jouer avec Louis (le jeu du moment : draguer une pote à lui pour savoir si elle est bisexuelle, tout ça via réseaux sociaux interposés)

8 Continuer la lecture de Retour à Reims de Didier Eribon

9 Regarder The Office

10 Prendre des photos des chats

11 Acheter des robes sur internet

12 Regarder Sex & The City

13 Ranger mes vêtements (ok j’aime pas le faire mais j’ai commandé une nouvelle commode alors ce serait utile de faire un pré-rangement maintenant plutôt que à l’arrache le jour de sa réception)(phrase la plus chiante de la Terre, ok, guilty)

14 Lire De l’inconvénient d’être né de Cioran

15 Regarder les sketchs de Blanche Gardin

16 Dormir

17 Regarder des docus sur Netflix

18 Écrire en écriture automatique

19 Faire des collages

20 Mettre du vernis sur mes ongles

Je vais faire ce que j’aime et je vais aussi essayer de méditer, je rêve de ne penser à rien. Je vais éteindre mes téléphones (en prévenant ma mère auparavant sinon je suis bonne pour me faire détruire ma porte par les pompiers, merci maman), je vais peut-être m’occuper de mes pieds, on oublier tout le temps nos pauvres pieds qui nous portent tous les jours ! Ce serait pas mal que je vous écrive un petit texte sur comment j’ai décidé d’arrêter de voir une psy (si ça se trouve c’est pour ça que je déprime, oh wait). Quand je vais mal en général il y a des gens qui paient, rien de plus naturel. Vous vous souvenez du mec qui m’avait envoyé une dick pic ? Il vient de m’envoyer un message, le mec n’a peur de rien. Voici ma réponse :

(J’adore le « juste discuter un peu » = mec on sait que ce que tu veux c’est me pécho alors arrête tes conneries).

Voilà, je suis prête à passer un week-end bien déprimant, seule au monde, focalisée sur mes problèmes inexistants de personne occidentale privilégiée, je vais pouvoir chanter All By Myself dans mon canapé avec ma bière à la main, telle Bridget Jones, mais vingt ans plus tard version beaucoup plus connasse, beaucoup plus brune et beaucoup plus mince et surtout sans gaine sous ses vêtements (mais j’envisage d’acheter un corset pour avoir la taille plus fine et que mon fessier ressorte encore plus, oui je sais, moi aussi je fais partie de cette culture de « à qui sera la plus bonne » alors que ce qu’on devrait mettre en avant c’est notre intelligence, pardon les féministes, bisous).

Rive gauche

Il ne le sait pas mais quand je parle de lui à mes amies, son surnom c’est « rive gauche ». Il faut comprendre que « parisien » ne veut rien dire, entre le parisien du 18ème (rive droite) et le parisien du 7ème (rive gauche), il n’y a rien en commun. Ils ne côtoient pas les mêmes gens, ne sortent pas dans les mêmes endroits, ils ne s’habillent pas du tout pareil et surtout ils n’ont souvent rien à se dire. Pour être honnête, ils ne se connaissent même pas. Déjà, entre un parisien du 18ème chic (avenue Junot) et un parisien du 18ème pauvre (la Chapelle), il y a un monde. Alors imaginez entre les parisiens rive gauche et rive droite !

« Rive gauche » est issu d’un milieu bourgeois dans une famille catholique non pratiquante, il a été élevé dans le 7ème, juste à côté du Musée d’Orsay. Son Paris à lui c’est ce quartier-là et un peu de 16ème, de temps en temps il traverse la passerelle Senghor pour rejoindre les Tuileries mais il ne va jamais plus loin. Il a une excellente culture générale mais il ne connait pas grand chose de Paris. Il ne sait pas où est le Cirque d’Hiver, ni le marché d’Aligre, ni la promenade plantée, il n’a jamais bu un verre le soir rue Oberkampf et il n’est évidemment jamais entré dans un sex shop à Pigalle. Inutile de dire qu’il ne prend pas le métro, il se déplace exclusivement en Uber.

Le drame de sa vie a été de quitter le 7ème pour entrer à l’ESSEC qui se trouve à Cergy. Pauvre « rive gauche », comme je te comprends. Être obligé de vivre en colocation dans l’une de ses affreuses pseudo villes nouvelles, à l’autre bout de Paris, sans aucune distraction. Mais bon… troisième école de commerce mondiale, 15000€ par année (et il y en a 4), il faut ce qu’il faut ! Avant l’ESSEC il était à Henri IV où il a eu son bac ES avec mention très bien. Oui, il a un peu fait son rebelle en refusant d’entrer en S. Pour « rive gauche », la réussite sociale c’est surtout prolonger son train de vie, marcher sur les traces de son père, un jour il paiera aussi l’ISF, c’est ça le plan de base. Pas forcément la reconnaissance sociale mais plutôt faire ce que les personnes de son milieu font presque machinalement : réussir. Sans trop de problèmes sur la route. Il le sait « rive gauche », qu’il a de la chance, dans deux mois il sera à New York pour travailler tout l’automne et il n’a pas trouvé de logement mais il n’est pas stressé. Il arrivera un moment où ses parents s’en occuperont, ils paieront et il n’aura qu’à prendre l’avion en first et poser son joli petit cul dans son nouvel appart à Manhattan.

« Rive gauche » a ce physique qu’on ne voit que dans les beaux quartiers. Il est évidemment grand, athlétique, élégant naturellement, il lui suffit d’être là pour donner une touche d’élégance à un endroit, il sait se tenir, bien droit, il a des dents scandaleusement blanches, là encore c’est naturel, tout comme ses cheveux, il a des cheveux parfaitement bruns, épais, qui tiennent tout seuls, des cheveux qu’on aimerait toucher jusqu’à se fossiliser. Il ne sera jamais chauve, « Rive gauche », il laisse ça aux pauvres. Il a un sourire de publicité, une bouche épaisse comme sa bite, un beau nez fin, des yeux noisettes et un regard à la fois charmeur et déterminé. Il sait qu’il obtiendra ce qu’il veut de la vie avec ce physique, cette carrière brillante qui s’offre à lui et cette famille riche. Ce n’est pas moi qui dit « riche », c’est lui. Moi je dis « aisée ». Je ne suis pas bourgeoise mais parfois j’ai quand même plus d’éducation que lui. L’autre jour il me dit « De rien ». Je lui réponds « Tu veux dire « Je t’en prie » ? ».

Depuis qu’il est petit, il porte des polos Lacoste et ne sait pas qu’au Maroc ou en Thaïlande tu peux acheter des Laccoste. Parce que s’il va au Maroc ou en Thaïlande, c’est dans un palace. A vrai dire, quand il voyage c’est avec ses amis pour faire des road trips en Europe mais avec une carte Gold, en famille il reste en France, dans la maison secondaire qui est généralement à Deauville (je n’ai pas demandé mais je parie que c’est là). Il se moque de moi parce que ma ville fait « France d’en-bas », moi je suis plutôt « France du milieu » et lui clairement « France d’en haut ». Je vais le laisser voguer vers New York City et retrouver ma petite vie provinciale dans laquelle personne ne semble avoir sa place à part les parfaits chats, meilleurs compagnons de vie, rien de moins. Mais avant, je vais aller squatter chez « rive gauche «  pour une raison très intéressée : il a une magnifique vue sur Paris et c’est là qu’on trouve les plus beaux couchers de soleil en ce moment. S’il savait…

Life is beachy

Cet été commence en force pour tous les allergiques à la chaleur dont je suis. Le pire est à craindre, et ce ne sont pas les micro-shorts et les trois douches glacées par jour qui arrangeront notre affaire : même nus, même le ventilateur face à soi, nous dégoulinons de sueur. Quand je pense que l’été est censé être la saison de la séduction et des rencontres légères, heu… qui a envie de baiser sous 32 degrés ?(toi le chien qui a pensé « moi, moi ! » je te vois). Pas moi en tout cas (ou alors mets la clim, fais quelque chose). Il y a tout de même un avantage à cette chaleur d’enculé : je ne me nourris que de concombre et de Liptonic, ce qui veut dire que je ne grossis pas. Toujours voir le positif dans chaque situation, oui oui.

J’ai décidé de passer la journée à la plage, en pensant que tremper mes pieds pourrait calmer ma rage intérieure (je ne vais quand même pas me baigner, et de toute façon la baignade est interdite à cause des jet skis, autrement dit les pauvres s’entassent sur une seule portion de plage avec baignade surveillée pendant que les riches font vivre l’économie locale et polluent la mer avec leur jet skis de merde). J’ai bien fait parce qu’il faisait tout de même 5 degrés de moins que dans ma ville et en plus il y avait du vent !

Je n’étais pas la seule à avoir eu cette brillante idée, on s’en doute… Le train était bondé mais j’ai réussi à trouver une place entre deux familles, d’un côté une maman et sa fille qui m’ont invité à jouer au Uno, je n’ai pas osé leur dire que je ne sais pas jouer au Uno, qu’à l’instant même où elles m’ont proposé d’y jouer, j’ai revu cette scène mythique du Péril Jeune où Chabert tente vainement de réviser le bac (et je viens de vérifier, c’est même pas le Uno, c’est le Mille Bornes, et non je n’y ai jamais joué non plus… Je n’ai jamais campé de ma vie, c’est sans doute pour ça), de l’autre un couple avec un enfant d’environ 4 ans et le père qui n’arrêtait pas de mater mes jambes et son fils qui faisait semblant de tirer sur moi avec son pistolet à eau (sans eau sinon je dépeçais le mioche devant une foule horrifiée) en faisant des « piou ! piou ! » ineptes. Je déteste profondément ces sales gosses. Comment peut-on vouloir un enfant, un truc qui te ressemble et qui casse les couilles H24 jusqu’à ce que la mort te sépare de lui ? (« Ohlala t’es vraiment une connasse pas tolérante, la transmission, le désir de maternité, l’envie de laisser une trace », réponse : « TA GUEULE »)(Oui, la chaleur me rend aimable).

Arrivée sur la plage quasi déserte, je me suis enfin relaxée, j’ai apprécié la vue, comme une impression d’être coincée dans une toile de Mark Rothko. Le petit vent frais, les pieds dans l’eau, je m’allonge et s’il y a plus agréable que des galets, j’apprécie ce beau ciel bleu et les mouettes qui virevoltent au-dessus de moi.

C’est ce moment qu’à choisi l’anglais pour m’envoyer un mail. Alors que j’ai bloqué son mail. Mais je n’avais pas eu le temps de bloquer son mail pro puisque, souvenez-vous, j’avais brûlé sa carte de visite au-dessus d’une vaisselle sale. On tient notre feuilleton de l’été avec cet anglais je crois (soupirs). D’autant qu’un deuxième soupirant arrive dans la bataille, « rive gauche ». Je parlerai de lui en temps et en heure (ou jamais, avec moi rien n’est sûr).

Lorsque je suis arrivée à la gare pour rentrer chez moi, il n’y avait pas de train. La SNCF me fait péter les plombs depuis le mois d’avril, c’est un sujet sensible cette grève mais ici au moins je peux le dire : cette grève me gave et n’a aucun sens (je sens que je vais avoir des commentaires de gauchistes). Quand les cheminots ne font pas grève, ce sont les problèmes techniques qui prennent le relais. Et le reste du temps ? Les suicides. Mais on ne te dit pas que quelqu’un s’est suicidé, on te dit « Une personne a été percutée par un train ». Et sincèrement, je n’ai pas compris et j’ai demandé à ma voisine « On fait comment pour se faire percuter par un train, je ne comprends pas bien… » et elle me répond « C’est une façon polie de parler de suicide, c’est courant l’été les suicides, vous noterez qu’au moins on ne peut pas se rater ». Évidemment j’ai dit qu’on pouvait risquer de se retrouver avec des membres en moins, que ça devait sans doute arriver, non ? Puis on a parlé des médicaments, du fait que c’était beaucoup plus lent, puis j’ai conclu en disant que se jeter d’un pont semblait être l’option la moins chiante pour la société. Parce que pour le coup ce suicide voulait dire que mes chats ne seraient pas nourris à l’heure prévue et ils me le feraient payer (même pas, ils sont adorables).

J’en ai profité pour visiter, je suis entrée dans une église et je ne sais pas comment je me suis retrouvée devant une sculpture de Sainte Rita mais puisque j’étais là j’en ai profité pour lui dire que je n’étais pas contente de sa prestation parce qu’il y a deux ans, je lui avais demandé d’épargner la vie de ma petite Charlie, la boule de poils la plus gentille de toutes, elle n’avait que 13 mois, je l’aimais de tout mon cœur. Sainte Rita (patronne des causes désespérées) n’a pas entendu ce que j’avais à lui dire, elle m’a fait un gros fuck, les vétos ont pris 2700€ et elle est morte. Voilà. Alors quand j’ai vu les « merci » et autres gerbes de fleurs autour de la Sainte, j’étais au bord du pétage de plomb… Je suis allée voir Saint Christophe (patron des voyageurs) pour lui demander de m’emmener à Montréal ou à New York à la rentrée. Parce que ça voudrait dire que j’aurais fini mon manuscrit.

Je suis retournée à la plage qui était bondée, c’était l’après-midi. Je me suis assise et j’ai regardé le père et le fils jouer au frisbee, les vieux se partager un quatre quart sous vide soit disant pur beurre, la mamie de 70 ans en maillot deux pièces bleu, et ça m’a fait plaisir de voir qu’elle était à l’aise, que son corps ne lui posait pas de problème, et après je me suis dit que peut-être que quand ton corps n’est plus un objet désirable, c’est plus facile de le montrer ? Parce qu’on ne te regarde plus comme un bout de viande ? Puis je me suis souvenue que chez moi c’est surtout de la pudeur. Je n’aime juste pas être à moitié nue devant des inconnus, en fait. Et je n’aime pas qu’on me regarde parce qu’on ne dirait pas mais je suis timide, les regards me gênent énormément (vraiment on est mieux chez soi).

Sur le chemin de la gare, j’ai vu une toute petite mamie pencher du côté droit, celui où elle tenait 4 bouteilles d’eau d’1,5l à la main. Je lui ai demandé si elle voulait que je porte ses bouteilles jusque chez elle et elle a accepté. Elle était très vieille et n’entendait rien mais on s’est parlé avec les yeux. Lorsque je suis entrée dans son immeuble insalubre, une odeur de moisi s’est emparée de mes narines, j’ai monté les escaliers et je suis arrivée devant sa porte, une porte toute fine, pas une porte d’entrée à proprement parler. J’ai eu de la peine pour cette dame toute seule dans cette immeuble vieillot, sûrement veuve depuis des décennies.

A la gare, on nous a annoncé qu’il n’y avait pas de train mais un car. Comme je m’attends au pire avec la SNCF, je n’ai pas eu de réaction. Tout le monde autour de moi a commencé à râler et j’ai pensé à cette personne qui avait décidé de se foutre en l’air un jour de grand soleil l’été. Je me suis demandé ce qui avait bien pu se passer pour qu’il/elle en arrive là. Quelqu’un a demandé « Elle s’en est sorti, la personne ? ». Et l’agent SNCF a eu un semi rire abject et il a dit « Ah non, pas du tout non… ». Je l’ai fusillé du regard, ce connard à casquette.