Au secours, mes parents m’exaspèrent

Parfois mes parents me manquent mais parfois quand je les entends, je me rappelle pourquoi j’ai fait le choix d’être loin d’eux. Parce que tout est question de choix dans la vie (le premier qui me dit « Mais parfois on n’a pas le choix » je le bute). J’ai tendance à penser que tant qu’on n’est pas loin géographiquement de ses parents, on n’est pas vraiment adulte.

J’ai eu la chance d’avoir une mère qui travaillait dans une compagnie aérienne, tous les matins elle se levait à 5h pour aller à CDG qui est un peu ma deuxième maison. Grâce à elle, jusqu’à mes 27 ans j’ai pu voyager loin pour vraiment pas cher. C’est ma mère qui m’a donné le goût du voyage, c’est encore elle qui me faisait confiance quand je prenais mon sac à dos pour partir seule à l’autre bout du monde, elle est grande gueule et parle trop fort, elle est si bavarde que parfois au téléphone je dis « oui oui je vois ce que tu veux dire » alors que je n’écoute plus. Mais elle a un cœur d’artichaut. Ma mère m’a toujours dit qu’elle voulait une fille plus que tout, que je suis belle et qu’elle est fière de moi. C’est une vraie mère-poule, elle te fait des petits cadeaux tout le temps et quand elle vient chez toi elle paie tes courses et si tu la laissais faire elle se mettrait même aux fourneaux !

Mon père est un original, un créatif, un mélange d’artisan et d’artiste fou autodidacte, qui change de métier tous les cinq ans et qui s’en sort à chaque fois. Son credo c’est apprendre. Il est curieux, il prend la vie comme un défi et rien ne lui fait peur. Mais vraiment rien. C’est effrayant parfois de le voir foncer parce que parfois au bout il y a un mur. Mais il se relève toujours et aura passé sa vie a étonné son entourage. C’est lui qui m’a donné le goût de l’indépendance et qui m’a appris à sortir du lot, à ne surtout pas être un mouton, à ne pas douter de moi-même, à revendiquer ce que je suis quitte à en crever. Mon père est cheesy comme disent les américains, il est mielleux, il a tendance à changer les histoires selon l’interlocuteur, ce qui a tendance à m’agacer, mais il veut être aimé et il aime qu’on l’écoute et qu’on le regarde, tout l’inverse de sa fille ! Il a embelli tous les appartements dans lesquels j’ai vécu parce qu’il sait tout faire de ses dix doigts, tout l’inverse de sa fille !

Je les aime. Ils sont mon soutien et ma force. Pourtant parfois …j’ai envie de leur éclater la tête contre le mur ou d’en prendre un pour taper sur l’autre, au choix.

L’autre jour ma mère me parle du festival de Cannes, elle adore le cinéma, elle y va au moins deux fois par semaine, elle n’a pas de préférence, elle va tout voir, du film indépendant français au film syrien en passant par le blockbuster américain. Et elle me parle du mannequin Bella Hadid qui chaque année à Cannes se fait remarquer pour ses tenues sexy et extravagantes. Et elle me dit « Bella Hadid était encore à moitié à poils sur la croisette, c’est n’importe quoi, il ne faut pas venir se plaindre après si les femmes se font harceler avec des exemples comme ça, elle a besoin de se foutre à poils chaque année ? ». Forcément, ce genre de propos m’agace. Parce que pour moi il n’y a pas de différence, que tu t’appelles Bella Hadid ou Cécile Dubois ou Sofia Boubakeur ou Lin Hang ou je ne sais quoi encore, tu portes ce que tu veux, j’en ai rien à foutre. Tu peux te mettre un voile sur la tête ou une mini jupe, c’est du pareil au même. La femme est libre, personne ne devrait lui dicter ce qu’elle devrait porter. Son corps lui appartient. Au passage si elle refuse d’avoir une sexualité ou si au contraire elle aime le gang bang, je m’en fiche, elle fait ce qu’elle veut, c’est son corps, tout comme je fais ce que je veux du mien. Ma mère m’a déjà dit qu’elle pensait que le mouvement #metoo était hypocrite parce que « les actrices étaient bien contentes de coucher et d’obtenir des rôles et maintenant elles se plaignent ». Comme beaucoup de gens, elle confond tout. Bien sûr que des actrices ont couché pour obtenir des rôles, la promotion canapé ça existe dans tous les milieux, pas que dans le cinéma. Mais un viol, ce n’est pas la même chose, ce n’est pas « coucher ». J’ai beau lui expliquer, ça ne rentre pas. Alors je finis par chanter « lalalalalala » dans ma tête quand elle me parle de ces sujets-là puis je change volontairement de sujet ensuite. On ne peut pas changer les gens si eux-mêmes ne veulent rien entendre.

Bella Hadid, Cannes 2017 et 2018

Bella Hadid, Cannes 2017 et 2018

Mon père donne son avis sur tout et c’est pénible. Quand je suis allée le chercher à la gare, il a dit que ma jupe était trop longue, que ce qui m’allait c’était les jupes courtes. Bon. Je ne lui ai rien demandé mais il ne peut pas s’en empêcher. Je ne savais pas quoi répondre, il m’a prise au dépourvu. Alors j’ai ajouté que je m’étais habillée rapidement et que depuis que je vivais en province je ressentais moins la pression de devoir être tout le temps au top. Ce à quoi mon père a répondu « Oui j’ai vu ça… ». J’ai eu envie d’éclater de rire. On ne s’est pas vus depuis le mois d’août dernier, je m’attendais à autre chose que ces phrases lapidaires. Mais encore une fois, j’ai l’habitude. Quand j’avais arrêté de fumer et pris dix ou douze kilos, il m’avait dit « Même tes mollets sont gros, il faut vraiment que tu fasses quelque chose ». J’avais chialé dans la salle de bain sans le dire à personne. Aujourd’hui je ne chiale plus, je ris. Je suis bien dans ma vie et dans mon corps. Je ne sais pas par quel miracle par ailleurs. Il m’a demandé si j’avais quelqu’un dans ma vie et j’ai dit que non. Même si j’avais quelqu’un, je n’en parlerais pas. Pas à lui en tout cas. Mon père a commencé à me dire que ce qu’il me fallait, c’était « un homme, un vrai ». J’ai eu envie de hurler mais j’ai repris mes esprits et j’ai dit que d’une part ça ne voulait rien dire, que c’était sexiste, et d’autre part, que c’était insultant envers mon ex compagnon. Il s’est lancé dans une explication foireuse dont je ne me souviens pas. C’est quoi « un homme, un vrai » ? Un homme qui ne pleure pas ? Un homme qui doit être fort et protéger sa pauvre femme fragile ? Un mec qui bande bien dur avec une grosse bite ? Un homme avec des poils sur le torse parce que ça fait viril ? Un homme qui regarde le foot à la télé et qui est passionné de mécanique ?

Non, vraiment, parfois (en ce moment), mes parents m’exaspèrent. Par pitié, toi qui me lis, dis-moi que tu ressens la même chose que je me sente moins seule. Parce que je ne peux pas m’empêcher de me sentir coupable alors que très franchement je ne suis coupable de rien. En tout cas, je ne suis pas responsable des mots qui sortent de leur bouche.

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La robe de leur vie

Je l’ai déjà écrit maintes et maintes fois sur ce blog, je ne souhaite pas me marier, je n’ai jamais fantasmé sur ce jour où tu es la Reine de la journée, sans doute parce que je suis une connasse mais pas une attention whore et ce n’est pas du tout la même chose. Je déteste me montrer et faire la belle, je suis angoissée quand je dois aller à une fête parce qu’il y a plus de trois personnes, je ne vais pas au mariage de mes amis parce que c’est trop triste d’être le témoin d’un naufrage assuré et que je n’aime pas jeter l’argent par les fenêtres (parce qu’il faut payer pour le mariage mais payer ensuite pour la fête de divorce, c’est à la mode).

Le budget moyen pour un mariage en France c’est environ 8000€. Pour ce prix je préfère partir deux ou trois fois en vacances sous le soleil et en me faisant plaisir. Je ne comprends pas qu’on puisse mettre autant d’argent dans une seule journée, vraiment ça me dépasse. Mais je n’ai jamais été ni romantique ni mièvre, je ne crois absolument pas au concept d’âme sœur et de moitié et toutes ces conneries et je n’aime pas les robes longues parce que je suis petite alors j’aurais l’air un peu con dans une robe à traîne, et encore plus con dans une robe blanche parce que le blanc c’est salissant et je suis le genre à adorer manger des trucs avec les doigts…

L’autre jour je tombe sur une émission formidable qui s’appelle « La robe de ma vie ». On y voit des futures mariées choisir leur robe accompagnée d’amis et de membres de leur famille, elles sont assistées par des soi disant professionnelles (elles sont inutiles si vous voulez mon avis). Cette émission est clairement faite pour les mères au foyer encore jeunes et en surpoids probablement mal baisées qui regardent la télévision en aspirant à des jours meilleurs. Grâce à cette émission, je me trouve plus intelligente, plus belle, plus jeune et plus bonne que les candidates. J’ai passé une demi heure à me moquer et rire ouvertement, je suis tellement enfermée chez moi que j’oublie à quel point ça peut faire du bien ces programmes à la con ! Les robes choisies sont tout le temps abominables et ne vont jamais à la future mariée, comme la candidate ci-dessous (j’ai même fait une capture d’écran tellement je suis gentille) qui a une robe trop grande au niveau du buste et trop serrée au niveau des hanches.

Le pire c’est qu’elle va devoir débourser les 1400 boules pour avoir l’air tarte à son mariage. Non seulement la robe est moche mais le maquillage et la coiffure… on se croirait en 1992. Globalement je trouve que les mariées choisissent mal leur robe, même mes amies (si elles me lisent je vais me faire flinguer la gueule) auraient pu faire mieux. La dentelle c’est moche, les perles c’est atroce, les traînes de 18 mètres je dis non et les bustiers quand on a trop ou pas assez de seins c’est affreux. Quand on a des chevilles lourdes, on ne met pas d’escarpins à brides, je suis désolée. Et quand on fait du 40, on ne choisit pas des bouts pointus non plus. Ce qui manque c’est toujours la sobriété…

Et ce midi en allumant la télévision j’ai vu ça :

Meghan Markle, duchesse de Sussex, épouse radieuse dans sa robe parfaite : décolleté bateau, manches trois quarts, forme tulipe épurée, probablement en soie et organza, c’est minimaliste, c’est sobre, c’est ça, la classe (normal c’est français, c’est Givenchy). Dans trente ans quand elle regardera ses photos de mariage, elle n’aura pas honte de sa robe, elle. Elle est très peu maquillée mais une belle femme n’a pas besoin de maquillage, sa beauté lui suffit ! Une princesse métisse à Buckingham, et végétarienne de surcroît, moi qui me fous des têtes couronnées, je ne peux m’empêcher de m’en réjouir. Quand je vois autant de beauté et d’élégance, j’ai presque envie de me marier ! Je regrette qu’on ne puisse pas s’auto-épouser parce que je jure que je me suis promis de m’être toujours fidèle, dans la joie et dans la douleur, dans la santé et dans la maladie, et de m’aimer et de m’honorer tous les jours de ma vie.

C’est pas gagné

Un jour d’ennui (ça arrive rarement mais ça arrive), je me suis inscrite sur un site de rencontres. En me disant qu’il serait quand même temps d’accepter qu’aussi saugrenu soit-il, oui, je suis bien célibataire. Ce n’est pas ce que j’avais prévu, ce n’est jamais ce qu’on prévoit. On est tous assez naïfs pour penser que ce sera jusqu’à ce que la mort nous sépare (même sans se marier). Comme le dit si bien Louis C.K (je suis désolée mais il me fait toujours rire même s’il a montré sa bite à des femmes qui n’avaient rien demandé, petit aparté, à chaque fois je me dis « mais y’en a pas une qui a éclaté de rire en lui disant de ranger sa bite à la con ? », parce qu’une fois je suis tombée sur un type en imperméable qui m’a montré sa bite et j’ai éclaté de rire et il est parti). Je me suis perdue en chemin. Ah oui, Louis CK dit que dans le meilleur des cas, ce qui peut arriver de plus beau dans un couple c’est… de mourir ensemble. Ça c’est le meilleur des cas. Pas terrible en effet.

Parfois une histoire se termine simplement parce qu’on a vécu ensemble et c’était super mais pour des tas de raisons (autrement dit : la vie), on s’amuse moins, on n’a plus envie des mêmes choses ou on a pris des chemins qui ne sont plus compatibles. Et comme on s’aime encore énormément, on est assez intelligents pour se séparer, parce que nous ce qu’on veut, c’est que l’autre soit un plus dans notre vie. Si l’autre devient un moins ou pire un rien du tout, alors il vaut mieux prendre ses responsabilités et se quitter. Il faut beaucoup de courage pour ça par ailleurs. Généralement, les gens préfèrent rester ensemble. Pour vivre dans un plus grand appartement, pour payer moins d’impôts, pour avoir un plus grand pouvoir d’achat, pour les enfants (je ne vais pas vous citer toutes ces conneries, vous voyez très bien de quoi je parle). Vraiment, mon ex est un mec formidable pour lequel j’ai énormément de respect et que j’admire à bien des égards (et que je trouve très beau, de surcroît- et non il ne lit pas ce blog et je ne cherche pas à le récupérer).

Alors imaginez ma gueule quand je me suis inscrite sur un site de rencontres et que j’ai commencé par voir des photos de mecs avec des filtres dans tous le sens. Vous noterez que le mec est censé être sapeur pompier, non mais imagine ce mec est censé te sortir du feu ! Mais jamais je lui tends la main avec ses oreilles, je préfère cramer.

Les photos, c’était clairement la catastrophe. Mais il n’y a pas que le physique dans la vie alors je me suis dit que j’allais lire ce que ces hommes avaient à dire et là je me suis demandé si les hommes n ‘étaient pas devenus des adolescentes… Ce sont eux qui parlent du Grand Amour, eux qui disent manquer cruellement de tendresse (ça fait peur) et encore eux qui sont mièvres as fuck ! Je ne me remets pas de cette phrase « Alors viens, prends ma main, glisse délicatement tes doigts entre les miens (question : on est dans le film Ghost ou comment ça se passe?!), désinscrivons-nous d’ici (question : déjà?) et marchons ensemble main dans la main (note : redondant) sur le chemin du bonheur et l’aventure du Grand Amour… Je vais vomir et je reviens, bisous.

Et puis il y a les conversations que tu finis par avoir. Hier j’ai donc discuté avec je ne sais plus comment il s’appelle, 40 ans. Habituellement je ne cherche pas dans cette tranche d’âge parce que les mecs de 40 ans pour commencer ils font vieux et ils ont des rides et ils ont du bide (il faudrait peut-être que je fasse un article pour expliquer que je suis de moins en moins sapio et de plus en plus « abdos » huhu), ils se veulent rassurants et protecteurs alors que merci bien mais j’ai de la répartie et une bombe lacrymo. Et puis ils ont des enfants souvent prépubères une semaine sur deux. Or qu’y-a-t-il de pire qu’un ado prépubère ? (un enfant de 6 ans qui demande « pourquoi ? » toutes les deux phrases). Or, je ne sais plus comment il s’appelle a caché qu’il avait non pas un enfant mais deux, ce que j’ai trouvé assez cavalier. Mais j’ai tout de même discuté avec lui par charité chrétienne. Il me dit qu’il y a un an et demi il avait un chien. Alors naturellement je demande ce qui s’est passé. Et là il m’explique tranquillement qu’il s’est séparé de sa femme et que ni lui ni elle n’ont pris le chien avec eux. Un chien d’un an. Un bébé. Je demande poliment où il se trouve en ayant très peur de la réponse et il m’apprend qu’il a été placé dans une famille d’accueil. Que ses filles sont tristes de ne plus voir le chien mais que « c’est comme ça », que de toute façon « c’est ma femme qui a pris ce chien, si ça avait été moi, jamais je l’aurais laissé ». Il s’enfonce en ajoutant que le chien est mieux là où il est avec d’autres chiens alors je lui dis « Oui effectivement c’est toujours mieux que de l’attacher à un piquet près de l’autoroute hein… ». Et le mec change de sujet comme si c’était normal d’avoir parlé de ça et qu’on pouvait tranquillement parler de nos préférences sexuelles ou de sa nouvelle maison qu’il vient d’acheter et tiens-toi bien il a un JARDIN maintenant mais non non non il ne va pas récupérer le chien PARCE QUE C’EST LE CHIEN DE SA FEMME.

Bref, c’est pas gagné pour moi. On va faire une cagnotte Leetchi pour m’acheter une male doll à 5000$. On peut coucher avec sa poupée gonflable masculine alors pourquoi chercher ce qui n’existe pas sur des sites de rencontre ? Je penche pour la version surfer californien ci-dessous, on peut le personnaliser, de la longueur de sa chevelure jusqu’à la taille de sa bite. Oh fascinant monde moderne ! Je ne suis qu’à 5000$ du bonheur ! Un homme canon qui ne parle pas. Mon rêve.

Si toi aussi tu en veux un : http://www.sinthetics.com/

Si la parole est d’argent, le silence est d’or…

Lire l’actualité c’est terrible, j’essaie d’éviter. Je n’ai pas envie d’être en colère. Mais quand je lis que Polanski qualifie le mouvement #metoo d’hystérie collective, c’est moi qui deviens hystérique. J’ai juste envie de lui dire « Écoute Roman, tu peux penser ce que tu veux de tous les sujets, mais sur celui-là, vraiment, je t’en conjure, ferme ta gueule ». On se demande parfois s’il a tiré des leçons de ses actions passées, on se demande si aujourd’hui il a compris que sodomiser une fillette de treize sans son consentement et sous l’emprise de l’alcool ce n’était vraiment pas une bonne idée. Si c’était le cas, est-ce-qu’il se permettrait de faire des commentaires sur des histoires de viols ? Est-ce-qu’il a BESOIN de donner son avis sur ce sujet-là ? Est-ce-qu’il ne pourrait pas faire preuve d’un peu d’humilité et donner son avis oui mais à ses proches, pas aux médias ?

C’est comme Bertrand Cantat qui ne cesse de faire parler de lui et de whiner dans les médias parce qu’il y a des femmes (et des hommes) qui sont offensés quand il est à l’affiche de festivals. Oui, on a bien compris que tu es allé en prison pour ton crime (mais 4 ans, est-ce une peine suffisante, acceptable ?), on a bien compris que tu ne cherches qu’à faire ton métier, ça aussi on l’a bien compris. Mais veux-tu bien comprendre qu’on n’a pas envie de la voir, ta gueule ? Et que ta musique on n’a plus envie de l’écouter non plus ? Qu’on a juste envie d’oublier ton existence ? Qu’on n’a pas envie de te donner de l’argent pour aller crapahuter au Chili ou à Berlin ? Parce que tu représentes celui qui a tué de ses mains, tu représentes celui qui frappe puis laisse pour morte celle que tu « aimes », parce qu’aujourd’hui tes proches parlent et disent ce qu’on savait déjà : tu frappes les femmes, tu es un pervers narcissique, tu es ce que toutes les femmes redoutent. Le beau mec au physique protecteur qui se révèle pire fils de pute (pardon à ta maman). A ta place je resterais au Chili, c’est bien le Chili, c’est loin, j’ai pas du tout envie d’y aller, tu pourras y enregistrer des chansons en espagnol que je n’écouterais jamais parce que putain l’espagnol qu’est-ce-que c’est moche comme langue et devenir une star là-bas et nous foutre la paix. Et puis par respect pour tes enfants, ce serait pas mal que tu te casses, tu crois pas Bertrand ? Allez, arrête de croire à un comeback impossible et casse-toi au Chili.

I don’t give a fuck

Hier, j’ai reçu un courrier du pôle emploi qui me convoque à la fin du mois pour faire un point. Je suis vraiment ennuyée parce que mon conseiller est un type tout à fait charmant (sans ironie) mais je ne veux vraiment pas travailler. C’est hors de question. De toute façon ce n’est pas comme s’il y avait des emplois dans ma branche dans la région où je vis haha. Je ne suis pas complètement idiote, j’ai quitté Paris pour une région où je savais qu’on ne viendrait pas me chasser. Le salaire moyen est de 400 ou 500€ de moins ici. Quand le conseiller a vu le montant de mon chômage il a un peu halluciné, même en retrouvant un emploi je serais payée moins à tous les coups. Et de toute façon, si je devais retravailler un jour, ce serait alimentaire, je ne veux aucune responsabilité, que dalle, juste soit répondre au téléphone ou mettre des trucs dans des rayons, ce que vous voulez mais par pitié je ne veux être responsable de rien.

Je viens de me faire interrompre par un SMS me disant que l’enterrement est vendredi. Depuis que j’ai changé de numéro, je récupère tous les SMS d’un certain David qui a sans doute oublié de donner le nouveau à ses proches. C’est assez cocasse de récupérer les plans cul qui tentent de voir s’il est dispo, les collègues qui s’inquiètent de son silence et maintenant les annonces d’enterrement. Le tout bourré de fautes. J’ai vu la tête du David sur Snapchat, c’est poétique, on dirait un Trump à la française, l’argent et le toupet en moins (il assume son alopécie, lui).  J’ai son adresse parce qu’il a aussi oublié de donner son nouveau numéro à Amazon,  il vit à Nogent-le-Rotrou. Assez miraculeusement, il s’avère que je connais cette ville où je suis allée récupérer des bébés chats il y a maintenant trois ans. Je suis restée dans le Perche quelques heures à peine mais je suis un peu tombée amoureuse de la région, du peu que j’en ai vu. Déjà il y a trois ans, je fantasmais à l’idée de vivre dans une grande bâtisse avec des tonnes d’animaux. Si je ne vis pas encore à la campagne, l’idée me reste quelque part dans un coin de la tête. En revanche y vivre seule n’est pas envisageable et je ne veux plus vivre en couple. Alors sans doute réaliserais-je enfin ce rêve de vivre avec des amis et leurs animaux (mais pas leurs enfants, ma tolérance à des limites). On verra bien. C’est ce qui est fascinant avec la vie, c’est qu’on ne sait jamais ce qui va se passer ensuite. Le pire comme le meilleur.

Il y a du soleil, mes cheveux sont propres et sentent bons les vacances, les chats sont allongés et ronflent, je vais sans doute me mettre aux fourneaux pour cuisiner un truc trop bon que pour ma gueule, mon canapé est confortable et ce nouvel ordinateur portable est une petite merveille. Et quand je ne serais plus au chômage eh bien je serais au RSA et advienne que pourra. Je ne suis pas inquiète, je sais que ça énerve tout le monde, ils sont là à s’agiter et à s’inquiéter pour moi et je reste stoïque, le sourire sur le visage, les cheveux propres, le sac à main assorti aux chaussures, je continue d’acheter des trucs au lieu de faire des économies, je suis clairement au-dessus de tout ça. Je veux dire, je suis une femme, je vais m’en sortir. C’est de famille.

Il n’y a pas de petite victoire

Depuis la mort d’Avicii, j’ai son tube Levels qui passe en boucle dans ma tête. Autant le matin c’est assez pratique, autant en fin de journée c’est un peu compliqué pour s’endormir. Sur le tapis de course c’est absolument parfait. Je cours encore plus souvent parce que j’ai pris 5cm de tour de taille et comme vous pouvez l’imaginer, c’est un drame. La faute aux américains (il faut bien que ce soit la faute de quelqu’un). Je me suis lancée dans plusieurs challenges (j’adore faire ça mais j’échoue régulièrement), non seulement j’écris tous les jours mais en plus j’ai arrêté le sucre raffiné (il me reste une semaine et demi à tenir, je suis au bout de ma vie) et je fais plus de sport donc, cardio et je soulève vaguement des trucs en faisant des abdos aussi. Et en plus j’ai fait un tour chez Ikea ce matin. Une femme s’est approchée de l’employé du service livraison avec lequel j’étais et elle s’est excusée de son comportement la dernière fois par rapport à l’achat de sa cuisine, il a répondu qu’il ne l’avait pas pris pour lui et que c’était ok. Typiquement français de venir s’excuser alors que c’est trop tard, tu as fait de la merde, il ne fallait pas faire de merde, c’est mignon de t’excuser mais bon ça n’excuse rien (je dis ça alors que je suis française hein). Il est 18h25 et j’ai déjà fait tellement de trucs ohlala. Et on dit que les chômeurs sont fainéants ? Qu’ils vont aux Bahamas ? (non, ils vont à Los Angeles huhuhu)

Je connaissais tous les tubes d’Avicii mais je ne savais pas qui il était. J’ai regardé le docu qui lui est consacré sur Netflix, depuis je ne peux m’empêcher de ressentir une grande tristesse. Je me suis sentie proche de ce mec introverti qui n’arrive pas à se réjouir de gagner autant d’argent, qui veut juste qu’on lui foute la paix, créer ses trucs dans son coin, qui ne se plaint pas alors que putain le mec fait pancréatite sur pancréatite pendant que son manager le somme de continuer à faire des dates et encore des dates. Le pauvre Tim est entouré de je ne sais combien de mecs et tous lui parlent d’argent alors il fait de plus en plus de crises d’angoisse mais putain personne ne le prend au sérieux, c’est effarant. J’ai vraiment failli chialer quand il dit « Ce qui me blesse le plus c’est que Arash (le manager) sait que si je continue je vais en crever ». Quel gâchis. Mourir à 28 ans quand on a autant de talent, quand on est aussi authentique. En même temps parfois quand tu vois le monde dans lequel on vit tu te demandes si tu ne serais pas mieux six pieds sous Terre. Tout ça pour dire qu’il ne peut rien arriver de pire à quelqu’un que de rencontrer un succès international dans la vingtaine.

En parlant de monde de merde, je me suis réveillée avec une info comme on les aime. Un homme qui, excédé et sur la demande de sa femme, a défenestré son chat, prend cinq mois ferme. Le mec ose dire au tribunal que le chat en question était un chat de gouttière et qu’il ne cessait d’emmerder le chat persan alors que bon bah le chat persan il a de la valeur. La France d’en bas dans toute sa splendeur. Et la magie des commentaires sous l’article « Ça va c’est qu’un chat c’est pas comme si c’était quelqu’un en vrai ». Non c’est vrai le chat n’est pas un être vivant qui ne demande comme toi qu’à respirer, manger, dormir, être aimé, c’est vrai c’est juste un objet dont tu disposes. Mais pourquoi je m’adresse à toi qui sans doute mange ta viande en t’en délectant en oubliant aussi que le cochon et la vache hurlent et se débattent avant de se faire égorger. Les animaux ne sont rien, juste bons à être utilisés par des êtres humains censés être supérieurs parce qu’ils ont une conscience. Et c’est sans aucune conscience qu’ils continuent d’ignorer leur souffrance dans l’indifférence générale. Parce que « on a toujours mangé de la viande, c’est comme ça ». Degré de réflexion zéro. On peut me reprocher des tas de choses mais je m’informe par moi-même, je ne ferme pas les yeux en mangeant mon burger chez Mac Do, je n’essaie pas de me rassurer en achetant bio, je ne suis pas prête à tout au nom du goût, parce que ton bacon avait un visage, il avait une famille, il voulait vivre. Cinq mois ferme c’est quand même une petite victoire pour le droit des animaux. Et on le sait il n’y a pas de petite victoire !

Et si tu veux ouvrir les yeux sur la vraie vie des cochons que tu manges, tu peux le faire (on peut rêver).

P.S : je ne publie que les commentaires que je trouve intelligents, inutile donc de perdre ton temps à troller, oui petit troll je te vois. Bisou sur la bouche quand même (ça ne doit pas t’arriver souvent).

 

Do something

J’étais à Los Angeles, ça faisait déjà une semaine et je n’étais pas vraiment convaincue de l’utilité de mes vacances, pire, je me demandais si j’avais vraiment ENVIE d’être là. Pour être tout à fait honnête, je ne comprenais pas bien pourquoi je passais mon temps à souffler comme si j’étais à moitié dépressive alors que merde j’étais en vacances à Los fucking Angeles (et que je ne suis pas dépressive, je le dis au cas où).

Je passais mon temps sur la piscine en rooftop, ou alors j’allais au restaurant, ou alors j’allais faire du shopping, ou je discutais avec des gens de l’hôtel, c’est fou ce qu’on peut se parler facilement quand on est en vacances, et on aime les gens en vacances ! Je me promenais dans Downtown, il faisait beau, j’ai fait un tour de tous les buildings d’architecte que j’aime, j’ai failli chialer devant la Founder’s Church of Science à Koreatown parce que je suis ce genre de personne qui chiale devant un bâtiment. Parce que je suis complètement époustouflée, et à chaque fois, par le travail de Paul Williams. A chaque fois je me dis que je me suis trompée de carrière, si ça se trouve j’aurais été un grand architecte (on aime se mentir à soi-même en vacances, aussi).

Puis j’ai posé mes valises à Venice, là encore tout était absolument parfait sur le papier, on mange des donuts et des glaces, on rencontre des chiens adorables qu’on aimerait adopter, on fait des balades matinales les pieds dans l’eau, on copine avec les oiseaux, tiens, quel restaurant vais-je choisir pour ce midi ?, la vie est douce, les palmiers sont hauts, les couchers de soleil les plus beaux du monde, il faut au moins voir un coucher de soleil à Los Angeles avant de mourir, vraiment, ça devrait être sur la bucket list de tout le monde. Je n’aurais pas de Rolex avant 50 ans (quoique…il me reste du temps) mais j’aurais vu des dizaines et des dizaines de couchers de soleil plus pornesques les uns les autres. Je peux crever tranquille.

Tout allait pour le mieux. Je m’étais même inscrite sur Tinder et j’avais l’embarras du choix, j’étais Miss Monde, les américains adorent les petites frenchies en vacances, je swipais mollement en me demandant où tout ça allait me mener (en face boire des cocktails, en fait, y’a quand même un truc cool avec les américains c’est que contrairement aux français ils paient toute la soirée que tu passes avec eux, y’a pas d’histoire de « on fait moitié moitié »). Certes la météo commençait à devenir capricieuse mais il faisait genre 10 degrés à Paris alors je ne pouvais quand même pas me plaindre. Pourtant, en bonne connasse, j’avais envie de rentrer. Et je commençais déjà à regarder comment changer mon billet retour, jy ‘songeais mais je n’avais pas encore agi…

Puis je suis allée chez Barnes & Noble. Je n’avais vraiment pas prévu d’aller là-bas parce que j’aime donner mon argent aux libraires indépendantes. J’évite la Fnac comme la peste, je n’avais aucune raison d’entrer dans un Barnes & Noble. Mais la librairie indépendante de Venice, Small Books World, n’avait pas les références que je cherchais. Je dois avouer que j’aime bien le Barnes & Noble de Santa Monica parce qu’il n’est pas gigantesque, on a l’impression d’être dans une librairie indépendante (ils sont malins ces enfoirés). Je me promenais dans les rayons mes livres tant voulus en main et avant de me diriger vers les caisses je vois un livre de développement personnel dont le titre est « You are badass » alors forcément je me dirige direct dessus d’autant que la couverture est jaune et que j’ai décidé d’aimer le jaune en 2018 (j’ai même acheté un haut jaune, c’est dire ! Qui suis-je ?). Mais sans avoir lu la quatrième de couverture, je repose le livre et la vendeuse me voit et me dit « Non vous ne le prenez pas finalement ? C’est vraiment un livre super pourtant ! ». Et je lui réponds que je sais déjà que je suis badass (haha) et je n’ai pas vraiment besoin de conseils de ce genre, merci ça va, ou en tout cas, je ne suis pas SURE d’avoir besoin de conseils (quelle prétention, tout le monde a besoin de conseils mais bref). La vendeuse me dit « Alors c’est ce livre dont vous avez besoin » et elle me met ça dans les mains :

Je sais que ce livre est un best seller du New York Times (une valeur sûre à mes yeux), je sais que j’ai déjà eu envie de l’acheter, la vendeuse est très forte pour me le vendre, en plus elle a les yeux de la même couleur que feue ma grand-mère chérie alors je dis banco et avant de quitter la librairie, je me tourne une dernière fois vers elle et je lui dis « Merci, je sens qu’il va se passer quelque chose avec ce livre, merci beaucoup ».

J’ai lu le livre en une heure trente ou deux heures, je l’ai posé et j’ai compris ce qui n’allait pas. J’étais encore une fois en vacances à LA pour fuir ma vraie vie, mon quotidien. J’avais dit, il y a un an et demi, que je profiterais de mon chômage pour écrire ce manuscrit que j’ai commencé cent fois et jamais fini. Dix huit mois plus tard j’avais deux manuscrits chaotiques de 50 pages et aucune fin, aucune idée directrice, que dalle. Et face à l’océan pacifique que j’aime tant, je ne pouvais même plus profiter de l’instant présent parce que je ressentais l’urgence de « faire quelque chose ». Alors je suis rentrée cinq jours plus tôt en France, dès le lendemain j’ai commencé à écrire. Tous les jours. C’est ce que je fais depuis deux semaines. J’ai décidé que je ne partirai plus en vacances nulle part tant que je n’aurais pas fini ce manuscrit.