Fuck 2016 un peu

fuckyou2016

Que dire de 2016 si ce n’est que ce ne fut vraiment pas la meilleure année de ma vie.  Je crois que je ne connais personne qui estime avoir vécu une vraie belle année. Ce fut un peu l’année de la frustration et l’année de la tristesse absolue, je n’ai jamais autant pleuré que de mai à novembre, heureusement il y a eu de belles vacances, quelques rencontres qui comptent, des comebacks retentissants dans ma vie pour mon plus grand bonheur (et encore le mot est faible). Certes Trump a été élu ce qui n’a fait que renforcer mes inquiétudes sur ce triste monde tragique mais cet hiver ne s’annonce pas si mal malgré l’annonce de la mort de George Michaël qui ne fait qu’enterrer mon enfance, une fois de plus (ça avait commencé avec Prince, en fait).

J’ai arrêté de fumer pour la septième fois cette année (si je compte bien). Je suis contente, je ne finirai pas comme ces femmes à la peau ridée qui continuent à s’intoxiquer devant les immeubles en parlant de trucs super pas intéressants avec des voix graves mais pas sexy. Par contre 2016 est clairement l’année où j’ai cuisiné un peu trop et je suis en mode anorexie/sport 2h par jour depuis ce matin. Je vais faire comme toutes les parisiennes qui se respectent ; je ne vais plus dîner. Je vais sans doute opter pour la tisane « ventre plat » en guise de repas ou plus simplement me mettre au lit plus tôt car comme chacun sait « Qui dort dîne ». J’imagine déjà le commentaire d’un lecteur qui hurlerait au scandale et dirait que l’anorexie est une maladie et que je ne devrais pas en parler de manière si légère et bla bla bla. Parce que j’ai récupéré des lecteurs hyper chiants en 2016, avec des commentaires tout aussi chiants dont j’ai modéré la plupart pour épargner leur lecture aux autres lecteurs moins chiants, eux. J’en profite pour remercier ceux qui restent et qui ne sont pas chiants (ils sont peu mais se reconnaitront sans doute).

Cette année j’ai changé d’avis sur le vernis à ongles sur les pieds. J’ai toujours dit que c’était moche et vulgaire, pourtant j’en ai mis tout l’été. Je continue malgré tout à juger celles qui en mettent et surtout leurs pieds affreux. C’est fascinant le nombre de femmes qui pensent avoir de beaux pieds. A croire qu’elles n’ont aucune objectivité. Pareil pour toutes celles qui me disent « Je sais que je ne fais pas mon âge » et je me retrouve super gênée parce que chérie tu es la seule à le penser bordel. Je vais me mettre à acheter des miroirs de poche aux gens, pour le bien de l’humanité.

J’ai retravaillé un peu en intérim histoire de (à cause de la pression sociale, mais j’y reviendrai sans doute), ça n’a fait que renforcer ma haine du monde de l’entreprise, l’ambiance Caméra café, tous ces gens heureux de se lever tôt et de vendre des trucs inutiles, ça me dépasse. Mais j’ai rencontré quelqu’un, une femme, qui était heureuse de vivre dès le matin et tout au long de la journée sans défaillir, qui venait au bureau plus tôt sans être payée en heures supp, qui était joyeuse et solaire et serviable et gentille…tout en ne gagnant que 1300€ par mois alors qu’elle vit intra-muros.  Moi tu me donnes ça j’achète une corde chez Leroy Merlin et je me pends avec au beau milieu d’une salle de réunion. Je ne sais pas si c’est un manque d’ambition/ de confiance en soi/ de compétences ou la flemme de trouver autre chose ou si tout simplement elle se contente de ce qu’elle a. Je crois que je ne me contente jamais de ce que j’ai, je veux toujours plus. Sachant que parfois le plus est le moins. Cette année j’ai définitivement compris que le plus important c’est d’avoir du temps. Ma plus grande réussite ça a été cette négociation de rupture conventionnelle, depuis je revis. Je sais aussi que j’ai eu beaucoup de chance, c’est quelque chose que je n’oublie pas, j’y pense chaque jour quand je me réveille de ma sieste vers 15h.

J’ai appris des trucs cette année. J’ai osé dire/faire ce que je voulais au plus profond de moi. Je me suis complètement foutue de ce qu’on pense de moi. Je veux dire, encore plus que d’habitude.

J’aimerais me réjouir de cette nouvelle année mais ma voyante m’a prévenue : je vais en chier en 2017. Résultat j’ai envie d’être en 2018. Ou 2019 qui parait-il sera mon année (il va falloir être super patiente d’ici là, j’en ai bien peur).

Bref, en 2017 je continuerai à être une connasse parisienne. C’est bien là ma seule résolution. Amen.

Raconter sa vie

C’est souvent comme ça. Je lis tous les jours pendant des mois puis galvanisée par mes formidables lectures viens le moment où j’achète frénétiquement de nouveaux livres (sans doute la peur de manquer). J’accumule des tonnes de livres, j’en commence certains, je ne vais jamais au bout de ma lecture parce que je suis ailleurs, dans ma tête, perdue dans un épais brouillard qui m’empêche de me concentrer sur les lignes qui s’affichent devant moi. Comme si j’avais fait une overdose de lecture et qu’en quelque sorte mon cerveau régulait tout seul mes besoins en littérature.

Il y a quelques jours, dans le Monde je crois, je tombe sur une interview d’un dénommé Edouard Louis dont je n’ai jamais entendu parlé. Il vient de publier son deuxième roman, Histoire de la violence, et cette interview me donne immédiatement envie de lire tout ce qu’il a écrit (et de devenir son amie).

Édouard Louis, il raconte sa vie. Comme Annie Ernaux, avec autant de talent et de justesse (j’adore Annie Ernaux). Lui aussi il vient d’un milieu défavorisé, lui aussi se sent en décalage par rapport à ce milieu, en plus il est pédé, ce qui n’arrange rien. Il vaut mieux être riche et pédé que pauvre et pédé. Ce roman s’appelle En finir avec Eddy Bellegueule, parce qu’Eddy Bellegueule c’est son vrai patronyme, ce qui est en soi incroyable tellement on dirait un pseudo, tellement ça semble impossible de s’appeler comme ça, et que je comprends si bien qu’il ait choisi de se faire appeler Édouard Louis, il n’y a pas plus banal que Édouard Louis, il aurait pu choisir Christian Bertrand, c’était pareil, banal. Avec la petite touche surannée qui fait bien. Ou comment se racheter un milieu social. Passe-partout, ne pas faire de vagues.

Lorsque j’étais petite, j’avais une amie qui s’appelait Mélissa (parce que sa mère était fan de la Petite Maison dans la Prairie et que son actrice principale s’appelle Mélissa). Elle était externe comme moi alors nous rentrions ensemble le midi. J’étais externe parce qu’à la cantine il y avait de la viande et je ne mangeais (déjà) pas de viande. Si Mélissa rentrait le midi c’était parce que ses parents ne pouvaient pas payer la cantine mais aussi pour faire cuire son steak à son beau-père. Elle n’avait que dix ans et rentrait préparer le déjeuner de son beau-père pendant que sa mère accumulait les heures en intérim en espérant un jour trouver un emploi stable. Apparemment son beau-père ne savait pas se faire cuire un steak, il fallait faire la bonniche pour lui. Je me suis demandée toute mon enfance si elle servait de jouet sexuel à son beau-père qui était un obsédé notoire mais en fait je ne pense pas parce que Mélissa était grosse et le beau-père n’aimait pas les grosses, il ne cessait de le dire, on avait bien compris.

Je me souviens que le père de Mélissa s’était remarié et avait fait un troisième enfant à sa nouvelle femme « pour toucher les allocs ». Je ne savais même pas ce que ça voulait dire à l’époque mais je sentais que c’était subversif. Un jour, Mélissa m’a invitée chez ses grands-parents (Tu verras, leur maison est gigantesque) en Normandie, vers Fécamp je crois, au fin fond d’un bled paumé. Je ne comprenais pas ce que disaient les grands-parents, ils avaient un fort accent et les mots n’étaient pas les mêmes qu’en français. La maison était humide et la literie semblait avoir 150 ans, les lits grinçaient, cette nuit-là, on avait encore entendu ses parents baiser (le beau-père demandait « T’aimes ça salope » sans vraiment demander puisqu’elle ne répondait que par des cris qu’elle essayait d’étouffer dans un oreiller). A table, j’avais vécu un cauchemar puisqu’ils avaient servi de la viande de lapin pour me montrer qu’ils me recevaient bien et j’avais dû me forcer à en manger un petit peu, rien que d’y repenser, j’en frissonne d’horreur. Je ne sais plus pourquoi mais sa grand-mère m’avait touché les seins, ma poitrine naissante dont j’avais honte, elle avait fait une remarque sur le fait que je devenais une femme et avait touché mes seins en toute décontraction et j’avais eu l’impression d’un viol. Toute la table avait ri, même Mélissa. J’avais été profondément blessée et ce jour-là j’avais compris que si ma famille n’était pas riche, nous n’étions clairement pas du même milieu.

J’ai vécu la même chose quand j’ai rencontré mon premier amour, Pierre. Il était picard, comme Édouard Louis. Ses parents m’acceptaient tant bien que mal sous leur toît le week-end, dans leur grande maison humide et mal insonorisée qui tombait en ruine faute d’argent pour la rénover. Lorsque je rentrais à Paris le dimanche soir, je sentais le moisi, je ne comprenais pas comment cette odeur pouvait persister à ce point. Une fois le père m’avait demandé si je savais comment on appelait les habitants du Cap Vert et j’avais répondu « Bien sûr, les Cap-verdiens, pour quelle raison ? » et il m’avait soutenu pendant de longues minutes que, non, on les appelait les Cap-vernais, jusqu’à ce que le Monsieur qui présentait Thalassa (on dînait devant la télé, une première pour moi) dise « Les Cap-verdiens bla bla » et que le père fasse la gueule pendant les 48h restantes. Il s’était fait humilier par une femme devant sa propre femme, rien de pire n’aurait pu lui arriver. Lorsqu’il m’arrivait de faire pipi chez eux la nuit, j’étais toujours dégoûtée de constater qu’il y avait déjà du pipi au fond de la cuvette, du pipi jaune foncé presque orange que la personne avant moi avait oublié de faire disparaitre en tirant la chasse d’eau. En plus, ils avaient ce papier toilette rose foncé trop fin qui n’essuie rien et qui gratte. Un jour, Pierre m’a engueulée. Il ne fallait pas que je tire la chasse la nuit : l’eau, ça coûte cher. Je ne me suis jamais sentie aussi parisienne que pendant mes cinq ans de relation avec ce type. Qui a moins de trente ans était père de deux enfants : Hélios et Saskia (orthographe inconnue). Tout est dit.

On a reproché à Édouard Louis d’avoir du mépris pour sa classe sociale. Il est de bon ton d’être bourgeois et de cracher sur la bourgeoisie. Mais forcément quand on parle de pauvreté de manière crue, c’est interdit, ça fait mauvais genre. On doit les aimer les pauvres. C’est la moindre des choses !

Finalement ce qui créé l’ambition, c’est peut-être le manque d’amour dont parle Édouard Louis, dont parlent beaucoup d’écrivains, d’artistes, de créateurs. La première phrase (sublime) de son premier roman c’est « De mon enfance je n’ai aucun souvenir heureux ». Je ne serai jamais un grand écrivain, j’ai eu une enfance heureuse, des parents qui m’aiment, je n’ai jamais manqué de rien, on a toujours cru en moi (encore aujourd’hui alors que je suis devenue glandeuse professionnelle). Mon enfance est une succession de souvenirs heureux, des souvenirs si heureux que c’en est indécent, je le sais, je le vois dans le regard de mes amis qui disent tous « Non mais toi tes parents…t’as vraiment de la chance ! ». L’évènement le plus dramatique de mon enfance c’est ce jour où ma mère et mon père se sont disputés et où ma mère a décidé que nous irions dormir à l’hôtel en face de chez nous, moi et mon petit-frère. Elle a passé la soirée au téléphone avec ma grand-mère qui lui conseillait de sagement rentrer plutôt que de se croire dans une pièce de théâtre. Je crois que ma mère rêvait depuis longtemps de faire une crise, de claquer une porte, de se rebeller alors que mon père lui a toujours permis d’être libre. Le sujet de la dispute ? Ma mère voulait regarder le foot à la télé, mon père ne voulait rien regarder parce qu’il était fatigué. Pas romanesque…

Mais revenons à Édouard Louis et son second roman Histoire de la violence, dont les trois premières pages m’ont donné la nausée, j’étais au bord des larmes, le reste du roman est si puissant, cette histoire est singulière et en même temps tellement universelle, on prend un coup de poing dans la gueule mais un coup de poing qui fait du bien parce qu’il réveille, parce qu’on se pose mille questions, pourquoi la violence, faut-il ou non porter plainte, pourquoi la peur nous paralyse-t-elle, pourquoi ça nous arrive alors que ça n’arrive pas aux autres, toutes ces questions parfois (souvent) sans réponse.

Il y a Annie Ernaux, désormais il y a aussi Édouard Louis. J’ai déjà hâte de lire le roman qui parlera de son arrivée à Paris. Quand je pense que je ne sais plus quel abruti me disait il n’y a pas si longtemps « Mais arrête avec Paris, plus personne ne rêve de vivre à Paris en 2016 ! ». Plus personne, vraiment ?

XVIII

img_1149

Quand j’étais ado je passais beaucoup de temps dans le 18ème, c’était là qu’il y avait la Loco, boîte dans laquelle je passais mes vendredi ou samedi (quand on me laissait entrer) à écouter the Cure habillée en gotho-pouffe. Si vous ne voyez pas à quoi ressemble une gotho-pouffe, en gros c’est une fille qui se la joue dark mais qui, contrairement aux vampires, montre son corps et ses atouts. Ma tenue préférée c’était une espèce de body noir transparent aux manches longues qui laissait voir mon Wonderbra (c’était la mode) et donc les trois quarts de mes seins, porté avec une longue jupe noire transparente aussi, en dessous je mettais des collants résilles et aux pieds j’avais des chaussures à plateforme avec lacets achetées à Londres qui me faisaient prendre 15 cm.

Malgré la répétition de ces soirées, je n’ai fait que très peu de bêtises, une fois j’ai embrassé un type qui me plaisait, je crois qu’il habitait le quinzième parce que je me souviens lui avoir dit « Le quinzième ? Ah ouais t’habites en banlieue quoi » (je déteste le quinzième arrondissement de Paris, c’est une longue histoire de désamour entre nous). Je me souviens qu’une fois sortie de boîte, le type ne me plaisait plus du tout, finalement il avait de l’acné et perdait déjà ses cheveux, entre ça et le fait qu’il habitait le quinzième, c’était trop pour moi, je suis rentrée sagement chez mes parents.

Depuis que je suis grande, je ne mets plus un pied dans le 18ème. J’ai été fâchée avec l’arrondissement tout entier quand j’ai vécu deux ans aux Abbesses. Le seul avantage de ce quartier, c’est le marché Saint-Pierre, tout le reste est à jeter. Les touristes par milliers qui, perdus, demandent leur chemin sans jamais dire « Bonjour », la racaille omniprésente qui te balance du « Charmante, Mademoiselle » puis « Salope ! » deux secondes après parce que tu n’as pas répondu à leur prétendu compliment, les rues dégueulasses qui montent et qui descendent, pas cool pour la non-sportive que je suis, les camés, les mecs chelous qui te suivent, les vendeurs de shit qui ne comprennent pas que tu n’es toujours pas intéressée, ni par ça, ni par eux, les rabatteurs devant les clubs de strip tease bas-de-gamme qui veulent te recruter (quelle offense, sans déconner), même le Sacré-Cœur n’a rien de sacré, je ne le trouve pas beau, il est passable, 6/10, pas plus.

Mais les Abbesses, ça reste encore le 18ème potable. J’ai passé une année de lycée dans un établissement privé qui se trouve au fin fond du 18ème à quelques pas de la Porte de la Chapelle. A l’époque, le seul truc cool qu’il y avait dans ce quartier, c’était Doc Gynéco qui y vivait et rêvait de gloire. Et le fait que je sortais avec le mec le plus canon du lycée (mais il bandait mou). Mon quotidien c’était cohabiter avec des mecs au crack dans le square en face du lycée, toujours les yeux vitreux et les gestes désarticulés. Je préférais fumer des clopes que de manger alors le midi j’allais à la boulangerie pour acheter une demie-baguette. J’appelais ça un « sandwich au pain ». Je jouais à Street Fighter et je choisissais toujours le personnage de Chun-Li, comme elle, je me faisais deux grandes tresses hautes pour aller au lycée, cette coiffure allait de pair avec mon look de parfaite petite gotho-pouffe. Chun-Li est naturellement devenu mon nouveau surnom…

Vingt ans plus tard, je me retrouve sur les traces de mon passé et c’est troublant : rien n’a changé. Il y a toujours autant de camés au crack, de clodos sales qui font peur aux passants, le square est toujours aussi peu fréquenté par les enfants, le Monoprix est toujours moins classe que les autres Monoprix de Paris, j’ai même assisté à une embrouille musclée entre deux ados qui hurlaient des insultes que je ne comprenais pas avec un accent incompréhensible. La boulangerie est toujours là, elle aussi. J’ai failli entrer dans le lycée pour demander à voir la CPE et si c’était la même j’avais prévu de l’insulter. On dit qu’il n’est jamais trop tard et c’est tout à fait vrai. Vingt ans après, j’éprouverais un grand bonheur à lui lancer « Alors sale pute de CPE de merde, t’as fait chier combien de kilomètres de lycéens depuis moi. Hein sale pute ? » (il faut que j’ajoute « CPE » à ma liste des pires métiers au monde). Mais elle était déjà vieille à l’époque, c’est évident qu’elle n’est plus là. Si ça se trouve elle est morte et enterrée. Si le quartier n’a pas changé, finalement, moi non plus. J’ai toujours une espèce de haine non dissimulée envers l’administration. Certes, comme le dit mon frère, je me suis grave embourgeoisée mais je ne serai jamais une bourgeoise pour autant. Non merci.

 

En vrac

J’ai acheté le dernier album de Julien Doré comme toute la France semble-t-il puisqu’il serait numéro 1 des ventes. La chanson « Le lac » me rappelle déjà de bons souvenirs alors qu’elle n’a que deux mois. « Sublime & silence » me transporte loin, il a vraiment du talent Julien Doré, on ne peut pas le nier (même si on a le droit de trouver le personnage à la limite du supportable). C’est un album que j’aurais encore envie d’écouter dans cinq ans, et peut-être même dans dix. En passant dans les allées du disquaire, j’ai vu un livre stupide qui parlait des « choses que l’on fait quand on est dans la trentaine » et je ne me suis retrouvée dans rien. Non, je ne me lève pas tôt le week-end pour « profiter » d’avoir du temps, le week-end ça sert à ne rien faire, c’est-à-dire rester au lit. A la rigueur, je peux, comme ce matin, mettre un réveil pour ne pas rater le marché. J’y vais à 13h, je suis dans la catégorie des parisiens aux cheveux hirsutes habillés n’importe comment qui ne savent même plus quels légumes ils veulent tellement ils sont encore dans leurs rêves… Et puis soudain ça m’a frappé comme une évidence : j’achète encore des CD en 2016.

J’ai appris qu’en Corée, lorsque vous naissez, vous avez déjà 9 mois, à cela s’ajoute une année de plus pour des histoires lunaires, ce qui fait que tous les coréens ont presque deux ans de plus que nous. Il y a quelque chose de censé et de poétique là-dedans. J’imagine que les coréennes ne sont pas du tout de mon avis…

Je n’arrive plus à lire, enfin si, je ne lis que des guides de voyage, j’achète à peu près tout ce qui se trouve sur une ville et une région et je me fais mon propre avis. C’est chronophage et passionnant. Parfois je me demande si ce n’est pas dans le tourisme que j’aurais dû faire carrière. Mais je n’aime sans doute pas assez les gens. J’ai regardé la série The Crown sur Netflix, être Reine est sans doute le pire job au monde, quel affreux destin, vraiment ! Un clochard est plus libre qu’Elisabeth II…

Depuis que je suis au chômage, je me rends compte à quel point je suis incomprise. Tout le monde voudrait que je retravaille. Une amie m’a même dit « Mais tu ne t’ennuies pas ? ». Je m’ennuyais lorsque je travaillais, je devais me lever, prendre le métro, aller dans l’un des quartiers de Paris les plus touristiques, travailler pour une boîte qui est à l’opposé de mes valeurs et de mon mode de vie, puis prendre à nouveau le métro, rentrer chez moi et me dire que j’avais passé une journée de plus à perdre mon temps. Tout ça pour un confort qui n’est qu’illusoire. Je ne m’ennuie jamais quand je suis seule la journée, c’est l’inverse, j’écoute mon corps, je n’ai plus de réveil, je fais même des siestes alors que je dors déjà neuf heures par nuit, oui je sais, c’est scandaleux mais il faut croire que deux ans et demi en CDI m’ont épuisée. Je prends du plaisir à écouter de la musique en cuisinant, parce que désormais je cuisine tous les jours. J’aime passer du temps à ne rien faire de concret, juste laisser la journée se dérouler au rythme de mes chats, des courses, des promenades dans le quartier. Je crois qu’en fait globalement les gens sont jaloux de voir à quel point je suis décontractée alors que je ne travaille pas. Je suis heureuse de ne pas faire partie de ces gens hyperactifs qui s’agitent pour avoir le sentiment d’exister. Faire partie de cette société ne me rassure pas, ça m’effraie. J’ai une copine qui a décidé de partir sur les routes avec sa communauté de hippies, loin de Paris, et objectivement je ne l’ai jamais vue aussi heureuse que la dernière fois qu’elle est passée à la maison. Je la félicite mais combien lui disent « Mais il faudra bien que tu etc ». Il faudra bien que rien du tout, nous sommes libres de faire ce qu’on veut de notre vie. Une seule et unique vie, pas de séance de rattrapage. Alors non, je ne m’ennuie pas, je revis ! Je fais enfin ce que je veux. Quand on me dit « Oui mais après ? », je ne comprends pas la question parce que je vis l’instant présent. Je ne suis pas angoissée par demain, je sais que ça ira. Et si ça ne va pas, je m’en sortirais, comme toujours. J’ai une ou deux étoiles qui me protègent.

ob_bc25a0_coluche-chomeurs

Venise #3

Ce qui est formidable avec Venise, c’est qu’à chaque fois je découvre d’autres facettes de la lagune, à chaque fois je tombe encore plus sous son charme, je crois qu’il est impossible de s’en lasser. J’avais déjà écrit que je ne comprenais pas qu’on puisse ne pas adorer Venise, je réitère. En même temps il faut avouer que je ne suis jamais allée à Venise l’été, ça ne me viendrait pas à l’idée, je déteste cette période de l’année où les touristes affluent de toutes parts (mais si tu lis ce blog, tu le sais déjà).

Cette fois nous avons découvert une partie du Castello méconnu, près des jardins et de l’arsenal, il n’y avait pas un seul touriste, quel bonheur de sentir le vent dans ses cheveux, d’assister à un magnifique coucher de soleil et d’entendre les vénitiens parler. Il en faut peu pour être heureux. Les longues promenades, il n’y a que ça de vrai, ça nous a permis à ma mère et moi, de se parler de choses vraies, de choses que l’on ne dit qu’entre femmes de confiance, de nos espoirs, nos rêves et nos révoltes aussi. Venise est notre excuse annuelle pour nous retrouver, je chéris ces quatre jours avec ma mère, on passe notre temps à boire du bellini et à rire, je sais à quel point ils sont précieux. Je suis heureuse d’être la fille de cette femme qui est pleine de contradictions et dans laquelle je me retrouve bien. Les chiens ne font pas des chats…

Nous nous sommes découvert une passion pour les spaghetti à l’ail et au peperoncino, ce piment italien au goût si exquis, j’en ai rapporté des tonnes, je compte reproduire ce plat simple et délicieux aussi souvent que possible. Il n’y a qu’en Italie que j’ose commander des pâtes au restaurant : eux ne les ratent pas. En revanche, pour les pizzas, c’est toujours décevant, depuis que j’ai goûté la vraie pizza à Naples, tout me parait médiocre.

Première fois à la punta della Dogana, la pointe des douanes, qui présente des œuvres de l’homme d’affaires François Pinault. Ce ne sont pas les œuvres qui m’ont marqué, j’avoue avoir un peu de mal à comprendre l’art contemporain, ce qui est intéressant c’est le bâtiment lui-même que l’architecte japonais Tadao Ando a su rénover tout en gardant son âme. L’architecture du lieu est à couper le souffle. Les expositions sont tournantes, de manière à présenter toute la collection (gigantesque) de François Pinault, c’est donc inégal, on peut tomber sur des œuvres intéressantes ou des choses qui vous laisseront de marbre (des matelas accrochés au mur avec de la pisse dessus. Mouais).

Autre vraie découverte : la petite île de Mazzorbo située au nord de la lagune qui ne compte même pas 300 habitants. Aucun touriste n’y descend. Vous êtes seuls au monde, avec le vent dans les cheveux, l’horizon comme seule perspective, et au milieu des vignes, des vignes et encore des vignes, seule activité de l’île. On a croisé un chat, un chien, des oiseaux, un papy qui faisait du jogging , j’ai pris un arbre dans mes bras, et au loin sur un bâtiment j’ai vu écrit « Fuck you very much », sans doute la rage d’un adolescent qui s’emmerde.

Au bout de l’île, le calme ne dure pas, on traverse la passerelle en bois pour rejoindre Burano, l’île aux maisons colorées, les touristes, véritables nuisibles, sont agglutinés devant les jolies maisons qu’ils ne prennent pas le temps de regarder, ils préfèrent les prendre en photo, les « menus touristiques » écrits dans toutes les langues sont affichés devant les restaurants, les asiatiques sont là avec leur selfie sticks géants et leurs sourires identiques sur chaque photo (juste après ils refont la gueule). On ne reste que le temps de rencontrer des chats qui se prélassent au soleil, loin de la foule.

La prochaine fois, peut-être irons-nous sur l’île de Torcello, je n’en sais rien, pendant ces quatre jours, nous n’avons jamais rien de prévu, nous prenons sans doute des vacances de notre relative control freakness…

img_4373

img_4478

img_4335

img_4533

img_4652

img_4517

img_4457

img_4391

img_4577

img_4536

img_4659

img_4634

img_4499

img_4578

img_4640

img_4600

 

Trumpocalypse

trumpocalypse1

L’été de mes 18 ans j’ai passé trois semaines en immersion dans une famille au Texas dans un bled dont j’ai oublié le nom pas loin d’Austin. C’était une famille de classe moyenne, ils avaient une grande maison avec une piscine, ce qui n’est pas négligeable quand il fait près de 50 degrés. Le premier jour ils m’ont emmené dans leur église, on m’a offert une bible que j’ai poliment refusée.

Cet épisode donne le la de ces trois semaines douloureuses pour moi : une famille obsédée par la religion, qui détestait les noirs, les arabes, les juifs, les pédés, les hérétiques comme moi etc la liste est longue. La mère était obèse, diabétique et prenait neuf collations par jour à base de popcorn, gâteau au maïs tout fait, en plus des traditionnels repas de tacos et autres, la fille prenait elle aussi le même chemin, tous les jours elle se servait ses quatre boules de glace et elle rajoutait des cookies émiettés dedans et de la chantilly, le père n’était pas en reste ; ces gens m’ont fait tellement peur que j’ai perdu 5 kilos chez eux. Ils m’appelaient « skinny » pour m’humilier mais je voyais ça comme un beau compliment.

Ils ne buvaient jamais d’eau, que du soda, ils ne lisaient pas de livres, ils passaient leur temps à regarder la télévision (gigantesque) et à manger des trucs déjà préparés ou dans lesquels il faut ajouter un ingrédient pour en faire un plat. A respectivement 38 et 40 ans il n’avaient visité que deux états américains : le Texas et l’Illinois parce que le père avait de la famille près de Chicago, c’est tout. Ils étaient étonnés que je connaisse la moitié des Etats-Unis à un si jeune âge. Leur fille portait un anneau de virginité tout en me parlant de ses désirs sexuels (elle perdra sa précieuse virginité l’été d’après dans la bagnole de Brian sur le parking du Taco Bell, je jure que c’est vrai). Les amis d’AJ (Andrea-Janice, oui, ça ne s’invente pas) avaient tous 20 ans et étaient déjà mariés et parents. Parce que si tu veux niquer, il faut épouser quelqu’un. Et la contraception n’existe pas chez les pentecôtistes. Tout ce petit monde jalousait ma liberté, moi la petite française avec ses jolies robes bien coupées, ses jolies chaussures, son bagout et surtout son air de se foutre de tout. Des gens frustrés qui ne cherchent pas à s’élever mais à reproduire un schéma vieux comme le monde sans se soucier de savoir s’il les rend heureux. Des gens qui trouvent que chasser, c’est cool, et que la place de la femme est à la maison, que si leur fils est homosexuel, eh bien on lui donnera des médicaments pour qu’il ne le soit plus.

C’est cette Amérique-là qui a voté pour Trump le 8 novembre dernier. Cette Amérique profonde qui a peur de l’étranger alors que dans sa vie de tous les jours elle vit entre Blancs bien-pensants qui vont à l’église parce qu’ils croient à l’enfer et ne veulent surtout pas y aller. Cette Amérique fascinée par l’argent et donc les milliardaires comme le cheeto raciste sans doute lui aussi frustré du cul puisqu’il a été accusé d’attouchements sexuels par de nombreuses femmes. Alors, non, je ne suis pas étonnée, pire, je m’attendais à ce que le connard orange soit élu. Parce que je sais que l’Amérique ce n’est ni New York, ni Los Angeles, ni Seattle.

Pour le moment je n’envisage pas de mettre un pied aux Etats-Unis après le 20 janvier 2017, de toute façon, rien ne garanti que le nouveau président facilitera l’entrée des Français sur le sol américain puisqu’il pense que nous sommes tous des terroristes. J’ai du mal avec l’idée de participer à l’économie d’un pays dirigé par un tel con misogyne, raciste, à l’humour douteux, qui déteste les trans, les pédés, les femmes qui ne sont pas mannequins, j’ai mal quand j’entends que les Mexicains sont tous des violeurs, j’ai mal quand il dit qu’il adore la guerre, j’ai mal quand il dit que le changement climatique a été inventé par les Chinois. J’envisage de ne pas mettre un pied dans le pays que je préfère après le mien pendant quatre ans. Parce que malgré la décision du peuple américain de voter pour cet odieux personnage, j’aime profondément les Etats-Unis et il me faudrait au moins 2000 mots pour exprimer mon amour pour ce grand pays.

J’entends encore ceux qui, hier, pensaient que Clinton ou Trump, c’est la même chose. On entend ça ici aussi, « la droite et la gauche c’est pareil ». On a le droit de ne pas croire en la politique, on a le droit de ne pas voter mais on ne peut pas dire de telles âneries. Non, être démocrate et être républicain, ça ne veut pas dire la même chose et non, être de droite ou de gauche, ce n’est pas pareil. Pas du tout. Avec l’élection de Trump, le monde entier va pouvoir le constater dans les quatre prochaines années. En priant très fort pour qu’il ne brigue pas de second mandat… Parce que huit ans sans voir New York, je crois que ça ne va pas être possible !

Exister

Peut-être aurais-je dû trouver cela charmant ou attendrissant ou ce que vous voulez mais j’ai trouvé ça profondément prétentieux. Quand ma grand-mère paternelle m’a annoncé, je cite, qu’elle avait encore envie « d’exister ». Curieuse façon d’annoncer la couleur. Ma grand-mère paternelle a 86 ans et elle a encore envie d’exister. Et je me demande bien pourquoi. Comment. Comment est-ce-possible d’avoir 86 ans et de refuser encore l’idée de la mort. Je veux dire, sa vie se résume à faire des sudoku, à regarder des programmes télé débiles (ma grand-mère paternelle n’a jamais été une intellectuelle…), entre Plus Belle La Connerie et Drucker le dimanche (je ne sais même pas si ça existe encore mais vous voyez le genre…).

Ma grand-mère qui a toujours été dans l’ombre de mon grand-père peut enfin prendre sa revanche, il est mort, elle peut exister maintenant alors qu’elle a choisi (oui, on parle bien de choix) de fermer sa gueule pendant 50 ans. Tout à coup la voilà qui existe pour elle-même ? Mais pour quoi faire ? Je sais que je devrais avoir de l’empathie pour ma grand-mère. Je sais que si mon autre grand-mère, la seule, l’unique, ma grand-mère maternelle, était en vie, elle me dirait « Appelle ta grand-mère, c’est important ». Mais je n’ai pas envie de ça. Ma grand-mère paternelle représente tout ce que je refuse d’être. Une épouse avant tout, puis une mère de trois enfants (trois putain), une soumise, une qui la ferme, une qui n’a pas d’opinion, une qui s’écrase, une qui ne s’aime pas, une qui (je cite) « passe à la casserole » tous les soirs. Je crois que j’ai été traumatisée le jour où j’ai compris que ma grand-mère résumait sa vie sexuelle avec mon grand-père à ce « passer à la casserole » horrible qui sonnait comme si elle était obligée, comme si mon grand-père était un méchant alors que mon grand-père était tout sauf un méchant. Les expressions sont souvent moches mais quoi de plus moche que « passer à la casserole » ?

J’ai moins de la moitié de l’âge de ma grand-mère et parfois j’en ai déjà assez d’exister. J’ai déjà vécu cent vies, cent amours, cent souffrances, si je devais mourir demain j’aurais eu une belle vie sans trop de problèmes, une vie d’occidentale chanceuse, une vie de fille un peu névrosée parce que c’est le privilège des occidentales, le privilège des petites parisiennes, des petites connasses comme moi, je revendique ma connasserie, ce n’est pas une façon de me déprécier, je sais ce que je suis, merci, et je l’assume. Qui sont ces gens qui refusent de mourir ? Qui sont ces gens qui ont peur ? Peur de la fin de la vie, de la fin de l’existence terrestre. Se sentent-ils supérieurs ces gens-là ? Se sentent-ils indispensables à notre belle, sublime humanité ? Pourquoi moi je serais ravie de disparaitre demain ?

Depuis que je suis au chômage on me demande si j’ai retrouvé un emploi. Je sais que ce n’est pas politiquement correct mais j’ai envie de hurler que plus jamais je n’aurais un emploi salarié, plus jamais je ne serai l’employée de quiconque. C’est fini. Mon bonheur c’est justement de ne plus travailler, mon bonheur c’est d’être libre de faire ce que je veux de mon temps, de ma vie, à savoir surtout rien, parfois je regarde le plafond et je suis heureuse. Je pense aux gens que j’aime, à ceux qui sont là et ceux qui sont loin, ceux qui sont trop loin et qui me manquent, comme une douleur à laquelle on se fait par obligation parce que sinon on en crève, puis ceux qui sont morts, ceux qu’on ne revoit qu’en rêves et encore faut-il être assez chanceux pour faire des rêves, pas des cauchemars.

Je ne fais rien de concret, j’écris des choses parfois, je fais du shopping, je regarde la télé, j’observe mes chats jouer, manger, s’amuser, dormir, je cuisine, je lis, je ne vois personne, je n’en ai pas envie. Je m’épanouis dans le rien, dans le tout, ma vie n’est pas sociale mais ma vie n’a jamais été aussi riche qu’aujourd’hui. Je me fous du regard des autres, je suis plus que jamais égoïste, je fais ce qui me plaît à moi et à personne d’autre, parce qu’on ne vit qu’une fois, qu’une fois c’est peu et que je ne veux pas avoir de regrets, quand je serais vieille, moche et sans doute enfin ridée. Je profite. Je suis en vie. Peut-être que ma grand-mère n’existe que maintenant, à 86 ans, peut-être qu’elle a complètement foiré sa vie, peut-être qu’il n’est jamais trop tard ? Peut-être aussi que grâce à elle jamais je ne serais attachée à un homme, à des enfants, à un métier au point d’en oublier qui je suis. Peut-être que c’est grâce à ma grand-mère que je peux me permettre le luxe d’être libre. Je n’en sais rien. La question mérite d’être posée.