Au secours, je suis invitée à un EVJF !

evjf

Ah….les enterrements de vie de jeune fille ! Oui, parce que les gens continuent de croire au mariage malgré les statistiques effarantes (deux mariages sur trois finissent en divorce à Paris…). Simplement appelés « EVJF » pour les intimes, c’est encore une tradition à la con censée faire profiter la future mariée des derniers plaisirs qui lui seront interdits avant son engagement à vie avec Monsieur. Je pensais que cette tradition remontait au Moyen-Age et j’avais tout faux, cela existe depuis les années 70…pour les femmes. En gros, ça existait au 18ème siècle mais uniquement pour ces messieurs qui avaient le droit de se bourrer la gueule et de se taper une pute. C’est au moment de la « révolution sexuelle » qu’on a décidé que ce serait cool que la future épouse puisse elle aussi éventuellement baiser le strip-teaser avant de s’engager sur la voie de la fidélité. C’est beau l’égalité des sexes (ou de la connerie ?).

Aujourd’hui les EVJF restent ces longs week-end passés uniquement « entre vagins » à célébrer la future mariée, à faire tout un tas d’activités à un rythme soutenu, à parler de bébés, de robe blanche et gros caillou. En revanche, plus de strip-teaser ou de déguisements ridicules, l’EVJF devient un moment privilégié où l’on prend soin de soi, on va au spa, on assiste à un cours de cuisine toutes ensembles, on apprend à se maquiller dans la joie et la bonne humeur en buvant des smoothies detox. Vous comprendrez donc pourquoi je n’ai aucune envie de répondre à cette invitation.

La perspective de passer un week-end entier avec des filles que je ne connais pas me donne la nausée. On dit « les amis de mes amis sont mes amis » mais c’est assez faux, surtout lorsqu’il s’agit de filles qui sont en général en rivalité. Les activités proposées me donnent la gerbe, l’une parle de faire un cours de danse latine (déjà la danse, franchement non, mais « latine », autant m’achever tout de suite), une autre propose un restaurant de hipsters en rooftop avec un menu unique à 50€ (sauf que je suis végétalienne, autant m’insérer le billet au fond de l’anus, ça irait plus vite). Elles sont toutes d’accord pour aller se détendre au spa mais je ne vois pas comment je peux me détendre avec huit filles qui gloussent, non, vraiment, je ne vois pas.

D’autant que toutes ces formidables activités « entre girls » vont accessoirement me coûter un bras, déjà parce que je vais devoir payer ma part mais aussi parce que la tradition veut que la mariée ne dépense pas un kopeck, ce sont ses amies qui régalent. S’il s’agissait de faire du saut à l’élastique ou un parcours acrobranches puis d’aller se murger la gueule par la suite dans un bar, je serais ravie de dépenser mais la future mariée ne boit pas d’alcool, j’imagine que ses amies non plus. A chaque fois que je reçois leurs emails, je tressaute, je fais une grimace et je me dis « Il faut que je dise/fasse quelque chose » mais je reste là, impuissante. L’un des emails a quand même été signé par un joyeux « Bon ouikène les girls ! ».

C’est décidé, je n’irai pas. D’autant que, blague dans la blague, je n’irai de toute façon pas au mariage qui a lieu en Normandie (on ne conduit pas et aucun train ne mène au bled dans lequel les festivités auront lieu)…le jour de l’anniversaire de mon mec (qui a d’autres projets que de se déguiser en pingouin ce jour-là et on le comprend)(et non, je n’irai pas à un mariage sans mon mec, quand on souffre, on le fait à deux !). Non, vraiment, il faut que je prenne mon courage à deux mains pour expliquer que les EVJF et moi ne sommes pas compatibles ! Si elle est mon amie, elle devrait déjà le savoir, non ?

Dernier jour

FullSizeRender (14)

On ne peut pas dire que l’année a bien commencé, on ne peut pas dire non plus qu’elle se finit en beauté. C’est toujours d’une tristesse le mois de décembre…Et la Saint-Sylvestre, n’en parlons pas, cette quasi obligation de fêter on ne sait trop quoi, de boire du champagne en dansant sur les tubes de l’année. Je vais faire l’effort de sortir ce soir, mais uniquement parce que cette année j’ai failli perdre deux de mes meilleurs amis, ce soir on fête leur résurrection en quelque sorte. Ce soir, ils peuvent dire haut et fort « Fuck la mort ».

Il y aura eu de belles choses cette année, des émotions en mode roller coaster, de jolis voyages, revoir New York ma ville chérie, retrouver Wonder B. même si c’est loin d’être comme avant, écouter Pantera avec Nessie et chanter Mariah Carey avec Maryne, sécher les larmes de Caroline à cause d’un énième connard, pas mal de fous rires aussi ! Tous les messages et coup de fils avec ceux qui sont à Playa del Carmen, à Sydney, à San Francisco, au fin fond du Mississipi ou de la Chine, parce que l’amitié, la vraie, ça peut tout à fait se vivre à distance. L’appartement de mes rêves trouvé dans un quartier que j’aime où j’ai déjà mes repères, la baignoire qui marche très (trop ?) souvent parce que j’ai un coussin pour bien caler ma tête maintenant, rien que d’y penser, quel bonheur ! Toutes ces recettes apprises qui prouvent à mon entourage qu’on peut être végétalienne et gourmande, et en pleine forme avec ça (meilleurs analyses sanguines de toute ma vie, aucune carence !).

Cette année j’ai lu Jane Eyre pour la première fois (mais pas la dernière). Je mets le roman de Charlotte Brontë direct dans mon top 5. J’ai découvert le tartare d’algues et je ne me nourris quasiment plus que de ça. J’ai passé des heures et des heures devant Netflix seule ou accompagnée. J’ai adopté deux adorables chatons qui rendent ma vie encore plus belle. J’ai décidé de ne pas avoir d’enfant et je ne pensais pas qu’une telle décision pourrait me rendre encore plus heureuse. Comme l’année d’avant, j’ai regardé celui qui partage ma vie tous les jours avec les yeux de l’amour. Je ne sais pas quel crétin a décrété que l’amour dure trois ans. Probablement quelqu’un qui n’y connait rien. J’ai fait du bénévolat dans un endroit paradisiaque en Galice où j’ai rencontré des animaux victimes de l’élevage industriel, ces cochons, vaches et chèvres nés pour mourir dans nos assiettes, ces rescapés heureux de vivre enfin en liberté. Ce sont eux ma plus belle rencontre de l’année. Plus que jamais je suis convaincue que l’humain se trompe en mangeant des animaux.

J’ai beaucoup pleuré, cette année. De rage, surtout. J’ai perdu du temps, ma mère a raison, ça ne sert strictement à rien de pleurer. J’ai consulté trois voyants, je précise que je n’ai pas gagné au Loto au mois de novembre comme annoncé. Sinon vous auriez eu droit à des photos de moi en Thaïlande sous le soleil de Koh quelque chose. Je ne suis pas tombée enceinte entre mars et juillet non plus (heureusement !). Mais j’ai eu une augmentation, ça oui. J’ai beaucoup dépensé mais sans doute moins que l’année dernière, j’avance, j’avance…

Cette année, j’ai pleuré pour Charb et les autres, j’ai pleuré pour mon 11ème à moi, j’ai été en colère contre ceux qui veulent qu’on arrête de vivre en liberté, j’ai essayé de comprendre et j’ai abandonné parce que je ne peux pas me mettre dans la tête de ces gens-là. J’ai pleuré la mort d’un Monsieur que j’aurais aimé connaître mieux, un Monsieur mort en paix, sans violence, juste le cœur qui s’arrête. La mort, c’est dur pour ceux qui restent…

L’année qui s’annonce sera rigoureuse, je l’espère. J’ai encore tant à apprendre ! Je ne serai pas très présente ici. J’ai voulu arrêter d’écrire sur ce blog et puis non. Je reviendrai quand j’aurai le temps et l’envie. Si ça se trouve le blog s’appellera « encore une parisienne » tout court. Au revoir, la connasse ? Nous verrons bien…

Alors merci à toi, toi et aussi toi et tous les autres, ceux que je connais virtuellement et les anonymes qui lisent mais ne laissent pas de commentaire. Merci à Romain qui m’a réconcilié avec l’idée de rencontrer quelqu’un qui vient du net, merci à S. qui ne voit plus la vie en rouge mais peut-être bien en bleu. Merci à ceux qui ont disparu de ma vie et ceux que je n’ai pas laissé entrer : grâce à vous je ne perdrai plus de temps avec des cons. Je vous souhaite à tous (même les cons) le meilleur pour la nouvelle année qui arrive dans quelques heures…

Soyez heureux ! (ou pas, vous faites bien ce que vous voulez, on est d’accord)

Même les connards prennent leur retraite…

Ce texte est la suite de ce texte : http://encoreuneconnasseparisienne.com/2015/05/25/le-connard-sonne-toujours-deux-fois-au-minimum/

 

Après les attentats du 13 novembre, j’ai reçu un email de X. complètement catastrophé. Etais-je en vie ? Est-ce-que mes proches et moi-même allions bien ? Il disait vouloir de mes nouvelles au plus vite. « Ecris-moi ». Lorsque j’ai vu l’email j’étais à New York et j’avoue avoir jubilé. Ce petit con n’avait que ce qu’il méritait. J’étais peut-être morte et il n’en saurait jamais rien. C’était bien fait pour lui. Je ne comptais pas répondre puis un soir (merci l’alcool) j’ai simplement répondu que j’allais bien, merci. Nous avons alors échangé deux ou trois emails puis on s’est parlé au téléphone. J’ai senti qu’il était différent, moins en colère (c’est le genre tout le temps en colère en fait), surtout, je trouvais que pour une fois il ne disait pas que de la merde. Je lui ai dit que je serai à Toulouse quelques semaines plus tard. A lui de voir s’il souhaitait qu’on se revoie ou non. Je ne voulais pas prendre la décision, n’en étant pas sûre moi-même. Je ne revois pas mes ex. C’est une règle.

Habituellement en bon connard qu’il est, il fuit à la dernière minute. Pas là. Nous nous sommes donné rendez-vous pour le déjeuner. C’est le genre qui t’invite à boire des verres pour tenter de te foutre dans son plumard, j’ai été très étonnée qu’il souhaite déjeuner. Mais j’ai accepté. En pensant que de toute façon il ne viendrait peut-être pas en expert ès disparition. Il est arrivé à l’heure et il avait pris soin de choisir un restaurant qui propose des options végétaliennes, attention délicate.

Je me suis retrouvée face à X. et ses nombreux tatouages et j’ai compris pourquoi j’étais tombée violemment amoureuse de lui il y a presque 10 ans. Ce type est un putain de point d’interrogation. Jamais personne ne le comprendra, même pas lui-même. Quand il sourit il a un visage d’ange avec ses fossettes de playboy. Quand il parle de quelqu’un qu’il n’aime pas ou de quelque chose qui l’ennuie, il devient autre, on sent la colère sous-jacente. Son visage change, sa voix change, il devient moche. C’est troublant. C’est ce qui fait l’essence même du connard : on a envie de percer le mystère, briser la carapace, voir ce qu’il y a en-dessous. Parfois, il n’y a rien.

On a parlé du passé, des gens qu’on côtoyait, qui sont quasiment tous à Paris maintenant. Sauf lui. J’ai senti une forme de jalousie de sa part. Paris c’est trop grand, à Toulouse tout le monde le connait et il aime ça. Il a admis que Toulouse n’était pas une ville pour « une fille comme moi ». Je ne sais pas trop ce qu’il voulait dire par là, peut-être que je suis ambitieuse ? Il m’a parlé de ses projets professionnels puis on a un peu parlé de son ex, sa plus longue histoire, quatre ans. J’ai demandé s’il l’avait aimée et il a dit « Je ne sais pas ». J’ai pensé « Evidemment que non, cœur de pierre ». En le voyant en face de moi, je me suis demandée si dans dix ans il serait enfin parvenu à tomber amoureux de quelqu’un pour de vrai. Quand je lui ai parlé de ma relation actuelle j’ai bien vu qu’il ne savait pas du tout de quoi je parlais. Pour lui, il n’y a pas une relation, il y a des relations, il trompe systématiquement puis il se déteste de l’avoir fait mais recommence. Il a avoué qu’il m’avait trompée à l’époque. Comme si je n’étais pas déjà au courant.

Est arrivé le moment fatidique. Il s’est excusé de ce qu’il m’avait fait il y a presque dix ans. Il m’a regardé droit dans les yeux en parlant. Il regarde rarement les gens dans les yeux. Pour lui c’était un effort surhumain. Je lui ai dit que je lui avais pardonné depuis longtemps mais que parfois j’avais envie de lui foutre une baffe dans la gueule en y repensant. Il a dit « Tu sais, ce que je t’ai fait, je l’ai payé au centuple, tu peux me croire ». Là je me suis dit que peut-être qu’il l’avait aimée, finalement, sa dernière copine. Que pour avancer il avait besoin de régler ses vieilles histoires, de s’excuser auprès de nous toutes (nous sommes nombreuses, s’il n’y avait eu que moi !). On a ri. On a bu de la bière. A la fin du déjeuner j’ai dit « Ne le prends pas mal mais ça y est tu as enfin des couilles ». Il a souri. Il a vraiment changé. Même les connards prennent leur retraite.

Puis on s’est quittés, je me suis retournée une dernière fois et j’ai su que je ne le reverrais jamais. La boucle est bouclée. Je ne le savais pas mais il m’a rendu un grand service en s’excusant. Aujourd’hui je n’ai plus envie de lui foutre une baffe quand j’y repense. Je lui souhaite juste de trouver son bonheur.

 

 

Nullipare

Je ne vais pas cacher qu’écrire ce qui suit va être difficile, je n’aime pas raconter ma vie, encore moins quand il s’agit d’un épisode si intime. Mais j’en ressens le besoin parce qu’au-delà de ma petite histoire, il y a d’autres femmes qui souffrent.

Depuis toute petite j’ai toujours dit que je ne voulais pas d’enfants. Je voulais voyager, écrire des livres et créer une maison d’édition. C’était ça mon truc. Je voyais les enfants comme une entrave à la liberté, comme une responsabilité à vie, une maison pleine de bruit. Les enfants, on ne peut pas les renvoyer dans les couilles de leur père, quand ils sont là, on doit les garder (même si ce sont des petits cons qui deviendront d’énormes connards).

Quand j’ai rencontré celui qui partage ma vie il n’avait pas l’air super motivé par les enfants non plus. Mais lorsque je suis allée voir la gynécologue pour un contrôle de routine, elle m’a annoncé avec un air grave que si je voulais des enfants il valait mieux s’y mettre maintenant parce qu’à 35 ans j’étais déjà vieille (toujours agréable à entendre). En gros elle m’explique que dans deux ans ce sera déjà trop tard.

On ne veut pas vraiment d’enfant mais on s’aime depuis cinq ans et nos familles se réjouissent de la perspective d’avoir un nouveau-né à cajoler, je décide donc d’arrêter la pilule. Nous continuons à nous protéger pendant un an, je suis censée faire les tests de rubéole et de toxoplasmose et prendre de l’acide folique mais les ordonnances trainent dans un tiroir. J’essaie d’arrêter de fumer mais je reprends sans aucun complexe.

Lorsqu’enfin nous n’avons plus aucune contraception, nos rapports deviennent moins fréquents, je ne calcule pas ma période d’ovulation mais je sens que cette semaine-là comme par hasard on ne se touche pas. Chaque mois j’ai peur d’être enceinte, je fais des crises de larmes en voyant des enfants en bas-âge quand je suis indisposée, je me transforme en connasse ultime, une boule de nerfs qui chiale à tout bout de champ. Je ne veux voir personne, plus rien ne me motive, je prends l’habitude de « faire semblant » mais au fond je suis en colère. Le « sujet bébé » n’est pas évoqué, nous qui parlons de tout normalement, Monsieur fuit la discussion, quant à moi je n’ose pas le dire mais je veux redevenir moi-même et reprendre la pilule. Je ne veux pas d’enfants. Pas maintenant.

J’aime les enfants chez les autres. Un peu comme les vêtements de couleur jaune. Sur les autres c’est parfait mais surtout pas sur moi. J’ai été baby-sitter, j’aime les enfants et ils me le rendent bien, j’adore jouer avec eux, préparer des gâteaux et lire des histoires avant de se coucher. Mais je ne vois pas mon quotidien avec un enfant. Je ne trouve pas que les bébés soient particulièrement mignons, je pense même que certains sont carrément moches. J’aime le silence, je déteste être interrompue quand je lis ou quand j’écris. Je ne veux pas prendre vingt kilos non plus. Surtout, je ne me visualise pas en « maman », ni avec le ventre rond. J’ai des amies qui « essaient » et qui parle de leur futur bébé avec amour, je me sens en décalage. J’ai peur de créer un enfant qui n’aura pas été désiré. Plus que tout je redoute de mettre au monde un enfant malheureux de plus…

Un soir je décide de vider mon sac auprès de celui qui partage ma vie. Je dis tout. Notre relation qui est moins belle qu’avant malgré l’amour, le stress permanent, mes crises d’angoisse, le fait que cette histoire de bébé est en train de nous éloigner, est-ce-qu’il en est conscient ? Mon souhait de reprendre la pilule au plus vite, de redevenir moi-même, joyeuse et insouciante comme avant. Il est soulagé mais n’ose pas le dire, il m’écoute mais prend du temps à dire ce qu’il a sur le cœur. Nous finissons par avoir une conversation de plus de quatre heures où nous tombons d’accord sur tout : depuis que nous avons adopté des chatons à qui nous avons donné le biberon et que nous voyons grandir chaque jour, nous sommes comblés. Parce que si les chatons ne sont pas des bébés, ce qui fait qu’on se sent parent c’est le fait de s’occuper d’un être vivant au quotidien. Nous sommes « la famille chats ». Si nous pouvions attendre quelques années que ce désir d’enfant se manifeste, ce serait bien mais nous le savons : nous ne l’avons pas. J’ai 37 ans, l’âge où la fécondité baisse considérablement. Si nous souhaitons avoir un enfant dans quelques années il faudra avoir recours à la PMA, or nous ne sommes pas pour « forcer le destin ».

Depuis tout a changé. Nous faisons à nouveau des projets, nous communiquons à bâtons-rompus comme avant, nous sommes soulagés et encore sous le choc : il y a peu de chance que nous ayons un jour un enfant. Peut-être que nous le regretterons. Nous ne pensons pas que ce sera le cas parce que nous sommes en accord avec notre décision, elle est murement réfléchie. La vie est belle, à nouveau. Encore plus belle.

Je sais que dans quinze ans on me plaindra de ne pas avoir eu d’enfant. Régulièrement quand je dis que je n’ai pas d’enfant (parce qu’on me le demande), j’entends « Vous êtes jeune, ça viendra ! ». Dans notre société les femmes sont soumises à la pression de la maternité en permanence. Il faut que nos ventres se remplissent, il faut « donner la vie », il faut « fonder une famille ». C’est ça, être une femme. Il semble qu’il n’y ait pas d’autre modèle de femme possible. Les autres ont le cœur sec ou ne sont bonnes à rien puisqu’elles ne sont pas fertiles, les pauvres. C’est cette pression sociale qui plonge les femmes infertiles dans la dépression. On leur refuse d’être « comme tout le monde ». Il va falloir supporter l’opprobre en silence parce que la femme infertile, on ne lui demande jamais comme elle va. Trop peur de la réponse. Si la maternité n’était pas glorifiée, les femmes se sentiraient mieux dans leur corps, on arrêterait de les traiter de « salopes » quand elles avortent. On accepterait qu’il y ait des femmes différentes, pas un modèle idéal entre la maman et la putain.

Je ne demande jamais à une femme si elle a des enfants. En général quand c’est le cas on le sait rapidement, c’est le sujet de conversation numéro un entre femmes. On a le droit de ne pas vouloir fonder une famille. La famille ne se résume pas à avoir un enfant. A deux avec nos trois chats nous sommes une famille, certes moins académique, mais nous nous sentons comme tel. Je me demande combien de couples font un enfant sans véritablement l’avoir désiré ? Combien d’enfants naissent chaque année uniquement parce que leurs parents font ce qui est attendu d’eux ? On se rencontre, on se marie, on fait un enfant. C’est ce qu’il faut faire parce que la majorité le fait. Quand on regarde les chiffres on voit bien que ce modèle ne marche pas si bien que ça, combien de divorces en France, combien de familles éclatées ?

En tant que femmes nous avons le droit de rêver d’avoir un enfant. Ou plusieurs. Nous avons aussi le droit de ne pas en vouloir sans devoir s’en justifier. Le meilleur moyen d’avoir une vie épanouie c’est de la vivre en accord avec soi, je ne dis pas que c’est facile mais a-t-on vraiment un autre choix ?

Même quand on fait ce qui est attendu de nous en tant que femme, on continue encore de nous critiquer. Un enfant ? « A quand le deuxième ? » ou « Tu ne vas pas en faire un enfant unique, ils sont égoïstes, ils ne partagent pas ! ». Quand on en a plus de trois, c’est l’inverse qui se produit « Ma pauvre, je ne sais pas comment tu fais ». Quoi que nous fassions, ce n’est jamais assez bien. Nous sommes toujours jugées par rapport à cette sacro-sainte maternité.

 

New York, New York

J’ai fui Paris pour me réfugier à New York, la seule ville au monde capable de panser mes maux. J’ai hésité à partir mais pas plus de deux secondes, après tout, quitter la ville alors que c’était le chaos, ça m’allait bien, et tant pis si je passais pour lâche…

Mon amour pour New York (on parle de véritable amour, pas d’un coup d’un soir) est puissant, contagieux et éternel. A chaque fois que j’y retourne mon amour est encore plus intense, comme si je renouvelais mes noces avec la ville. J’en sors exsangue et plus heureuse que jamais.

Je préfère New York en automne. Parfois il fait très froid mais cette année j’ai eu beaucoup de chance. Pendant qu’il pleuvait à Paris, j’étais sous le soleil et 15 degrés, la température idéale pour vagabonder de blocks en blocks. J’ai cherché l’angle parfait pour admirer le Flatiron building et je crois bien que je l’ai trouvé, j’ai levé la tête très haut pour apercevoir le sommet du Chrysler et de l’Empire, j’ai même failli me faire un torticolis. New York est gigantesque comparée à moi !

Pour la première fois je suis allée à Brooklyn et je n’ai pas été déçue, pourtant c’est loin mais j’adore marcher. J’ai presque versé une larme de joie quand je me suis retrouvée avec le pont de Brooklyn à ma gauche et le pont de Manhattan à ma droite. Il faisait gris ce jour-là, c’était parfait et aucune photo ne rendrait la beauté de ce moment ni ce que j’ai ressenti. C’est violent, New York. Et puis j’y ai des souvenirs… Traverser le pont de Brooklyn seule alors que la première fois c’était avec mon amie Delphine, c’était étrange parce que je la revoyais tout près de moi, comme au bon vieux temps. J’ai beaucoup souri bêtement. On m’a beaucoup parlé, presque trop. On a eu de la compassion pour moi, petite parisienne dont la ville a subi d’horribles attaques. Je n’ai pas aimé me faire plaindre, j’étais mal à l’aise, mais ce sont des mots qui font toujours du bien à entendre. J’ai pris le téléphérique pour aller sur Roosevelt island, encore une première fois. J’ai eu un peu peur là-haut. Mais la vue ! Worth it.

Je suis allée au New Museum, comment faire autrement ? Le travail de Jim Shaw est fou, sans doute comme lui. La peinture des aliens qui baisent en levrette me fait encore rire. Je suis aussi allée au Whitney pour la première fois, j’ai adoré le building créé par Renzo Piano et les œuvres d’Archibald Motley que je ne connaissais pas, gros coup de cœur pour le travail de Rachel Rose, une vidéo étrange qui retranscrit les sensations d’un astronaute. J’ai aimé l’art de rue, tous ces dessins sur les murs, partout, surtout le quartier de Bushwick entièrement recouvert, impression de se promener dans un musée à ciel ouvert.

Je suis tombée amoureuse d’un arbre à Central Park, faute de pouvoir le ramener à Paris, j’ai récupéré ses feuilles sur le sol, j’ai un sac entier rempli de feuilles mortes de toutes les couleurs. Je les respire et ça me rend heureuse. La drogue ne sert à rien. J’ai mes feuilles d’arbre ! J’ai voulu faire du patin à glace puis je me suis souvenue que je n’avais pas d’assurance rapatriement alors j’ai laissé tomber…J’ai ri jaune quand un sans-abri dans le métro, qui répétait toutes ses phrases deux fois, a dit : « Les femmes mentent sur leur âge. Vous savez pourquoi ? Pour mieux attirer les hommes ! Elles disent qu’elles ont quinze ans alors qu’elles en ont vingt. A vingt ans on est une grand-mère. Qui voudrait épouser une grand-mère ? ». J’ai failli lui répondre que si une femme est une grand-mère à 20 ans alors je devais être un putain de fossile. Mais je me suis abstenu. Il était fou.

Je n’ai acheté que trois paires de chaussures et aucun sac à main. Je progresse. J’ai bu des vrais cocktails à l’ancienne dont un à base de whisky (alors que je déteste le whisky). J’ai eu la tête qui tourne très vite mais avoir la tête qui tourne dans un décor des années 20 c’est assez parfait je trouve. Je suis rentrée seule sous la pluie en m’extasiant sur la beauté de la pluie qui tombe sur les buildings. Je crois que je n’aime pas aller à New York avec des gens parce que j’ai besoin d’être seule pour m’extasier à loisir. Mon cœur fait des bonds à chaque pas, quand j’aperçois le sommet du Flatiron ou quand je croise un homme pleurer dans la rue, c’est fort, ça me bouleverse, je me sens vivante.

A New York on me sourit dans le métro, on me demande comment je vais, on me regarde avec bienveillance. Un homme m’a demandé de l’aider à choisir un collier pour sa femme, c’était amusant, quelqu’un m’a dit « Pardon je croyais que vous étiez New Yorkaise » et j’ai souri devant ce qui ressemble à un compliment déguisé.
Souvent on me dit « Mais pourquoi tu ne vas pas y vivre ? Tu aimes tellement New York ! ». Justement ! J’aime trop New York pour devenir New Yorkaise. Je ne veux pas prendre le risque d’un divorce. Et puis je suis déjà une connasse parisienne et je n’ai rien de la connasse New Yorkaise qui me surpasse à bien des égards.

DSC02253
DSC02195
DSC02181
DSC02230
IMG_6663
DSC02273
DSC02229
IMG_6713
DSC02280
IMG_6691
DSC02239
DSC02218
IMG_6589
DSC02258
DSC02261
IMG_6741
DSC02234
IMG_6697

Fluctuat nec mergitur

C’est difficile d’en parler. C’est encore plus difficile de ne pas le faire…

L’incompréhension, forcément. Essayer de comprendre ce qu’il peut bien y avoir dans la tête de ces terroristes si jeunes et si paumés. Moi aussi j’ai été paumée, jamais au point de prendre les armes. Encore moins une kalachnikov. Je veux dire, ça se trouve où une telle arme ? Ça coute combien ? On s’en sert comment ? Il faut apprendre, non ? On parle bien d’actes prémédités. De personnes qui sans doute ont des familles, des histoires d’amour, des amis qui ne sont peut-être pas au courant, qui ne voient rien. Comment peut-on faire pour ne rien voir ? Je ne juge pas, je m’interroge et je ne trouve aucune réponse à mes questions…

Les messages d’amis terrorisés ce vendredi soir-là. Où j’avais joué au Loto et où je n’ai évidemment pas gagné. Les amis qui sont loin et qui ont peur pour moi parce qu’ils savent que potentiellement je peux être là où toutes les attaques ont eu lieu. Comme tous les parisiens. Puis les messages des amis parisiens qui ont tous comme moi au moins un ami coincé au Bataclan ou au Stade de France et dont on n’a plus de nouvelles depuis trois heures… Certains survivront, d’autres pas…

Et on nous dit que nous sommes en guerre. Je ne suis en guerre contre personne à titre personnel. Et je ne prie pas pour Paris non plus. Le mot d’ordre c’est de prier pour Paris, apparemment. Paris s’en remettra. C’est sa devise. En revanche les victimes, elles, ne se relèveront pas. Et leurs familles non plus ou alors dans de très longues années, et encore, jamais indemnes. Comment faire le deuil d’un enfant de 17 ans parti s’amuser en écoutant du rock ? Je ne vois pas.

Ce vendredi soir-là j’ai été heureuse de ne pas avoir d’enfant. Parce que j’aurais été vraiment emmerdée de devoir lui expliquer que la vie ça veut dire qu’à tout moment elle peut s’arrêter, qu’on peut se faire renverser par un chauffard mais qu’on peut aussi tomber sur un taré avec une kalachnikov alors qu’on est parti boire un verre avec des amis en terrasse. Que je ne pourrais pas le/la protéger du tout parce que la vie c’est ça : à partir du moment où l’on nait on n’a qu’une seule certitude : on va tous crever. Mais on ne sait pas comment. Jamais. Je détesterais que mon enfant me dise ce que j’ai dit à mes parents quand j’étais petite « Mais en fait pourquoi vous m’avez fait ?». A cette question, mon père m’avait répondu qu’il avait été égoïste comme tous les gens très amoureux. Et pardonnez mon cynisme mais ce ne sont ni les bougies ni les fleurs (qui sont mieux dans les champs que sur les tombes si vous voulez mon avis) qui arrêteront qui que ce soit.

Il faut continuer à vivre. Ne pas trembler quand on prend le métro. Ne pas trembler quand un ami met deux jours à répondre à un putain de sms. Ne pas trembler quand la personne qui partage notre vie va boire un verre avec des amis. Ne pas trembler. C’est difficile à faire. Mais nous n’avons pas le choix. Nous sommes là alors autant en profiter, au moins pour ceux qui ne pourront plus jamais le faire.

Florence, ville-musée

J’avais visité la Toscane avec mes parents quand j’étais petite mais je n’étais encore jamais allée à Florence. J’ai pris l’habitude de préparer chaque voyage de manière un peu obsessionnelle, je parcours tous les guides, tous les sites, tous les blogs que je peux, mon programme est souvent millimétré même si finalement je ne le respecte pas toujours. Mais mon père m’avait prévenu « On ne marche pas six heures par jour, on va à Florence pour flâner, d’accord ? ». J’ai acheté un seul guide, le Cartoville qui est quand même le meilleur guide quand on part quelques jours, je l’ai vaguement parcouru si bien que lorsque nous avons atterri à l’aéroport de Florence, à part deux billets coupe-files pour les deux plus grands musées, je n’avais rien prévu.

Nous avons marché de la Gare Santa Maria Novella jusqu’à l’appartement en location et au bout d’une rue nous avons vu le Duomo, majestueux, comme un phare dans la nuit. Premier choc. Cette vision fut si surréaliste que j’ai ressenti le besoin de le toucher et c’est en continuant à marcher en sa direction que j’ai compris à quel point l’édifice étant grand. Cette première impression de la ville sera celle qui aura dominé ces quelques jours. Nous n’avons fait que de nous exclamer devant chaque bâtiment, chaque place, chaque fontaine, chaque œuvre, chaque coin de rue. Tant de beauté nous a usés psychologiquement. Je savais que lorsqu’on est triste, on se sent véritablement accablé, on n’arrive plus à marcher, on soupire. Avec une overdose de beauté c’est exactement la même sensation : on n’en peut plus. Qui sont ces génies capables de peindre de telles merveilles ? Les voiles des Trois Grâces de Botticelli semblent réels et plus on s’approche des œuvres et plus on est saisis par la maîtrise du coup de pinceau. Comment a fait Michel-Ange pour réaliser son David, sculpture de plus de 5 mètres et plus de 5 tonnes absolument parfaite dans les proportions ? Cela dit en lisant à ce sujet j’ai appris que c’était simple : il a dormi à même le sol avec son David pendant les trois ans de sa réalisation. Oh et il n’avait personne pour l’aider, enfin si mais en bon génie qui se respecte il voulait le faire tout seul….Il n’avait que 26 ans quand il a commencé. Moi à 26 ans j’étais oisive et je buvais des mauvais cocktails dans les bars et je papillonnais avec des mecs minables. Nous ne sommes pas tous égaux face au talent…

Nous avons marché plus de trois heures dans les Offices, il fallait regarder de tous les côtés parce que même les plafonds représentent des tableaux, on en a pris plein les yeux puis lorsque nous avons vu le David à la galerie de l’académie j’ai poussé un cri, ni plus ni moins. Si on m’avait laissé faire j’aurais dormi devant. Je n’ai jamais rien vu d’aussi beau, d’aussi émouvant et voir le résultat que donnent mes photos est très frustrant. Aucune photo au monde ne peut retranscrire l’émotion que j’ai eue en le voyant.

Le reste de la ville est charmant, petite déception pour le Ponte Vecchio qui à mon sens n’a rien d’exceptionnel, de jolis ponts il n’y a que ça en Italie ! Les Florentins sont eux aussi beaux (décidément, quelle fatigue !) mais souriants et aimables avec ça ! (ça m’a changé de Naples…). J’ai adoré les sculptures de Jean-Michel Folon dans le parc de la rose et tout autant la vue sur la ville, j’ai adoré mangé de vraies bonnes pizzas mais surtout ce que j’ai adoré c’est de passer quelques jours sur les traces de nos ancêtres en compagnie de mon père. Souvent on me demande comment je fais pour supporter  de passer du temps en voyage avec l’un de mes parents (pas ensemble parce qu’ils sont divorcés en fait). Je me demande comment les autres font pour ne pas passer plus de temps avec leurs parents ! Je suis peut-être une connasse mais la famille c’est sacré (mes origines italiennes parlent héhé). Bon, par contre il va vraiment falloir réviser l’italien parce que pour le moment c’est assez pitoyable. La prochaine fois je saurais tenir une conversation ! Parce que je compte bien poursuivre ma découverte de l’Italie, la prochaine fois je me laisserais tenter par Bologne. Si quelqu’un a des plans, je suis tout ouïe :)

DSC02053

DSC02063

DSC02100

DSC02102

DSC02108

DSC02114

DSC02137

DSC02154

IMG_6476

IMG_6496

IMG_6497

DSC02159